‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 151 sur 312 · CONTRADICTION ET DÉLOYAUTÉ · texte numérisé non relu

CONTRADICTION ET DÉLOYAUTÉ

d'eux de sa doctrine, il disait hypocritement ; « A la rigueur, si la doctrine des papistes avait été convenable, j'aurais pu m'entendre avec eux ; leur vie mauvaise ne tirerait pas beaucoup à conséquence^. » Mais alors pourquoi attaquer cette vie mauvaise? Et, du reste, quelques années après, il dira en sens tout opposé : « [Chez les papistes], ce n'était pas encore tant lavraie doctrine qui faisait défaut, parce que, grâce à Dieu, l'Ecriture sainte, l'Evangile, les sacrements, la prédication sont restés dans l'Eglise ; mais les évoques et les prêtres ne s'occupaient de rien 2. » Mais alors, pourquoi attaquer cette saine doctrine ?

Luther, le seul innocent, ne voit la haine et la malédiction que chez les catholiques. Ici, Mélanchthon suivit fidèlement son maître ^ et il en fut de même de l'ancien confrère de Luther, l'apostat WenzelLinck: en i52/i, il reprochait aux prédicateurs catholiques de (( jeter à pleine bouche la diffamation et l'insulte sur les religieux sortis de leurs couvents, sur les moines échappés, sur les prêtres mariés ; on les traitait de misérables, de gens sans foi, de parjures et de déser-

1. De Wette, II, 689 ; voir aussi Enders, IV, 378 (juillet i5aii)ct Erl., /i8-o3(i53o-i532).

a. Erl., /13. 70 (i53o-i532).

3. Le i5 juillet i53o,il écrivait d'Augsbourg à Luther : «Aliquolies jam fui apud quosdara inimicos ex illo grege Ecciano, non possumdicerc quanta m odii pharisaici acerbitat<^rn leprehenderira. Nihil agunt, nihil mcditantur, nisi ut concitent advcrsus nos principes et im[)ia arma induant optimo Imperatori ». Corp. Ref.^ lî, 197. Le 37 juillet, à Erasme : « Nunquam eram crediturus tantam ferociam, tantam sfnvitiam in hominem cadere posse, quantam in Eccio et quibusdam ejus gregalibus deprehendo ». Ibid., p. aSa.

leurs ^. )) Le plus révoltant est d'entendre dire à Luther en i52i : c Je les instruis, ils me diffament; je les supplie, ils se moquent de moi ; je les reprends, ils se fâchent; je prie pour eux, ils refusent ma prière; je leur pardonne leur méchanceté, ils ne veulent pas de mon pardon ; je suis prêt à me sacrifier pour eux, ils me maudissent 2 », etc. Bref, Luther est un agneau innocent, l'idéal de la douceur et de l'humilité. Dans l'intérêt du moment, il oubliait sans doute alors que l'année précédente, en 1620, il avouait son caractère difficile et violent, que l'on était unanime à condamner 3.

Mais ce ton de douceur ne devait pas longtemps durer. En 1622 il écrit : « Fais en sorte que ta bouche soit celle de l'esprit du Christ; consacrons-nous de tout cœur à continuer l'œuvre commencée ; par notre parole et nos écrits, faisons connaître au peuple la scélératesse et la fausseté du pape et des papistes jusqu'à ce que, montré dans sa nudité à la face du monde, il soit enfin connu et devienne un objet de honte... Répands donc, aide à répandre le saint Evangile. Enseigne, écris, prêche que la loi des hommes n'est rien. Empêche, détourne de se faire prêtre, ou moine, ou religieuse, et que celui qui est déjà pris s'échappe. Ne donne plus d'argent pour des bulles, des cierges, des cloches, des tableaux, des églises ; mais réponds que la vie chrétienne consiste dans

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