I. Erl., 20. 62 et suiv.; Weim., X, P. II, p
3. Le 3 janvier i528, Jean, Electeur de Saxe, demandait à Luther de revoir et de corriger un mémoire de Spalatin sur lô mariage. Luther le fit. Ce mémoire, avec les corrections et les notes marginales de Luther, se trouve dans Burkhardt, Martin Luthers Briefweclisel, p. 128-180, et dans Enders, VI, 182-186. C'est à la p. i3o que se trouvent les passages qui nous intéressent. Cette partie du mémoire a pour titre : « De la parenté et de l'affinité qui empêchent le mariage par leur nature et par la loi ». A côté de ce titre, Luther écrit le moi « mort » qui annihile tout. Dans l'examen des différents cas, Spalatin écrit : (a) En premier lieu le mariage entre parents en ligne ascendante et descendante est absolument interdit à un degré illimité ». En marge de cette phrase Luther écrit : « rmrt ». Spalatin dit ensuite : (6). «Ea
SUPPRESSION DES fcMPâCHEMENTS DE MARIAGE l4l
sanguinité en ligne directe, du moins à un degré illimité (a) ; et celui de consanguinité en ligne collatérale ^ même au premier degré, entre frère et sœur (6). Naturellement, le mariage avec sanièce, ou avec sa tante (6), les degrés d'affinité, autrement dit de parenté par alliance (c, d), l'empêchement d' honnêteté publique (e), tous ces cas faisaient encore moins difficulté.
Tout cela était en conformité avec la conception de Luther sur la liberté chrétienne, ou, pour mieux dire, sur la dissolution de la vie chrétienne, en conformité aussi avec son idée fixe de faire toujours le contraire de ce que les lois de l'Eglise avaient établi *.
second lieu, le mariage est défendu entre frère et sœur, ainsi qu'avec sa nièce ou sa petite-nièce. De même, il est défendu de se marier avec sa tante ou sa grand'tante. » A la marge de la première ligne et par conséquent pour toute la phrase Luther écrit : « mort ». Viennent ensuite les passages sur l'affinité (c) (d), et l'honnêteté publique (e). Du reste, la légitimité que reconnaît Luther au mariage entre frère et sœur découle de ses principes, et seule la jurisprudence impériale aurait pu le décider à le reconnaître comme illicite. De son mot « mort » en marge de la première phrase (a), on pourrait même conclure que, pour lui, le mariage entre père et fille, entre mère et fils, était lui aussi permis.
I. De la licéité du mariage au premier degré de consanguinité, les protestants d'alors ne disent rien, et ailleurs à ma connaissance, Luther lui-même n'y a jamais fait allusion. Ajoutons que çà et là, chez ses adhérents, on se scandalisait de mariages conclus entre personnes parentes au second ou au troisième degré ; on les jugeait contraires à l'honnêteté naturelle. Ainsi, en i53/l, parut dans le Wurtemberg une ordonnance contre les « personnes bestiales, effrontées et sans vergogne qui, contrairement à l'honnêteté naturelle », se mariaient « au second et au troisième degré de parenté ou d'affinité ». Voir Dôllinger, ouv. cité. II, 445 et note 3o.
(N. d. T.) : Les annotations de Luther dont vient de parler Denifle sont certainement authentiques, mais Walther en propose
l42 PAU NATURE L'amÉ EST CATHOUQlJE
S 9. — Comment la situation s'améliora. — Par nature, l'âme est catholique et non luthérienne ^.
La plupart des protestants d'aujourd'hui ignorent les maximes émises par leur père au sujet du mariage ; ils ne peuvent donc pas se rendre compte des conséquences qu'elles auraient amenées si elles étaient restées longtemps en vigueur; c'eût été la ruine totale de la société. Aussi, en se bornant à constater la décadence générale des mœurs parmi leurs coreligionnaires, des prédicateurs et même des réformateurs ont émis des jugements comme celui-ci : « Nous devons reconnaître... avec loyauté qu'en Allemagne, à l'heure présente, tout ce qui se nomme péché, vice, honte est
une autre explication (W. Walther, Fur Luther wider Rom, 1906, 691-693). L'écrit de Spalatin était un projet d' « instructions pour les visiteurs des paroisses w ; Luther y mit des remarques marginales, et il écrivit ensuite son mémoire. Dans ce mémoire (Erl., 53, Ai? et suiv., De Wette, III, 268 et suiv.), il dit que le mieux est de ne rien imprimer sur les empêchements de mariage; sur ce point, les visiteurs donneraient plutôt aux pasteurs des renseignements écrits ou oraux. D'où le mot « mort » en marge du projet de Spalatin serait une note pour l'imprimeur: «à supprimer ». — De même dans Grisar, Luther, II, 2/10-2/11, 5o3.
1. Die Scele von Natar ans katholisch, nicht latherisch : il nous paraît que l'expression par nature est la meilleure et même sans doute la seule convenable pour rendre von Natur aus.
Plus bas (p. 297, ici ii45)Deni(îe dit: Die cben karz beriihrte Erscheinung beweist wenigstens das eine, doss die menschliche Seele von Haus aus christUck im Sinne von katholisch ist. Et quelques lignes après, il répète l'expression von Haus aus. Ces mois nous semblent synonymes de von Nalur aus, et c'est pourquoi nous les avons traduits par une expression équivalente : Par elle-même. — Originairement conviendrait aussi, mais spontanéraent serait peut-être trop taib]e(ÎH\d. ï.) •. . -
RETOUR AUX PRINCIPES CAtHOUQUES Ï^S
arrivé au comble, et vraiment Ton peut croire que dans tout le reste du monde les Esprits mauvais ne sont pas en plus grand nombre que dans la seule Allemagne... Les gens eux aussi devraient se changer en démons ; on ne peut être pire sous une enveloppe humaine 1. ))
C'est un point sur lequel les biographes de Luther et les pasteurs trompent le public protestant. On dit à ce public que la régularité dans la vie de famille d'aujourd'hui, telle qu'on la rencontre souvent aussi chez les protestants, et que je l'ai moi-même constatée dans mes relations avec eux, que cette régularité est due aux principes que Luther a établis dans sa lutte contre l'Eglise. On se garde de dire combien a été injuste et captieuse la guerre qu'il a faite aux lois de l'Eglise sur le mariage, ainsi qu'au mariage en tant que sacrement ; combien, à son époque et à celle qui suivit, ses principes ont été destructeurs du mariage et de la vie de famille. 11 se peut qu'un certain nombre de protestants qui ont écrit sur Luther, et tout au moins un grand nombre de pasteurs, en agissent ainsi de bonne foi, habitués qu'ils sont à célébrer a priori V « action morale de Luther » et les a bienfaits d'une Réforme bénie de Dieu >). Un point toutefois est certain, et ils l'oublient tous de concert: c'est qu'en établissant les principes de sa doctrine, Luther ne pensa presque jamais à regarder les conséquences, et surtout les conséquences pratiques, qui en découlaient. Ainsi, au début de la guerre des paysans, en fut-il de sa doctrine sur
X. Du luthérien A. Mlsculus, Von des Teufels Tyrannei, dans le
Theatmm diabolorum, fol. 128, io-jN " • ^ <