SERMON DHERMANN RAB SUR LA PROFESSION I
sont évidemment ceux qui parlent de la rémission des péchés et de l'offrande de l'âme par la volonté libre. Que peut vouloir dire ce passage ? Il renferme un trop grand non-sens pour qu'on puisse même l'attribuer avec vraisemblance à un théologien d'autrefois. Au contraire, on offre son âme par le vœu d'obéissance et l'on sacrifie ainsi sa volonté libre ^. Luther le savait fort bien ; mais dans sa haine aveugle il a inventé ce passage pour y mettre ces notes marginales : u La grâce n'est pas nécessaire, il suffît de la volonté libre ». u Le religieux est un adversaire du Christ et un corrupteur sacrilège de la foi ». Le passage relatif au « baptême monastique » reçoit comme glose : « Voilà nos glo-
I. C'est ce qu'un théologien savait par la doctrine catholique, que saint Thomas expose ainsi dans Ep. ad Philipp., c. 2, lect. 3 : a Obedientia inter alias (virtu tes) est maxima. Nam ofTere de rébus exterioribus est magnum, sed majus si de corptjre, ma\ miim autem si de anima et voluntate tua, quod fit per obe lientiam. 7. Reg. Î5 : Melior est obedientia quam victima?, et auscultare magis quam offcrre adipem arietum ».
(N. d. T.): Le sens que Luther prête à Hermann Rab est évidemment hétérodoxe : d'après la doctrine catholique, le libre arbitre n'a jamais suffi pour off'rir son âme à Dieu : il y faut en outre l'aide de la grâce. Mais dans la phrase qu'on vient de lire, Denifle va plus loin : ce n'est pas par le libre arbitre qu'on s'offre à Dieu, dit-il, c'est par le vœu d'obéissance, c'est-à-dire par le sacrifice de sa volonté libre. Ici, nous l'avouons, Denifle nous semble jouer sur le mot libre. Sans doute par le vœu d'obéissance, on sacrifie sa liberté, mais ce sacrifice lui-même a été fait librement, sans quoi il n'aurait pas de mérite. Et même après ce vœu la volonté libre subsiste toujours, coopérant avec la grâce pour s'imposer à elle-même de persister dans la voie où l'on a juré de demeurer. Hermann Rab parle de la voloulé libre par laquelle nous avons le pouvoir de choisir ; Denille parle de notre activité pour l'emploi de laquelle, par le vœu d'obéissance, nous nous en remettons à la décision d'un supérieur.
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rieux anabaptistes ! Ces sacrilèges et ces blasphémateurs égalent leurs monstrueuses inventions au baptême et au Christ lui-même ^ ». Si cette note a un sens, c'est que Luther voulait faire croire que, d'après la doctrine des moines ou de l'Eglise, le baptême se perd par le péché, et qu'ainsi l'on retombe dans l'état de déchéance originelle ; le baptême monastique serait le nouveau baptême, indépendant du sang du Christ, et qui tirerait sa valeur de lui-même : c'est pourquoi les partisans de cette doctrine étaient des anabaptistes.
Et qui est l'inventeur de ce baptême monastique, ou mieux du baptême monastique en général ? Ici, Luther suit docilement Mélanghthon pour qui le coupable est SAINT Thomas d'Aquix^; sur ce point il s'est fait son élève, alors que pour le reste il est son maître. Dans les années qui suivent i52i, non seulement il accuse saint Thomas d'avoir égalé au baptême le simple fait de l'entrée dans un ordre, mais il le donne comme le premier à avoir avancé cette doctrine 3. Il l'affirme particulièrement en i533 : « Cette doctrine scandaleuse, impie, d'un baptême monastique parjure, infidèle et