‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 232 sur 312 · Erl., 56, 36o · texte numérisé non relu

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le mystère de la croix, ^ reconnaissant par là que nous ne sommes pas nos propres sauveurs, comme il le fera dire plus tard à l'Église. Pour démasquer complètement le mensonge de telles assertions, il me faudrait transcrire ici plus de la moitié des livres liturgiques. Ici encore, Luther après son apostasie se montre tel que je ne cesse de le dépeindre. Qu'il me suffise de rappeler un fait : si l'Église met partout sous les yeux des fidèles la représentation de la croix, dans ses temples et au dehors, dans les livres et sur les murs, dans les habitations et dans les champs, sur les places publiques, sur les toits et au haut des tours, la raison en est dans cet article de son Credo que c'est par la croix que nous avons été rachetés, par elle que nous sommes réconciliés avec Dieu et absous de nos péchés. 2 L'image du Crucifié, avec Marie et saint Jean au pied de la croix, se trouvait dans tous les missels, même dans les moins volumineux, par exemple dans celui que l'on emportait en voyage, et Luther pouvait la trouver dans celui

I. Conclusion de l'hymne Vexilla régis, au temps de la Passion. Bréviaire, fol. 278 :

Quos per crucis mysterium

Salvas (manusc. : salva), rege per saecula.

a. Dans les siècles postérieurs, mais longtemps encore avant Luther, on célébra aussi des messes propres De passione Domini, De quinque vulneribus. De lancea Domini, etc. On lisait dans l'oraison de la messe De passione Domini : « Domine Jesu Christe, fili Dei vivi, qui de cœlo ad terram descendisti de sinu Patris, et in ligno crucis quinque vulnera et plagas sustinuisti, et sanguinem tuum pretiosum in remissionem peccatorum nostrorum fudisti... » Missale specialium missarum pro itinerantibus secundum rubricam Pataviensis ecclesie, Vienne, i5i3, fol. a/i. Spéciale Missarum sec. chorum Herbipolensem (Basilee, 1609^, fol. iBo". Voir à ce sujet A. Franz, Die Messe im deutschen Mittelalter (1902), p. i55 et suiv.

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qui était destiné à cet usage chez les Augustins. * Où qu'il fût, le prêtre devait toujours se rappeler que la sainte messe n'était que la reproduction non sanglante du sacrifice sanglant de la croix, sacrifice auquel se rattachait toute notre espérance pour ce monde et pour l'autre.

C'est pourquoi le jour de leur ordination, l'Église rappelle aux prêtres l'efficacité du sacrifice de la croix, et du même sacrifice qui se renouvelé à la messe, « afin qu'ils ressentent cette efficacité aussi bien dans leurs mœurs que dans les mystères de la grâce^ » ; ou, comme elle dit dans une autre de ses prières, « afin qu'ils expriment constamment dans leur vie ce sacrement qu'ils ont reçu par la foi^ ». Sur le Sauveur ressuscité, elle voit encore les blessures qu'il a reçues autrefois pour notre rédemption, et par le mérite desquelles nous obtenons maintenant la rémission de nos fautes. * C'est avec ses plaies sur son corps qu'elle le salue au temps pascal,

1. C'est-à-dire dans le Missale Ilinsrantium seu misse pecvliares valde dévote, imprimé en Allemagne en iboh, petit in-8% de de liO pages seulement, pour l'ordre des Ermites. De même aussi dans le Sacrijicale itinerantium (Oppenheim, Jac. Kœbel, iBai) puis, dans le missel du diocèse de Passau dont je viens de parler

2. Postcommunion : « ... ut tuae redemptionis effectum et mys teriis capiamus et moribus » (Pontificale Romaniim).

3. « Ut Sacramentum vivendo teneant, quod fide perceperunt » Oraison du mardi de Pâques. Missel, fol. ii6; bréviaire, fol. i33

A. Cette idée est très bien exprimée dans la messe De quinque vulneribus (Spéciale missarum sec. chorvm Herbipolen., f. lôa) « Deus qui hodierna die sacra tissimorum vulnerum tuorum solemnia celebramus, concède propitius, ut a peccatorum nostrovum vulneribuSi eêrumdem pretiosorum stigmatum tuorum intervenientibus meritis, expiali perpétue beatitudinis premia consèquamur », Voir Franz, ouv. cité, p. 167-1 58,

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comme le roi souverainement aimable, et qu'elle lui demande de prendre possession de nos cœurs. ^ Elle va même jusqu'à l'appeler « notre rédemption, notre amour, notre désir ». ^

Enfin, pour conclure, l'Église fait dépendre, et très logiquement, l'obtention du bonheur éternel non de nos œuvres et de nos mérites, mais de la miséricorde de notre Rédempteur. C'est ce qu'avant son apostasie, Luther savait parfaitement par de nombreuses oraisons de l'Église; c'est ce que, chaque jour, à la messe, il exprimait dans une prière après l'élévation^ ; c'est, pour nous borner à cette citation, ce qu'il entendait dire à la bénédiction des rameaux : « 0 Dieu, qu'il est si juste de choisir et d'aimer, multiplie en nous les dons de ta

1. Dans l'hymne des laudes du temps pascal : Sermone blando angélus, hymne qui était chantée dans nombre de diocèses et d'ordres religieux (Cf. U. Chevalier, Bepertorium hymnolog., II, n. i8.83i) ; chez les Augustins, elle était précédée de cinq strophes (début : Aurora lucis). Après avoir rappelé le souvenir des vulnera in carne Christt fulgida, la dernière strophe (Bréviaire, fol. 274), commence par ces mots :

Rex Christe cleraentissimej Tu corda nostra posside.

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