EMPORTEMENTS DE LUTHER
puis me résoudre à ne plus les commettre ?» Et Dieu devrait justifier celui qui s'accuse de la sorte ! Cela s'appelle plutôt vouloir se jouer de lui. Pourtant, telle devait être nécessairement la frivole confession de celui que sa propre expérience forçait à reconnaître que chez lui certaines passions étaient invincibles. Pour Luther, il s'agissait de trois passions capitales : la volupté, la colère et V orgueil. Et de toutes, comme il l'écrivait en i5i4» c'est l'orgueil qui est la plus difficile à vaincre ; car (( il naît de la victoire même sur les vices ^ » Luther le savait par expérience.
Luther, écrivait l'un de ses anciens élèves de Wittenberg, Jean Oldecop, était un u homme intelligent», mais ({ orgueilleux par nature ^, » Au milieu de i5i4, il vérifiait pleinement ce jugement, ainsi que son propre aveu de cette année-là sur la difficulté 4f triompher de l'orgueil. Le 1 6 juin, il écrivait aux ermit^% du couvent d'Erfurt qu' u il avait été sur le point de répandre une coupe pleine de colère et d'indignation sur le Père et maître Nathin et sur tous les moines de ce couve n . » Quelques jours auparavant, il leur avait écrit deux lettres, lettres « stupides » suivant son expression, et dont il croyait maintenant devoir s'excuser. Pour désigner Nathin, il prend l'expression dont on aime à se servir dans le paroxysme de la colère : il l'appelle « cet homme » ; et « cet homme », il le prétend du moins, le calomnie : nouveau motif pour Luther de s'emporter encore davantage. On voit là déjà l'homme orgueilleux et violent que l'avenir nous