PAR NATURE L*AME EST CATHOLIQUE
la liberté chrétienne ; et ce fut aussi le cas pour ses maximes sur le mariage. Quand les conséquences pratiques en eurent éclaté et se furent accentuées, alors il parla, il prêcha il tempêta contre de telles mœurs, si bien qu'on eût pu le croire l'homme le plus innocent du monde et le moraliste le plus grave ; mais il se gardait de s'en prendre à la source du mal, à ses principes ; parfois même il s'y ancrait davantage.
Comment les choses en sont-elles pourtant venues à se modifier ? Par quel chemin les protestants ont-ils pu arriver à une amélioration ? Avant tout par l'intervention de l'autorité civile, anxieuse de sauvegarder la moralité publique et d'éviter, dans les bas-fonds de ce bourbier, un naufrage sans retour. Puis il y eut les efforts de théologiens protestants plus sérieux, et cela dans le sens où sur d'autres points aussi ils ont obtenu des améliorations : partiellement déjà dans les livres symboliques ^ et plus encore à l'époque suivante, ils sont inconsciemment plus ou moins revenus aux principes catholiques.
, C'est ce qui s'est produit aussi pour l'article fondamental, (( sans lequel il ne pouvait y avoir d'Eglise », la doctrine de la justification par la foi. Quel est le protestant qui aujourd'hui l'accepte encore telle que Luther l'a enseignée? Dans leur camp, il n'est pas rare que l'on regarde aussi comme foi justifiante celle
I. Concordia. Libri symbolîci Ecclesiœ Evangeliœ (Berolinî, iSBy). C'est un recueil de confessions protestantes. La première édition authentique est de i58/i. Voir Kirchliches Handlexicon, t. I (Munich, 1907), c. 5/17-550 ; voir aussi Bossuet, Histoire des Variatim»t liV', VIII, n' Lxii, etc. (N. d. T.).
RETOUR AUX PRINCIPES CATHOLIQUES l/jS
qui opère dans la charité. La simple réflexion, la simple délicatesse naturelle suffisent pour amener à cette conclusion. Ainsi en fut-il, du moins en général, pour la doctrine de la contrition, ainsi pour d'autres points, ainsi, en partie du moins, pour le mariage. Là aussi, après d'amères expériences, bien que, contrairement à la doctrine si claire de l'Ecriture, l'on enseignât toujours avec Luther la légitimité du divorce et que l'on niât au mariage son caractère de sacrement, l'on se rapprocha des principes catholiques^, principes, du reste, que beaucoup de protestants n'avaient jamais banni de leur conscience, et dont beaucoup de familles ne s'étaient jamais écartées.
Ainsi, chez les théologiens protestants, l'acheminement vers les principes catholiques s'est produit à leur insu. Cette constatation, rapidement indiquée ici, nous montre à tout le moins que, par elle-même, l'âme humaine est chrétienne au sens de catholique. Luther lui-même ne pouvait empêcher que, jusque dans les points capitaux de sa doctrine, malgré ses efforts et ses enseignements, l'intime de son être ne le ramenât sans cesse vers le catholicisme. C'était inévitable : par elle-même, l'âme est catholique. Pourtant, les théologiens protestants s'indignent à la seule
I. Je parle des principes, parce que souvent parmi les catholiques, eux aussi, la pratique n'est pas conforme aux principes de leur Eglise. Ici s'applique ce qu'en 1667 disait Jacques R\bus dans un écrit sur sa conversion ; « Chez les catholiques les fautes sont attribuablcs aux personnes ; chez les luthériens, à la doctrine ainsi qu'aux personnes ». Dans R.î;ss, Konvertitenbilder, I, 5i2. Le bon luthérien est toujours beaucoup au-dessus de Luther et de sa doctrine.
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pensée d'être catholiques : bien loin d'accorder qu'ils se seraient rapprochés des principes et des doctrines catholiques, ils laissent le peuple dans cette idée que tel et tel point, qui ressemblent plus à la doctrine catholique qu'à celle de Luther, viennent en réalité du « Réformateur » ; et comme doctrine catholique, ils présentent les contre-façons de Luther, qui la falsifient au point de la rendre méconnaissable. Car, jusqu'à nos jours, tout en s'écartant de Luther sur d'autres points, ces théologiens n'ont pas laissé que de rester confinés dans la conception absolument fausse de la doctrine catholique qu'il leur a imposée. Dès l'enfance, cette conception est inoculée aux protestants dans la famille et dans l'école. S'ils savaient ce qui est vraiment et essentiellement la doctrine catholique, alors, la bonne volonté aidant, une entente deviendrait possible. Ils ne diraient plus avec Bugenhagen : « Dieu lui-même est luthérien * », mais au contraire ils confesseraient avec nous : « De même que notre âme. Dieu, lui aussi, est catholique ». Ils seraient forcés de reconnaître que la vraie doctrine luthérienne est opposée à la nature et condamnée par la raison^.
I. Voii dein chelicheii Stdnda der Bischofeund Diaken, Wittènbcrg', i5â5, fol. F.
a. Dans cô chapitre, je ne me suis occupé de l'eiiseigrnement dd Luther sur le mariage qu'en tant qu'il touche à ses déclarations sur les vœux.
[Pour tout ce chapitre, voir aux Additions]*