‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 98 sur 290 · Endcrs, I, 3iG · texte numérisé non relu

Endcrs, I, 3iG

3. Wcim., Il, 7i3 et suiv., Enders, II, 278. l\. Enders, II, 27g.

PREMIERES ini,ES DE LUTHER SUR L ETAT RELIGIEUX 7I

s'attacher à un état de vie que l'on juge convenable et utile pour parfaire son baptême. C'est comme si, deux personnes se rendant dans une ville, l'une prenait le sentier el l'autre la grand'route, chacune selon qu'il lui paraîtrait mieux. Ainsi, celui qui se lie à l'état du mariage marche parmi les fatigues el les souffrances de cet état ; il y dompte sa nature, en l'habituant à s'accommoder de la bonne et de la mauvaise fortime, en évitant le jiéché. et en se préparant ainsi d'autant mieux à la mort, ce qu'il n'eût pas pu faire aussi bien ailleurs. Celui qui, au contraire, cherche davantage à souffrir ; qui, par de nomljrcux exercices, veut se préparer rapidement à la mort, et accomplir prompfement les œuvres de son baptême, que celui-là s'attache à la chasteté ou à (un) ordre religieiu:; car un tel état, s'il est bien compris, doit être fait de souffrances et de tourments, afin qu'on y trouve plus de moyens de pratiquer les vœux du baptême que dans l'état du mariage; que par ces tourments, l'on s'habitue vite à recevoir la mort avec joie et qu'ainsi l'on parvienne (rapidement) au but de son baptême * ».

Dans le même sens, Luther, la même année, appelle les conseils u des moyens pour accomplir plus aisément les commandements; une vierge, une veuve, un célibataire satisfont au commandement de ne pas succomber à la concupiscence avec plus de facilité qu'une personne mariée, qui accorde déjà qxiclque chose à la concupiscence. » La même année, une autre fois, encore, il parle de la même manière ; ça et là, il nomme

I. AViim.. II, 780. Naturellement les injures et les vues pcssi^ niislcs ne l'ont pas délaut.

72 PREMIEPJES IDEES DE EL TUEil SLR L ETAT RELIGIEUX

les conseils « des voies pkisdireicîes, pour accomplir facilement et avec joie les commandeuienls de Di-eu J » . Plus loin 2, je rechercherai jusqu'à quel poinl Luther nous donne ici une théologie sûre; pour l'instant, il me suiïit de constater que deux années avant sa lutte contre les conseils et les vœux, il en avait reconnu pour le moins la pleine légitimité.

Dans ces passages, il exprime la pensée qu'il y a div<?rses routes et un seul point d'arrivc<' ; divers moyens et un seul bat. Parmi les routes et les moyens les plus directs el les meilleurs, il range l'état religieux, et en particulier le vœu de chasteté. Et cependant, en celte même année, que de points importants n'av.;ii{-il pas déjà abandonnés ! Il était au seuil de son apostasie, mais il n'avait pas encore sacrifié la vie religieuse. Ce n'est qu'en i520, l'année même de cette apostasie, alors qu'il était déjà dans les griffes du syphilitique llLitlen et de l'incendiaire Sickingen, c'est alors :>eulement qu'il commen<;<T peu à peu sa lutte contre les ordres. Et pourtant, au commencement de cette année-là même, son ardent adujirateur, le savant franciscain Conrad Pellicav (qui alors avait déjà lu trois fois le commentaire de Luther sur l'Epitre aux Galates), l'invoquait à Bâle comme fep/as habile avocat de la vie religieuse el des nwi/ies, contre les accusations de certains disciples d'Erasme, qui soulTlaient une haine à mort contre les religieux ^.

Page 1