‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 281 sur 312 · II Corinth., V, ao-ai · texte numérisé non relu

II Corinth., V, ao-ai

2. Cfr. Weiss, Apologie des Christentums, 3* édit., III, i, p. 35i, où l'on trouve les nombreux textes de l'Ecriture se rapportant à cette question.

JUSTIFICATION EXTÉRIEURE ASg

son péché? w II se sentait pourtant toujours le même! Il semble bien avoir remarqué qu'il a parlé avec trop de précipitation ; nous croyons du moins le voir en quête d'une échappatoire. Quelques feuillets après la citation précédente, il appelle justification le fait que (( Dieu justifie, et qu'il infuse la grâce ». Ainsi donc la doctrine de l'Eglise? Pas le moins du monde! Aussitôt après, en effet, il dit que Dieu nous « justifie », c'est-àdire nous répute justes, lorsque nous croyons qu'il est juste dans ses paroles. Voilà pourquoi on appelle cette justice, la justice de la foi et de Dieu* ». A la page suivante, il répète la même idée presque mot pour mot 2. Il écrira cependant, deux feuillets plus loin : (( Dieu nous justifie en sa parole, lorsqu'il nous rend semblables à elle, c'est-à-dire, justes, vrais et sages. Et ainsi il nous change en sa parole, etc^. » Et pourtant quelques feuillets après, il reconnaît que « la foi sans les œuvres

1. « Quando impios justificat et gratiam infundit sive quando justus esse in suis verbis creditur. Per taie enim credi justificat, i. e. justos reputat. Unde haec dicitur justitia fidei et Dei. » (Fol. ii3). [Ficker, II, Bg, 18].

a. « Quando nos ex nobis justificari non possumus et ipsum accedimus, ut ipse nos justos faciat, confitentes quod peccatura exuperare non valeamus ; hoc facit, quando verbo ejus credimus; per taie enim credere nos justificat, i. e. justos reputat. Unde dicitur justitia fidei etjustitia Dei effective. » (Fol. 11 S"). [Ficker, II, 60, 9]. Mais qui donc dit que nous pouvons nous justifier do nous-mêmes ? En tout cas, comme nous l'avons vu plus haut, ce n'est pas l'Eglise. Et pourtant, c'est bien l'Eglise qui est ici la première visée. Luther joue sans cesse avec des idées bizarres, dont la cause se trouve précisément dans son état d'âme en plein désarroi. Nous savons déjà qu'il avait voulu se rendre juste devant Dieu par sa pratique personnelle de la vertu I

3. Fol. 116" [Ficker, II, 65, i5]. Voir aussi fol. 208" [Ficker, II, 209].

44o OBSCURITÉ DE LUTHEA

est une foi morte, qui ne vivifie ni ne justifie ^ ». Mais donne-t-il encore à ce mot son sens exact? Quelques feuillets plus loin, il explique 2 les textes de saint Jacques : « Si la foi n'a pas les œuvres, elle est morte en elle-même » ; a c'est par les œuvres que l'homme est justifié, et non par la foi seule ^ » ; et celui de saint Paul : « La foi agit par la charité* ». Mais il ne sort pas de cette idée que celui qui est déjà justifié par la foi peut faire des œuvres de justice. Toutes les autres œuvres ne sont pour lui que des œuvres de la loi, qui n'ont aucune valeur. Il élude la question de savoir jusqu'à quel point la coopération de l'homme est nécessaire dans l'acte de la justification. Ce n'est que pure fiction de sa part d'exiger la/oi vivante, car pour lui c'est là la foi de celui qui est déjà justifié, la foi « qui accomplit elle-même ses œuvres^ ». Tout cela est en parfaite logique avec son idée fondamentale.

V. — Obscurité de Luther sur la foi justifiante. Ignorance complète de la saine théologie.

En voulant préciser ce qu'est la foi justifiante, Luther se laisse prendre gravement en défaut ^. A l'en

1. « Fides sine operibus mortua est, et non vivificat nec justificat» (Fol. 123). [Ficker, II, 76, 12].

2. Fol. laS'-isg [Ficker, II, 84, 26]. Je me borne à indiquer ici la solution de Luther; ce n'est pas le lieu de la développer. Voir, ci-après, ch. V, S 5.

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