Humilitate capita vestra Deo
3. Postcommunion de la messe du premier dimanche de Carême ; « A vetustate purgatos, in misterii salutaris faciat transire consortium. » Missel, fol. 37.
i5i4 côûtre Nathin. Sur cet « imbécile de bavard » (Wimpheling était alors âgé de soixante ans), Luther répand la « coupe de la colère » et du mépris dans les termes les plus injurieux. Pourquoi ? Parce que Wimpheling avait eu l'audace de soutenir que saint Augustin n'avait pas porté l'habit des Ermites et de lui refuser la paternité d'une production postérieure de peu de valeur, les Sermons aux Ermites K Quelque temps après, dans une glose sur les Sentences de Pierre Lombard, il se vante d'avoir lu « mille docteurs, et même tous les docteurs » 2, lui qui, en i5i8, comme nous le verrons, ne connaissait pas encore l'âge d'or de la scolastique. Même dans V Explication des psaumes, sujet où d'ordinaire on laisse de côté toute amertume,
1. Weim., IX, ia : « Hos duos sermones velim légère t garrulus blattero... sed admonitus prius, ut rationem suam, quae longo pertinaciae et invidiae morbo alio peregrinata est, revocaret et specillum aliquod talpinis oculis suis adhiberet. Sperarem quod puderet saltem durissimam et impudicissimam frontem ejus... Car tu senex et frenetica larva Hugonem incusas ? Cur ecclesiam Dcicorrigis ? i. e. cur tam impurissime mentiris, hos (sermones ad heremitas) non esse Augustini ? Verbis virtutem illude superbis. »
2. Weim., IX, 62 (i5io-i5ii). — [« Legi mille et omnes doctores, nullus melius solvet hanc quaestionem». L'on a fait remarquer que legi était une faute d'impression, et qu'il fallait lire : M Lege... )) (Bœhmer, Luther, 1910, p. 97-98 ; Grisar, I, p. 87.) SI Denifle eût vécu, il eût trouvé là une nouvelle occasion de plaisanter sur l'insuffisance de ceux qui publient l'édition de Weimar. Par cette rectification, le sens, du reste, ne parait pas aussi radicalement modifié qu'on veut l'insinuer. Si je dis : « Lisez mille docteurs, tous les docteurs, vous n'en trouverez pas un qui ait mieux résolu cette question», c'est, en bonne loyauté scientifique, parce que je les ai lus moi-même. Lorsque les érudits allemands nous abreuvent de références au bas des pages de leurs productions, serait-ce donc là l'indication d'ouvrages..» k lire par d'autres 1 N. d. ï.].
on sent continuellement chez lui un ton arrogant ; jamais la moindre trace d'onction. Ces dispositions s'accrurent avec les années. Quelle amertume, quelle arrogance dans son Commentaire sur VÊpître aux Romains, non seulement contre les scolasliques, dont il ne connaît qu'un petit nombre, mais surtout contre l'autorité religieuse, les évêques et les prêtres, lorsqu'il en vient à parler d'eux, ce qui arrive fréquemment. En i5i6, il poussa le manque de tact jusqu'à découvrir devant ses jeunes auditeurs ecclésiastiques, dont le plus grand nombre était ses jeunes confrères, les fautes graves des dignitaires de l'Église et à les censurer sans retenue, en les appelant des Pharaons, des suppôts de Satan, des individus de l'espèce de Béhémoth. ^ Sentant lui-même qu'il dépasse les bornes permises, il prie ses élèves de ne pas l'imiter, et s'excuse en disant que les applications à la vie présente aident beaucoup à l'intelligence de la doctrine que l'on enseigne, a De par l'autorité apostolique, conclut-il arrogamment, je possède et exerce la mission d'enseigner ; c'est pourquoi il est de mon devoir de faire connaître tout ce que je vois de mauvais, même chez les personnes élevées en dignité » 2. De qui et à quelle occasion Luther a t-il reçu la
1. « Unde ipsi incomparabiliter magis sunt Pharaonici, Sathanici, Behemotici » (quelques lignes avant la citation qui suit). [Ficker, II, 3oi, ii].
2. « Obsecro autem, ne [quis] me in istis îmitetur, quîE dolore cogente ctrequirente ofRcio loquor. Nam pro intelligentia valet plurimum applicatio praesentis vitae ad doctrinam quœ docetur. Simul quia authoritate apostolica offîcio docendi fungpr, meum est dicere quaecunque videro non recta fieri, etiam in sublimioribus. » Fol. 265*; [Ficker, II, 3oi, i6l.
mission d'enseigner ? De l'Église, lorsqu'elle lui conféra le titre de docteur en théologie. Mais, par là, l'Église entendait-elle l'instituer juge de toute la hiérarchie, en sorte qu'il lui fût loisible de la traîner dans la boue devant l'auditoire de son cours de théologie ? Etait-ce bien là ce qu'elle voulait ? Tout cela dénote l'orgueil et l'arrogance qui font les hérésiarques. Et malheur à qui s'avisera de le dépriser, de le rabaisser ! Sa colère alors se donnera libre carrière, comme on le voit dans un sermon acerbe qu'il prononça quelques mois auparavant, et où il désigne si clairement ses détracteurs que les assistants pouvaient les montrer du doigt 1. Et, coïncidence curieuse, à cette même époque, dans son Commentaire sur VÉpître aux Romains, il enseignait que l'on doit se reconnaître pécheurs, aimer à être traités comme tels, et ne pas s'emporter s'il arrive que l'on nous fasse tort.
En réalité, il rentrait dans la catégorie de ceux dont il nous trace ici le portrait, qui ne peuvent supporter la plus petite parole à leur adresse sans qu'aussitôt ils discutent et contestent, qui vont partout se plaignant d'être victimes d'une injustice 2. Ces orgueilleux croient avoir seuls le droit de rabaisser, d'injurier leur pro-
i. Weim., I, kU et suiv. ; IV, 676 et suiv. (i" mai (?) i5i5).
a. « Rarus valde est, qui se peccatorem agnoscat et credat... ; qui ne verbum quidem adversum se, sua facta, sua consilia sustinere velit, sed mox in contentionem surgit.,., contendit... inique sibi resisti et false reprobari. Quodsi pati aliqua cogatur, totus furit, et injuriam sibi fieri omnium questu fatigat omnes. Ecce hypocritam, qui se peccatorem fassus erat, quomodo nihil quae peccatorem decet, agere et pati velit, sed quas justum et sanctum. » Fol. 118"). [Ficker, II, 69.]
chain, si respectable qu'il soit. C'est ce que fit Luther en i5i4 à l'égard d'Ortuinus Gratius : jusque-là, écrit-il à Spalatin, il l'avait regardé seulement comme un « âne de poétaillon n ; mais maintenant, Ortuinus est devenu (( un chien, un loup ravisseur affublé d'une peau de brebis », mieux encore, « un crocodile » *. De tout temps Luther fut si idolâtre de lui-même que, dans son présomptueux orgueil, il se croyait supérieur à tous. 11 ose même condamner l'humilité : sans orgueil ou tout au moins sans une apparence d'orgueil et d'esprit de dispute, on ne peut rien produire de nouveau. Jésus-Christ et les martyrs nous en sont la preuve 2.
Nous comprenons peu à peu ce que durent être les vertus de Luther avant sa chute, comment sa violente « concupiscence » le subjugua lentement et sûrement ; comment il dut enfin en arriver inéluctablement à être lassé de cette justice bizarre, et à s'en forger une nouvelle, plus extravagante encore.
Seul, son triste état d'âme, son orgueil, et non sa prétendue délicatesse de conscience ou son inquiétude,