CHAPITRE II
DOCTRINE DES PRIERES DE l'ÉGLISE SUR LA MISÉRICORDE DE DIEU ET SUR SA GRACE EN REGARD DE NOTRE IMPUIS- SANCE.
Si l'on parcourt le missel et le bréviaire, soit ceux dont les Augustins se servaient à l'époque de Luther, et qui remontent à ceux de l'Église romaine, soit ceux des autres ordres, l'on remarque que presque sans exception, du premier dimanche de l'Avent au dernier après la Pentecôte, l'Église ne parle aux fidèles que d'un Dieu de miséricorde et de bonté ; à chaque page, elle nous engage à mettre en lui notre confiance et notre espérance. On découvre, non sans étonnement, qu'il n'y est presque jamais question d'un Dieu irrité, et, que si parfois il y est fait allusion à la justice divine qui punit, l'Église ne manque jamais de faire remarquer que la miséricorde a le pas sur la justice. ^ Et
I. Nous en trouvons un bel exemple dans la messe du dernier dimanche après la Pentecôte, le dernier de l'année liturgique. L'Evangile nous met sous les yeux les épouvantes du jugement dernier ("Matt. XXIV, i5-35). Mais dès le début de la messe, l'Eglise veut nous empêcher de nous méprendre en croyant que dès maintenant Jésus-Christ est un juge sévère On lit, en effet, au commencement de l'introït : « Le Seigneur dit : Mes pensées sont des pensées de paix et non d'afjliction ; vous m'invoquerez e^
328 LES PRIÈRES DE l'ÉGLISE
cependant, à en croire les affirmations de Luther, surtout après son apostasie, nous devrions, partout et toujours, y rencontrer le « Juge venant sur les nuées du ciel » ; nulle part, il ne devrait y avoir un mot de la bonté, delà miséricorde d'un Dieu à qui l'on peut s'adresser en toute confiance et certitude. C'est précisément le contraire qui est la vérité.
Combien n'y a-t-il pas d'oraisons à commencer par les invocations : a Dieu tout puissant et miséricordieux ; — Ecoute-nous, ô Dieu notre salut; — Ecoute-nous, Dieu miséricordieux ; — Ecoute-nous, Dieu tout puissant et miséricordieux » ; — ou dans lesquelles se trouvent les mots miséricordieux et secourable. i Seule l'idée d'un Dieu clément et miséricordieux, dont on est certain d'être toujours favorablement écoulé, et non celle d'un juge sévère et punisseur, a pu inspirer ces innombrables invocations liturgiques : « Donne-nous, Seigneur ; — Donne-nous, Seigneur, nous t'en prions ; — Donne, nous t en prions; — Accorde Seigneur, — ou Accorde, nous t'en prions ; — Ecoute nos prières. Seigneur; — Regarde, Seigneur, — ou Regarde, Seigneur,
je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux. » C'est du prophète Jérémie (XXIX, ii et suiv.) que s'est ici inspirée l'Eglise (Missel des Augustins, fol. i53). L'épître est tirée de S' Paul (Golos. I, 91/1); l'Eglise nous y exhorte à avoir confiance en Jésus-Christ, à rendre grâces à Dieu le Père u qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres et transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé, par le sang de qui nous avons la rédemption et la rémission des péchés. » Il en est de même â la messe du premier dimanche de l'Avent.
I. « Omnipotens et misericors Deus ; — Exaudi nos, Deus salutaris noster ; — Exaudi nos, misericors Deus ; — Exaudi nos, omnipotes et misericors Deus ; — Misericors, propitius. »