SENS DE ROM. I, I
i53o; quoique intimement persuadé du contraire, il dut enfin en arriver aussi à ce mensonge que jusqu'à lui tous ceux qui avaient parlé sur ce point n'avaient pas eu d'autre idée de Dieu et du Christ, et n'avaient pas trouvé autre chose dans l'Évangile. De là découla un autre mensonge : ce n'était pas une autre conception que lui-même il avait eue, jusqu'au moment où u par une illumination de l'Esprit-Saint », il avait reçu la lumière sur le passage de l'Épître aux Romains, de même que sur l'Écriture sainte tout entière, c'est-àdire, jusqu'au moment où il comprit que la « justice de Dieu » ne signifiait pas une justice qui punit, mais la justification gratuite, en d'autres termes, jusqu'à sa conversion, qui, comme nous le verrons, eut lieu en i5i5. Or, en réalité, bien avant cette époque, aussi loin même qu'il nous est possible de remonter dans sa pensée, lorsque Luther parle de la « justice de Dieu », il n'entend jamais par là la justice qui punit, le juge qui punit, mais la grâce justifiante de Dieu, et Jésus- Christ lui-même en temps que justice dans le sens de grâce ^. Jamais, pas même dans son Commentaire
1, On en trouvera la preuve complète dans le second volume [c'est-à-dire, vraisemblablement dans le Supplément dont Dcnifle vient de parler. Toutefois, il y donne seulement des extraits du Commentaire sur l'Epître aux Romains, de i5i5-i5i6 (p. 307-837). Il s'était sans doute aperçu que dans les renseignements qui vont suivre, il avait épuisé ce que pour les années précédentes il y avait à dire sur ce point. (N. d. T.).
Je ferai déjà remarquer ici que tel était le sens que, cinq ans avant sa « conversion », Luther donnait aux mots justitia Dei. En s'appuyant sur S' Augustin, Pierre Lombard écrit dans les Sentences (I, dis t. 17): « Deus dicitur Jijsit7ja Dei, qua nos justificat, et Domini salus, qua nos salvat, eijîdes Ghristl, qua nos fidèles facit. »
32 là SOLUTION DU PROBLEME
sur VÉp-t^e aux Romains au passage en question, ainsi que nous le verrons dans cette seconde partie i, il n'a dit un seul mot en ce sens ; jamais il ne s'est vanté, selon sa coutume, d'avoir été le seul ou le premier à parvenir à cette notion. Que dès avant i5i5 il ait parlé ou non de la justice imputative, 2 cela est absolument indifférent pour la question qui nous occupe. Il ne s'agit ici que de savoir s'il a pris le concept de «justice de Dieu », dans le sens de justice qui punit ou dans celui de justification.
Sur ce point, comme on le voit, Luther après i53o s'est comporté de la même manière qu'à l'endroit des pénitences monastiques. Au début, il reconnaissait à ces
Or, dans ses notes marginales sur ce passage, Luther dit dans le même sens que Dieu est non seulement la charité, mais aussi la charité créée, de même que « le Christ est notre foi, notre justice, notre grâce et notre sanctification » (Weim., IX, 42-/i3 ; voir aussi, ibid., p. 90 : iSog-iSii). Cf. I Corinth., I, 3o. Dans ses Dictata super Psalterium, il donne presque toujours à justitia Dci le sens que nous venons d'indiquer; par exemple, en i5i3, dans l'explication du psaume I (Weim., III, 30, et très souvent au cours de Touvrage (voir, par ex., III, i52, 166, i']^ : justitiam, scil. justitiam fidei, qua justificatur anima; 203, 226, 365, 462, /jGS ; dans ce dernier passage, c'est même le verset 17 du chap. I de l'Epitre aux Romains qu'il explique en ce sens : « Justitia tropologice est fides Christi. Rom. I : justitia Dei revelatur in eo » ; de même, IV, 2A7 (i5i4 ?) : « Justitia fidei, que est ex fide. Rom. i » Je me borne ici à ces indications. Le fait est si évident que KoESTun lui-même (Martin Luther, 5' éd., p. io5), est obligé d'en convenir. Il ignorait cependant qu'en parlant ainsi, Luther était parfaitement d'accord avec les commentateurs antérieurs. Je me contenierai de citer les plus récents : Hugues de S* Cher, S* Taoma-sd'Aquin, Torquemada, de Turrecremata., Dents le GhartreuXi pEREz DE Valentia et Pblbart.