Justus autem ex fide vivit ». Rom., I
3. Voir entre autres Koestlin, Martin Luther (3' édit.), I, io4 ; voir aussi p. 781, D'après son fils Paul (i533-i593), Luther aurait lui-même raconté cette histoire à table, en i5/i4. Je le répète : il est absolument impossible de soutenir cette légende. Elle prouve simplement, une fois de plus, à quelles inventions Luther s'est laissé aller après son apostasie pour peindre sa vie monastique, et, d'une manière générale, sa vie dans l'Eglise catholique.
4lO LA CRISE d'après LE COMMENTAIRE, l5l5-l5l6
épître : a Quiconque a péché sans la loi périra sans la loi... », Luther dit que par la loi rituelle et cérémonielle de Moïse, les Juifs « avaient fait un pacte avec Dieu et avaient reçu avec la loi la promesse du Christ * », que la loi morale se fonde sur la loi naturelle, qu'elle n'est même que la loi naturelle, obligatoire pour tous 2. Il se demande si les païens qui vécurent en dehors du Christ tout en observant la loi naturelle seront sauvés, « puisque sans le Christ le péché originel ne peut être effacé, et que, sans la grâce, qui ne nous est accordée que par Jésus-Christ, nous ne pouvons accomplir le moindre précepte (alors même que de soi l'action est bonne) » . Dans sa réponse, Luther va-t-il nier que le péché originel ne soit effacé? Nullement. Pour lui, effacer et remettre sont encore une seule et même chose. — Au sujet de la grâce, il écrit : « Celui qui accomplit la loi est dans le Christ, et la grâce lui est accordée, s il s'y prépare autant qu'il est en lui^ ». Au
1. « Judaei... pactum cum Deo fecerunt ac promissionem Christi in ea (lege) acceperunt )>. Fol. 99". [Ficker, II, Sy].
2. « Acceperunt (gantes) legem spiritualem, quam ritus et ceremoniae (ultra quod Christum fîgurabant) moraliter significabant, quae est impressa omnibus, scil. Judaeis et Gentibus, ad quam quoque omnes obligantiir... Haec est enim lex et prophetaî. Ecce quomodo tota lex tradita nihil aliud (?) est, quam hœc lex naturalis, quœ nulli potest esse ignota, oc per hoc nuUus excusabilis est y). Fol. 100. [Ficker, II, 87]. Voir aussi fol. loi [Ficker, II, 89], et, de plus, S* Thomas, i* 2". qu. 100, a. 1 ; a. 3 ; qu. 99, a. 2.
3. « Hic quœritur de Gentibus, an extra Christum vivantes, legem tamen secundum conscientiam naturaliter implentes, salvœ sint, cum sine Christo peccatum originale non tollatur, et sine gratia (etiamsi substantiam facti habeant) nullum prseceptum impleatur, quse per solum Christum donatur. Et quidem Apostolus hic asserere videtur, quod naturaliter ea, quœ legis sunt, quidam fecerint ac faciant... Cum opponitur de Christo etoriginali peccato et gratis,
LE PÉCHÉ originel; LES ŒUVRES DE l'hOMME 4i I
printemps de i5i5, Luther admet donc encore l'axiome qu'il approuvait dans ses Leçons sur le Psautier : « A. celui qui fait son possible, Dieu accorde infailliblement la grâce ^. » Il reconnaît encore que l'ignorance invincible est une excuse 2, ce qu'il contestera bientôt, et qu'il devait contester pour être conséquent avec son {( système 3 ». Pour le chrétien, il laisse aussi subsister, du moins en apparence ^, les « œuvres préparatoires à la justification », « afin que par elles, dit-il, nous puissions devenir aptes à recevoir la justice de Dieu ; non
respondctur, quod quicunquc Icgem iinplet, est in Ghristo et datur ei gratia per sui prœparationem ad eandem, quantum in se est. Peccatum enim originis potuit Deus dimitlere (licet ipsi hoc non cognoverint et coniessi sint) per humilem aliquam operationem erga Deum et summum ens quod cognoverunt. Non enim obligabantur ad Evangelium et Christum expresse cognitum, sicut nec Jud.'ci quidem. Vel potest dici, quod omnes ejusmodi per singularem prseventioncm misericordiœ Doi donati sunt lumine et gratia, quantum pro isto statu eis sat erat ad salutem, ut Job, Naaman, Jetro, etc.. Igilur legem impleverunt. Quicquid autem defecit eis (in quo per ignorantiam invincibilem excusantur), sine dubio Deus in sustentatione supplevit, ut per Christum futurum perficeretur, non secus quam fecit in parvulis circumcisis, et pro se occisis, ac nunc etiam facit in nostris parvulis ». Fol. 100. [Ficker, II, 38].
1. Voir ci-dessus, p. 897. Faisant allusion à quelques païens, Luther écrit peu après, à propos du verset i4 du chapitre II : « Per aliquam bonam operationem erga Deum, quantum ex natura potuerunt, meruerunt gratiam ulterius dirigentem eos. Non quod gratia pro tali merito data eis sit, cum tune non fuisset gratia, sed quia ad eam sese gratis recipiendam sic paaeparaverunt » (F. 102'' ; Ficker II, Zia).