LA CHUTE ET LE DÉSESPOIR
les commandements dans les plus minutieux détails, ils s'estiment meilleurs que leurs semblables, alors même qu'aussitôt qu'ils viennent à éprouver quelque contrariété, ils sont les plus colères, les plus emportés, les plus entêtés, bref, les plus orgueilleux des hommes. De telles gens, il y en a toujours eu, il y en a aujourd'hui encore et il y en aura toujours. Luther était de ce nombre.
Par les paroles que nous venons de citer, Luther condamne lui-m me sa propre conduite. En exposant sa doctrine d'après les sources publiées jusqu'ici, nous avons cité une lettre du 8 avril i5i6, adressée à l'un de ses confrères * ; il s'y élève contre la justice personnelle de ceux qui, dans leur présomption, s'essaient de toutes leurs forces à être justes et bons, c'est-à-dire qui, méconnaissant la justice de Dieu, cherchent en eux-mêmes de quoi faire le bien, au point de penser enfin pouvoir paraître devant Dieu comme s'ils étaient ornés de vertus et de mérites, ce qui est impossible. « Chez nous, ajoute-t-il, tu professais cette opinion, ou plutôt cette erreur. Je Vai partagée moimême, et maintenant encore je lutte contre elle ; mais je n'en ai pas encore complètement triomphé o. Voilà le coupable qui avoue I Nous qui savons la haute estime que Luther a pour sa personne, il n'y a rien là pour nous surprendre. Il n'y aura à pouvoir s'en étonner que ceux qui le jugent d'après la théorie qu'il a émise à ce sujet dans son Explication des Psaumes, oubliant totalement que, jusqu'en i5i5, la théorie et la pratique
s. Voir, ci-dçssus, p. 380,