‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 271 sur 312 · Enders, I, ao (5 août i5iii · texte numérisé non relu

Enders, I, ao (5 août i5iii

2. « Veritas mea modestia non fîet dîgnîor... Quis ignorât quia sine superbia aut saltem sine specie superbiae et contentionis suspicione possit quicquam novi produci ?... Cur Christus et omnes martyres occisi sunt... nisi quia superbi et contemptores veteris et inclytae sapientiaê seu prudentiae visi sufif, aut quod tâlia nova sine consilio illorum protulerint, qui vêlera sapiebant. Nori itaque volo eam ex me expectant humilitatem, i. e. hypocrisim, ut prius eorum consilio et décrète mihi utendum esse credant quam edam ; nolo quod hominis industria aut consilio sed Dei fiât quod facio. » (Lettre à Langé, du 11 novembre 1517. Endersi I, 125-126 ; De Wette, I, 78).

peuvent expliquer la construction d'un « système )) qui exclut non seulement le surnaturel, mais même la loi morale, et qui en vient à prescrire à Dieu la manière dont il peut et doit justifier le pécheur, manière opposée à la révélation, mais répondant aux exigences de l'état intime de Luther « Malheur à l'homme que guide l'orgueil, dit saint Augustin ; il ne peut que se précipiter vers l'abîme » ^.

II. — Prétention de Luther à opérer par lui-même sa justification (suite). La chute et le désespoir

Lorsque, même dans la contrition et la pénitence, où cependant la première place devrait revenir à la haine du péché, la suffisance se fait aussi évidente que chez Luther, la présomption ne peut manquer de se révéler dans toutes les œuvres. Nous savons déjà qu'il tolère encore les œuvres préparatoires ^ : elles recherchent la grâce, dit-il, mais elles ne la donnent pas ; au contraire, elles attendent tout d'elle. Il leur oppose les œuvres qu'il nomme œuvres de la loi. Beaucoup de gens, dit-il, les regardent comme suffisantes pour la justice et le salut : « 11 en est dont la conduite montre qu'ils croient observer la loi, et ainsi être justes ; ils ne désirent pas la grâce ; parce qu'ils ont agi conformément à la loi, ils ne reconnaissent pas qu'ils sont pécheurs et ils n'ont aucune aversion pour leur état... Ne rentrant pas en eux-mêmes, ils ne '

I. In ep. 1 Joann., c. li, tr. 8, n. 9 : « Vae homini cujus auriga Buperbia est ; necesse est enim, ut praeceps eat. » SI. Ci-dessus, p. 4ii.

43o ORGUEIL DE LUTHER

voient pas qu'ils observent la loi machinalement, bien plus, malgré et contre leur volonté, ou du moins par amour et désir des biens terrestres, et non par amour de Dieu. Et ainsi contents d'eux-mêmes, ils ne disposent pas leurs œuvres en vue d'obtenir la grâce qui leur donnerait la bonne volonté dans l'accomplissement de la loi * ». Quelques pages plus loin, il s'exprime encore plus clairement sur ces pharisiens qui se disent qu'ils ont accompli les œuvres de la loi, et par là même se croient justes, qui se flattent d'avoir complètement satisfait à la loi, et de n'avoir plus besoin d'une autre justification ; « ce qui, à n'en pas douter, n'est qu'orgueil et folle jactance 2 ». Qui Luther nous dépeint-il ici ? Ces esprits orgueilleux et personnels qui, ne sachant ni s'humilier, ni s'abaisser devant Dieu, sont pleinement satisfaits de leurs œuvres, et, se figurant être très vertueux, croient être en odeur de sainteté devant leur Créateur. Persuadés qu'ils observent

1. Après avoir dit : « Opéra legis non dicuntur ea, quas fîunt prœparatorie ad justificationem acquirendam, sed quaî tanquam suffîcientia per se putantur esse ad justitiam et salutem », et avoir ajouté en parlant des œuvres préparatoires à la justification : « Bona sunt illa opéra, quia non in ipsa confidunt, sed per ea ad justificationem se parant, in qua sola confidunt justitiam suam futuram », il continue, au sujet des « œuvres de la loi » : « Alii vero sic operantur, ut putent sese legem implere, et ita justos esse, nec gratiam desiderant, nec agnoscunt nec odiunt» quod sunt peccatores, quia secundum formam legis operati sunt, non attendentes in semetipsos, quod vel sine, immo invita et aversa voluntate legem servent, vel saltem amore et cupiditate terrenorum bonorum, non amore Dei. Et ita stant contenti, non ordinantes ea pro gratia quœrenda, qua et voluntatem haberent in lege « (Fol. iSa^-iSS). [Ficker, II, 90-91].

2. Fol. 189 [Ficker, 100, 9]. Il revient fréquemment sur Q6 sujet, par ex. fol. i34 et i34'' [Ficker, 92, 20 ^t suiv. ; 9A, i et suiv.j.

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