J.-C, SEUL FONDEMENT DE NOTRE SALUT
Aussi, dans le missel et dans le bréviaire, il n'y a pas un seul saint, y compris la mère de Dieu, à qui elle adresse une prière, et Luther le reconnaît encore en 1 5 1 8 ^ : c'est des mérites de Jésus-Christ qu'elle attend tout. Aussi, conclue-t-elle toutes ses oraisons ; « par Jésus-Christ Notre-Seigneur » ; et Lutherie savait déjà par un statut de son ordre 2. Jamais l'Église ne met la ^Sainte Vierge ou les saints à la place de Dieu, qui accorde, ou de Jésus-Christ, par qui et par les mérites de qui on obtient ; elle les met à notre place, à nos côtés, afin qu'appuyant notre prière, ils la rendent plus efficace devant Dieu. En tout cela, l'Église manifeste sa doctrine queni nos œuvres, ni les saints, mais Jésus- Christ seul est notre Rédempteur, et que c'est uniquement en vertu de ses mérites, mérites qu'il nous a acquis, par sa vie, par ses soufi'rances et par sa mort, que nous faisons le bien et que nous pouvons être exaucés et sauvés. C'est pourquoi elle demande à Dieu qu' (( au nom de ce Fils bien-aimé, nous méritions d'abon-
1. Weim., I, /j20 : « In omnium Sanctorum festis Ecclesia orationem dirigit non ad sanctos, sed ad Deum cum nominibus sanctorum, eorum mérita ex Deo venisse protestate, deinde per eadem preces suas Deo commendans ».
2. Le Si" chapitre de l'Or dinar iiiin de l'ordre auquel appartenait Luther a pour titre : « Qualiter orationes debeant terminari » (Venetiis, i5o8). A la fm de toutes les oraisons, y est-il dit, Jésus-Christ doit être nommé en premier lieu ; ordinairement par la formule : « per dominum nostrum Jesum Christum, » etc. Seules les (rares) « Orationes quae ad ipsam trinitatem diriguntur, sic concluduntur : « Qui vivis et régnas Deus per omnia secula seculorum » ; dans cette formule Jésus-Christ est compris. Mais ce cas excepté, il est toujours expressément désigné, naturellement d'une manière différente selon les invocations.
35/i LES PRIÈRES DE l'ÉGLISE
der en bonnes œuvres » ^. C'est pourquoi encore, dans les litanies des Saints, que Luther récita si souvent dans son cloître, elle dit à Dieu, aux trois personnes de la sainte Trinité et à Jésus-Christ : Ayez pitié de nous, ou Exaucez nous ; et aux saints, au contraire : Priez pour nous. En conséquence, elle ne prie pas Dieu de nous délivrer à cause de nos œuvres, de nos pénitences ou de la vie religieuse, etc. (comme Luther le lui reprochera plus tard), mais elle dit : « Par le mystère de ta sainte Incarnation : délivre-nous, Seigneur ! Par ta venue en ce monde, par ta naissance, par ton baptême, par ton saint jeûne : délivre-nous, Seigneur ! Par ta croix et ta passion : délivre-nous. Seigneur ! Par ta mort et ta sépulture : délivre-nous, Seigneur ! etc. ^ )>. Même après son apostasie, Luther savait parfaitement tout cela, puisqu'il conserva ces invocations 3.
Nous avons déjà fait remarquer qu'avec l'Église, Luther, avant sa chute, voyait dans la croix notre unique espérance, et en Jésus-Christ cloué à la croix, le salut du monde. C'est pourquoi, avec elle aussi, il demandait à Dieu de vouloir bien sauver les siens par
I. Bréviaire, fol. 55 ; Ordinarium, c. 36 : « Ut in nomine dilecti filii tui mereamur bonis operibus abundare ». Dans la Séquence 0 crux lignum, de la fête de l'Invention de la sainte Croix. {Missel, fol. 256") Luther récitait la strophe suivante :
Medicina christiana Sanos salva, egros sana.
Quod non valet vis humana, Fit in tuo nomine.
a. « Per mysterium sanctœ Incarnationis tuae. Libéra nos Domine... Per crucem et passionem tuam, Libéra etc. Per mortem et sepulturam tuam, Libéra, etc. Per sanctam Resurrectionem tuam. Libéra, » etc.