‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 286 sur 312 · LA CONCUPISCENCE EST LE PÉCHÉ ORIGINEL · texte numérisé non relu

LA CONCUPISCENCE EST LE PÉCHÉ ORIGINEL

VI. — La concupiscence est le péché originel qui demeure en nous. Ici-bas, la justification n'est que commencée. Contradictions.

Les réflexions de Luther l'avaient amené à cette ferme conviction qu'il y avait en nous des passions insurmontables, que nous ne pouvions pas accomplir la loi, que c'était là le rôle exclusif de Jésus-Christ *, et que si nous voulions l'accomplir, nous nous heurtions à notre nature mauvaise et récalcitrante, et nous reconnaissions combien le péché était profondément enraciné en nous^. Comme il consent toujours à la tentation, il en vient à

tum »... Ignorant, quando jiisti sunt, quia ex Deo reputante justî tantummodo sunt, ciijus reputationem nemo novit, sed solum postulare et sperare débet » (Fol. i^a). [Ficker, II, lo/j, i3]. — « Ignoranter ]\isii et scienter injusti » (Fol. i^a") [Ficker, II, io5, aS]. (Pour la suite de ce passage, voir ci-après, p. Â/ig, n. de p. 448). De même, à propos des saints : « Illi, quibus ea opéra sunt reputata [a Deo] et commendata, non ideo fecerant ut reputarentur, imo ignoraverunt Aiï reputarentur a Deo » (Fol. i46). [Ficker, II, iia, 8]. Dans toute cette question, les théologiens protestants sont sur une piste absolument fausse, de même que Harnack avec son « Je suis ton salut » (Salus tua ego sum). D'autres, R. Eucken par exemple, se contentent de reproduire ces opinions. Pas un d'entre eux n'a remarqué que chez Luther la « certitude du salut » n'est apparue que quelques années plus tard, et comme un effet magique de sa théorie sur la justification par la foi.

1. « Legem nemo implet, nisi Christus. » (Fol. i36). [Ficker, II, 96, i3]. Voir, ci-dessus, p. 436-437.

2. u Si [voluntas], coacta per legem, operetur et invita faciat, tune homo intelligit, quam profunde sit peccatum et malum in ipso radicatum... Si justi et boni essemus, legi consentiremus prona voluntate, et delectaremur in illa, sicut delectamur in peccatis et desideriis nostris malis « (Fol. i32), [Ficker, II, 90, 10]. Luther resta toujours enfoncé dans ces désirs : son expérience les lui avait montrés comme insurmontables. De là ses lamentations.

Page 1