Ci-dessus, p. 33o-36o
4î4 LA. CORRUPTION DE LA VOLONTÉ d' APRES LUTHER
que vertu acquise; elle doit s'effacer devant la justice du Christ qui nous vient du dehors. Ainsi donc, dès le mois d'avril i5i5, il avait émis l'idée que nous avons trouvée plus haut dans ses écrits postérieurs ^. Ici, il appuie cette conception erronée sur les philosophes, d'après qui une nouvelle forme n'est infusée que si l'ancienne a disparu 2.
Mais cet axiome ne trouve nullement son application ici. A priori, Luther considère la justice naturelle comme incompatible avec la justice surnaturelle : dès lors, en parlant de /orme^ qui s'excluent, il commet une pétition de principe. Puis, il suit de là, — et c'est bien ce qu'il enseigne, — que dans la justification ce qui devrait disparaître, je veux dire le péché, est précisément ce qui demeure ; et ce qui peut demeurer, je veux dire la moralité naturelle, est ce qui doit disparaître.
Le philosophe à qui Luther en appelle ici est Aristote. Or d'après Aristote, la génération se produit du contraire au contraire ^. Mais la justice propre, au sens de vertu naturellement acquise, n'est pas contraire à la justice du Christ, ni à la justice que le Christ lui-même