‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 235 sur 312 · LUTHER SE CONDAMNE LUI-MÊME · texte numérisé non relu

LUTHER SE CONDAMNE LUI-MÊME

tions de la liturgie, il reconnaît des « paroles de l'Eglise )), qu'il ne faut nullement regarder comme vaines ^. Au moment de consommer son apostasie, il ne veut pas s'éloigner de la liturgie ; il y puise toujours, et dans plusieurs passages encore en dehors de ceux que nous venons de citer. Même après avoir consommé son hérésie, non seulement il louera les anciennes hymnes de l'Eglise, ce qui est un fait bien connu, mais il traduira en allemand un grand nombre de prières liturgiques ou il les conservera même en latin 2.

(Bréviaire, fol An"). Au chapitre X delà même Epître {Commentaire, fol. 234, Ficker, II, 245). Luther écrit : « ... soli Dec vivit, eut omnia vivant etiam mortua ». Disposés de la sorte, les mots en italiques ne sont pas tirés de S* Luc (XX, 38), mais de l'invitatoire du jour des Morts (Bréviaire, fol. 385") : « Regem cui omnia vivunt », etc., ou de VOraiio in sepultura : « Deus cui omnia vivunt, et cui non pereunt moriendo corpora nostra, sed mutanturinmelius ». (Ibid., fol. 429). Dans ses écrits, on trouve de nombreuses réminiscences de ce genre.

1. Weim., I, 558 : « Nec vana esse verba ecclesiae credo. » En i5i4, il allait même jusqu'à attribuer au Saint-Esprit l'ordonnance de la liturgie. Voir, ci-dessus, p. 35o, 35i, n. i.

2. J'en ai déjà cité quelques-uns (ci-dessus, p. 338, 343). Voici d'autres exemples. Luther utilise deux fois l'oraison de la messe Pro tribalaiis : « Deus qui contritorum non despicis gemitum », en allemand (Erl., 56, 352), et en latin (ibid., p. 365) ; naturellement (( in ecclesia tua sancta » est traduit par « dans ta communauté ». — L'oraison du IV' dimanche après l'Epiphanie : « Deus qui nos in tantis periculis constitutos », se trouve en allemand à la page 353, et en latin à la page 366. — A la p. 365, on trouve la belle oraison : « Deus qui delinquentes perire non pateris », que l'on rencontre déjà dans le Sacramentarium LeonianumQp. 109); Luther en a seulement changé la dernière phrase. — Son oraison en l'honneur de la Passion de Jésus-Christ {ibid., p. SSa) est un amalgame de l'oraison du Mercredi Saint (« Deus qui pro nobis Filium tuum crucis patibulum subire voluisti ») et de celle du mardi de la même semaine (« Da nobis ita dominicœ passionis », etc.). — De même ses oraisons pour le Sacrement de l'autel (*p. 3 18), pour

Par là, comme c'est d'ailleurs si souvent le cas, il porte une fois encore un verdict de condamnation sur ses calomnies postérieures, quand il prétendra qu'avant sa « Réforme » l'Eglise, et lui avec elle, n'avait connu Dieu que comme un juge sévère qu'il faudrait nous concilier par nos œuvres. De plus, presque jusqu'à son apostasie, alors que depuis longtemps déjà il avait découvert son Evangile, il cite plusieurs de ces prières liturgiques contre le mérite des œuvres, contre la conception que nous-mêmes, avec nos œuvres quelles qu'elles soient, nous serions la cause de notre salut. Si, à cette époque, il combat sur ce point les scolastiques ou certaines pratiques, il laisse toutefois complètement hors de cause la doctrine catholique exprimée dans la liturgie ; il en reconnaît la vérité. Il ne se sentait pas encore porté à prétendre que dans des phrases comme : « Jésus-Christ est notre unique espérance, notre unique salut, et non nous-mêmes », l'Eglise avait [malencontreusement] omis le mot (( seuls » après a nous » ^ ; ou bien que de fait elle enseignait que nous aussi avec nos œuvres nous opérions notre salut. Il n'en viendra là que plus tard, lorsque, dans sa lutte haineuse contre l'Eglise, il se rendra coupable, et sans le moindre scrupule, d'énormes altérations de la doctrine catholique et des plus lourdes

les fêtes de Pâques, de l'Ascension (p. 3ao), et de la sainte Trinité (p. 335) viennent des oraisons correspondantees de l'Eglise catholique, etc. On pourrait faire des remarques semblables sur les hymnes.

I. Comme le dit Koelher, Denifles Luther, dans Die christliche Welt, 1904, n'g, p. ao8.

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