OUBLI DE LA PRIÈRB
heures tragiques qu'il aurait vécues avant de produire '' sa nouvelle théorie, il est un fait que personne n'a remarqué : jamais il n'y est question qu'au moment de la tentation il se soit tourné vers Dieu pour lui demander la grâce de triompher. Pas un de ses directeurs, Staupitz y compris, ne lui a donné une seule fois le seul conseil salutaire : s'humilier, écarter ce qui fait obstacle à la grâce, se faire violence, implorer humblement de Dieu sa grâce pour soutenir le combat contre ses violentes passions. Dans ses écrits postérieurs on chercherait en vain un indice qu'il en ait agi ainsi. L'invocation de l'Eglise, que nous avons rapportée plus haut^ ne trouva pas d'écho chez lui. Sans doute, dans des ouvrages remplis de haine contre l'Eglise, il nous racontera plus tard et à satiété la grande ferveur avec laquelle il disait la messe. Nous verrons plus loin quelle créance méritent ces paroles 2.
Pour le bréviaire, le livre de prières par excellence pour le prêtre, nous avons de Luther lui-même un aveu de i535, mais qui se rapporte à la période de Wittenberg ; on y voit la complète inadvertance avec laquelle il priait alors : « Autrefois, hélas, quand je disais mon bréviaire, il m'arrivait souvent d'achever le psaume ou même l'office avant d'avoir remarqué si j'en étais au commencement ou au milieu^ ».
Cette confidence répond parfaitement au manque de vie intérieure de cet homme qui, dans son couvent de