I. \'()ir cl-dossiis, p. (j-io
!. liid., fol. ayô; Fickcr, 11, 3i8: «An crgo bonuni mine rcligio- >iiiiiifieri ? Llespondeo : Si al'ilier salnteii^ to haberc raou pwtes, rausi reli^io.su.s lias,, no Liigrcdiaris. Sic (Miini verum est proverbLn.ni : Dosporatio lacit monachum, immo non monachuni, sed diabolum. Nec onim iinrpiam bonus monarlius orit. qui ex dcsperatione ejusnaodl raonaelms est, sed q;ui ex charitate, scilicefc q.ui gravia swia peccala videiis, et Deo suo nirsimi allquid magnum ex aniore faccre volens, volnntarie résignât libertatem suam, et induit l'iafoitiim i<tum stultum et abjectis sese subjicif officiis. »
GG PREMIÈRES IDÉES DE LUTHER SUR l'ÉTAT RELIGIEUX
Ainsi, une fois encore, nous entendons Luther louer la vie religieuse prise en elle-même, et donner l'amour de Dieu comme l'unique objectif de l'état religieux et de tout ce qu'il comporte. Une chose nous surprend pourtant : il revient constamment sur ce point qu'il ne faut pas choisir la vie religieuse parce que ce serait là seulement qu'on pourrait faire son salut; car ainsi l'on se ferait moine par désespoir. On serait assez porté à en conclure que si lui-même il s'était fait moine, c'avait été par désespoir de se sauver autrement, et que, dès lors, selon son habitude postérieure, il attribuait à tous ses propres dispositions. Il y aurait là un fait en concordance avec ce que l'on verra dans la seconde partie, à savoir qu'après son entrée dans le cloître, Luther chercha à obtenir par ses propres eflbrts à être juste devant Dieu, jusqu'à ce qu'aux environs de i5i5, sa justice par les œuvres vînt à s'écrouler. Mais ceci sera traité en son lieu. Pour l'instant, arrêtons-nous plutôt à ses déclarations relatives à l'état religieux.
A la suite du passage cite tout à l'heure, nous l'entendons prononcer cette grave parole : « Je crois que depuis deux cents ans, il n'a jamais été mieux qu'aujourd'hui de se faire religieux » : les religieux étaient devenus un objet de mépris pour le monde, voire même pour les évêques et les prêtres ; dès lors, ils étaient plus près de la croix. « Les religieux devraient se réjouir, et estimer qu'ils ont atteint le but de leur vœu, lorsqu'on les méprise à cause de ce vœu qu'ils ont fait en vue de Dieu. C'est même pour cette raison qu'ils portent un habit de simplicité. Pourtant, ils se com-
PKE^rIÈI\ES IDÉES DE LUTHER SUR l'ÉTAT RELIGIEUX G7
portent 1res dillrremnient, et du religieux ils n'ontque l'apparence. Mais je sais que s'ils avaient la charilé, ils seraient les plus heureux des ho?nnies ; oui, plus heureux que ne le furent autrefois les ermites », etc. K
Et toutes ces belles déclarations sont pourtant de l'époque où Luther sentait déjà en lui une nouvelle vie, toute différente de l'ancienne ; où il pensait « être entré au ciel à portes grandes ouvertes » ; de l'époque où déjà il avait émis le principe que la concupiscence est absolument invincible, et. partant, où il avait nié la possibilité d'accomplir les commandements de Dieu nié la liberté de l'homme, aiFirmé la justification par la foi seule sans les œuvres, etc. Cela donne plus encore à penser que de voir Luther heureux dans les premières années de sa vie religieuse -, ciuc de l'en-
I. Ibid., fol. yy.V'; Fickcr, H, 3i8 : « Quaniobrcm credo niinc meliiis esse rcligiosuiii fiori, qiuim in diiceiitis annis fuit; ralionc tali videlicet, quod Iniciisqiic inonachi rcccsscnint a cr\icc. et fuit gloriosum esse rcligiosuin. Niiiic rursus incipiiint displiccrc hominibus, oliain qui boni suut, j)ropter liaJiiluni stultuni. Hoc enini est rcligiosum esse, mundo odiosum esse ac stultiim. Et qui huie sese ex charitate submittil, optime facit. Ego enim non terreor, quod episcopi pcrsequuntur et sacordotes nos. Quia sic débet fieri. Tantiini hoc milii displicet. quod occasioncni malam huie damus displicentia\ Ceteruin quibus non est data occasio, et fastidiunt monachos, nescientes quare, optinii sunt fautorcs, quos in toto niundo habcnt religiosi. Deberent enim gaiidcre religiosi, tanqiiam voti sui compotes, si in suo islo vote pro Dec assunipto despicerentur, confunderentnrquc. Quia ad hoc habent habitum stultum, ut onincs alliciant ad siii contemptum. Scd nunc aliter agunt multo habentes speciem solam religiosorum. Sed ego scio fœlicissiinos eos, si charitatein haberent, et beatiores quain qui in heremo fueruul ; quia sunt cnici et ignominie quotidian:c expositi. Nunc vero nullum est genus arrogantius, proh dolor » !