Hymne très répandue, et qui se disait aux vêpres et aux
matines de l'Ascension (Bréviaire, fol. 27/1"); elle commence par
ces mots :
Jesu nostra redemptio.
Amor et desiderium.
Elle était encore plus répandue que la précédente (voir U. Chevalier, ouv. cité, I, 9583). J. Kehrein, Kirchenlieder, p. 67, montre qu'elle a été traduite en allemand dès le xii* siècle. Dans un autre ouvrage du même auteur, Katholische Kirchenlieder, Hymnen, Psalmen, I, 62 A, on trouve une autre ancienne traduction allemande de la même hymne.
3. « Intra quorum (apostolorum et martyrum) nos consortium it stimator merift, sed venise largitor d^dmitiQ -ù. Missel, fol. na.
grâce ineffable, et comme par la mort de ton Fils, tu nous as donné le droit d'espérer ce qui est l'objet de notre foi, fais-nous arriver, par sa résurrection, au terme vers lequel nous tendons ^. » Et ce n'était point là une doctrine d'initiés ; depuis fort longtemps 2, on recommandait aux prêtres de faire reconnaître aux malades que ce n'était pas de leurs propres mérites, mais de la passion et des mérites de Notre-Seigneur Jésus- Christ qu'ils devaient attendre la béatitude éternelle; que Jésus-Christ était mort pour notre salut, et que personne ne pouvait être sauvé par ses propres mérites ou de toute autre manière que ce fût, mais seulement par les mérites de Jésus-Christ. Si le malade possédait cette foi, il devait remercier Dieu de tout son cœur et se recommander à la Passion de Jésus-Christ, à laquelle
1. Missel, fol. 60 : « Deus quem diligere et amare justitia est », etc.
2. Pour ce qui concerne l'époque qui précéda immédiatement Luther, voir ci-dessus, t. I, p. 83-85. Sur ce point, le document le plus facile à consulter est VAdmonitio morienti, de S* Anselme DE Cantorbery (Migne, Patr. lat., t. i58, c. 686-687), dont parle A. Frakz dans son excellent ouvrage, Dos Bituale von Sankt Florian, p. 196 et suiv. (Franz parle aussi de ce qui a précédé dans le même genre, et des amplifications postérieures). Pour ce qui concerne la pratique dont il s'agit ici, de même que pour beaucoup d'autres points l'Opus tripartitum, 3° pars : De scientia mortb, de Gerson, eut de l'influence sur la fin du moyen âge. {Opéra, Antuerpiae, 1706, I^lilx'] et suiv.). Voici comment Geiler de Kaisersberg a traduit le passage de cet ouvrage sur le point qui nous occupe : « En toi, très doux Jésus, est mon unique espérance... Je réclame ton paradis. Seigneur, non à cause de la valeur de mes mérites, mais en vertu de ta très sainte passion, par laquelle tu as voulu me racheter, moi chétive créature, et m'acheter le paradis au prix de ton précieux sang » (Wie man sich halten sol bel einem sterbenden Menschen : De la conduite à tenir auprès d'an mouranty i48a, édité par Dacheux, 1878).
RÉSUMÉ DU CHA.PITRÉ SoQ
il devait souvent penser ^. C'est dans ces sentiments qu'il puisait une ferme espérance que Dieu « ne nous trompe pas quand il nous promet les biens éternels et qu'il ne saurait manquer de nous les donner ^. »
Ainsi, dans toutes les prières, dans tous les chants liturgiques usités au temps de Luther, l'Église nous montre constamment Dieu, notre Maître, comme un Dieu clément et miséricordieux, et non comme un juge sévère; dans tout le cours de l'année liturgique, elle nous montre que la venue de Jésus-Christ a été vraiment la venue de la grâce et de la miséricorde ; que Jésus-Christ est la joie da monde, la bonté immense qui, par son sang, nous a rachetés de la mort 3. Et, antérieurement, comme nous le verrons dans la suite, les docteurs catholiques n'avaient pas enseigné autre
1. Sacerdotale ad consuetudinem S. Bomanœ ecclesix, Venetiis i537 (édition prmceps), fol. 117 (Venetiis, i55/4, fol. iiS") : « Credis, non propriis moritis, sed passionis dom. nostri Jesu Christi virtute et merito ad gloriam pervenire ? Credis quod dominus noster Jésus Christus pro nostra salute mortuus sit, et quod ex propriis meritis vel alio modo nuUuspossit salvari, nisi in merito passionis ejus ? Redde ei gratias toto corde, quantum potes, et te ipsius passioni recommenda, et ipsam corde cogita, et ore quantum potes nomina. » Nous trouvons des pensées semblables dans les nombreux « Manuels de la bonne mort » de cette époque. Voir Falk, Die deutschen Sterbebûclilein von der àltesten Zeit des Buchdruckes bis ziim Jahre 1520 (1890).
2. Sacerdotale (i5i'] , fol. 211 ; i55/i, fol. 207") : « Deus eternorum bonorum fidelissime promissor et certissime persolutor », etc.