‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 12 sur 312 · I. En marge du sermon · texte numérisé non relu

I. En marge du sermon

a. Ci-dessus, t. I, p. 353-354.

3, En i5a3-i52/i, il écrit : « Ils construisent certains états, dans lesquels on doit devenir bienheureux, comme Thomas, le moine prêcheur l'a écrit sans pudeur : Si quelqu'un entre en religion, c'est comme s'il sortait immédiatement du baptême. Et ainsi ils promettent l'affranchissement et la rémission des péchés au moyen des œuvres propres. Voilà le blasphème qu'il nous faut entendre », etc. VVeim., XIV, p. 6a, 23-27 (i522-i5a4). Voir aussi p. Ca, 5.

L'OVENTEUU DU « PAPTÊME MONASTIQUE )) I9

apostat, ils la tiennent en premier liea^ de saint Thomas, de l'ordre des Prêcheurs ; mais, à la fin de sa vie, il est tombé dans le désespoir et il a dû dire au diable : «Je crois tout ce qui se trouve dans ce livre 2 » ; — . c'était la bible qu'il voulait dire. — C'est par lui qu'on a fait passer cette doctrine dans tous les ordres, dans tous les couvents, dans le cœur de tous les moines, par lui que toute une vie durant, elle a fait subir un long martyre à tant d'âmes délicates, et que finalement, par la voie du désespoir, elle les a précipitées dans l'abîme de l'enfer. C'est pourquoi, avec mon expérience de moine, moi qui jadis ai eu si profondé-

î. L'allemand porte erstlich. Deniflo donne à ce mot un sens temporel : c'est saînl Thomas qui « le premier » a enseigné cette doctrine. Scheel dit que, là encore, Denille a chargé Luther d'une erreur controuvée : d'après lui il faut donner à crsUich un sens de priorité morale et non chronologique : a c'est avant tout de saint Thomas qu'ils tiennent celte doctrine, c'est de lui surtout qu'ils se réclament. »(Otto Scheel, ouv. cité, II, p. i5o-i5i). L'interprétation de Scheel a quelque vraisemblance : dans le môme opuscule, dix pages après, Luther nous dit qu'à sa mort saint Bernard a rejeté son n baptême monastique » (Erl., 3i, 287-288; ci-dessous, p. 87- S8). En attribuant à saint Thomas la paternité de celte théorie, il serait donc tombé dans une étonnante contradiction. Toutefois, le sens ordinaire de ertslich donne raison à Denifle. En outre, ce no serait pas la seule attribution invraisemblable que Luther aurait faite à saint Thomas ; en i2i5, le IV' Concile de Latran a employé dans une définition le mot do transsubstantiatus ; et Luther n'en a pas moins dit et répété que ce mot remontait à saint Thomas I (Plus loin, t. III, p. 232-2.'i5; Grisar, I, 129).

Pour ce qui est du sens du baptême monastique, cette question n*a du reste aucune importance. Au point de vue historique luimême, elle est tout à fait secondaire. (N. d. T).

2. (^est là un mensonge ! Où Luther a-t il pris cette histoire-là .' Dans les anciens récits^ on ne trouve pas le moindre mot sur quoi Tappuyer.

ao SAINT THOMAS D AQUIN

ment le souci d'être un vrai moine, je puis bien appeler l'état de moinerieun gâteau infernal et empoisonné, que l'on a recouvert de sucre i ».

Saint Thomas est-il vraiment rinventeur du « baptême monastique » ? Rien de plus faux. La vraie doctrine sur ce point remonte aux « Vies des Pères », c'està-dire à la fin du ir siècle^. Ce n'est guère que mille ans plus tard qu'apparaît saint Thomas.

En traitant du rapport entre les effets de la profession monastique et ceux du baptême, saint Thomas se réfère deux fois 3 à ces Vies des Pères K II aurait pu tout aussi légitimement citer deux lettres de saint Jérôme 5, où ce docteur compare la profession aux vœux du baptême, parce que dans les deux cas, dit-il, on renonce au démon et à ses œuvres ainsi qu'au

1 Erl 3i i'jg. i< Die Kleine Antivort aiif Herzog Georgs nàhesteii Bach » (i533). Plus tard encore Luther parle dans le même sens, nar ex dans les Articles de Schmalkalde, Erl., a5, i/iS (i538). ^

2 Je ne parle pas de la traduction latine, qui pour le sixième livre est du sixième siècle, mais de l'original grec. Voir dans MiGNE, Pair, lat., t. 7^, Proleg., c. j,2, Ag- ,..„„.

3 2- 2" qu. 189. a. 3, ad 3, et 4 Sent,, dist. 4, qu. 4, a. 3, qu. 3. U. Dans MiGNE, Patr. l. t. 73, c. 99^ : « Virtutem quam vidi

stare super baptisma, vidi etiam super vestimentum monachi,

quandoaccipit habitumspiritualem». • » d ,. ^.

5 Dans Ep. Sg (n. 3), en 384 environ, li console sainte Paule de

la mort de sa fille, qui ayant perdu son mari « propitio Ghristo,

ante quatuor ferme menses. secundo quodam modo propositi se

baptismo lavit, et ita deinceps vixit, ut calcato mundo semper

monasterium cogitarit ». (Migne, Pair, lat., t. 22 c 468). En

Û16 il parle encore plus clairement dans la lettre à la vierge

Démétriade (Ep. i3o, n. 7; Migne. t. 22. c. i.i3): « Nunc autem

quia seeculum reliquisti et secundo post baptismum gradu misti

i pactum cum adversario tuo dicens ei : ce Renuntio tibi diabole,

^ et s^culo tuo et pompée tuœ, et operibus tuis », serva fœdus quod

pepigisti... » •

ET LE « BAPTÊME MONASTIQUE )) ât

monde qu'il inspire. Saint Bernard adopte cette pensée, il la développe et il arrive ainsi à cette conclusion plus précise : il faut renoncer non seulement au démon et à ses œuvres, mais encore au monde et à sa volonté propre. Il faut non seulement renouveler Vaillance da baptême, mais encore la renforcer, en nous débarras^ sant complètement de tout ce qui nous avait remis au pouvoir du démon à qui nous avions renoncé par le baptême^. Dans le premier chapitre, nous avons vu que même en 1619, alors que sa pensée n'était pas encore complètement troublée, Luther lui-même comparait aux vœux du baptême les vœux et la vie reli-» gieuse : ces vœux et cette vie, disait-il, nous servent à atteindre (( le but du baptême 2 ».

Pour abréger, je me borne à citer, en note, l'opinion d'autres docteurs antérieurs à saint Thomas 3, et je

1. Sermo 11 De diversis (Migne, t. i83, c. 570, n. 3) : « Irritum fecimus fœdus primum : tibi peccavimus, Domine, satanœ et operibus obligantes denuo nosmetipsos, jugo iniqnitatis colla lùtronee submittentes et subicientes nos miseric servituti. Itaque fratres mei, rebaptizari nos convenit, secundum fœdus inire necesse est, opus est professione secunda. Nec jani sufficit abrenuntiare diabolo et operibus ejus, mundo pariter abrenuntiandum est et propriae voluntati... non resarcire tantummodo fœdus primum, sed etiam roborare sollicili, ipsis quoque affectibus pariter abrenunciamus ». Voir ibid., Sermo 87, n, 3, mais surtout De prœcepto et dispens., c. 17, n. 54 (Migjje, t. 182, c. 889) : comparaison entre le premier et le second baptême. Tout se réduit finalement au parfait renoncement, à la ressemblance avec le Christ, à la rénovation et à la corroboration du lien baptismal.

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