ADDITIONS DE LA SECONDE ÉDITION DE LA TRADUCTION
P. 4o-i46. Sur l'attitude de l'Eglise et notamment du Moyen Age à l'égard du mariage et de la femme. Aux idées et aux faits que Denifle expose dans ces pages, Millier fait deux objections, Tune d'ordre théorique, l'autre d'ordre pratique i.
I. C'est la doctrine de Luther, dit Denifle, et non celle de l'Eglise, qui rabaisse le mariage ; car, par suite de son identification du péché originel et delà concuspicence, Lulher considère l'acte conjugal comme un péché, et mêmecomme un péché grave, puisqu'il n'admet pas de péchés véniels.
Celte théorie, répond Mùller, n'est pas propre à Luther ; il l'a prise à saint Augustin et à l'ancienne scolastique influencée par saint Augustin. II cite des textes pour montrer que plusieurs écrivains ecclésiastiques ont regardé l'acte conjugal comme un péché véniel.
II. L'Eglise catholique, dit Denifle, a toujours estimé le mariage et notamment la femme mariée ; c'est Luther qui a enseigné le mépris de la femme.
I. A. V. Mûller, Luthers theologische Quellen ; Giessen, Tôpelmann, 1912, p. 56 6g«
462 l'église et le mabIàgé
Non, dit Mûller, l'Eglise n'a jamais tenu le mariage en honneur, et moins encore la femme mariée. Une preuve saisissante, c'est que TEglise n'a jamais mis sur les autels une femme morte de mort naturelle, et non par le martyre, alors que son mari vivait encore, et vivait avec elle. Dans le missel romain, il y a le (( commun des ni vierges, ni martyres » (que l'on appelle même quelquefois le commun des saintes veuves) ; il n'y a pas le « commun des saintes femmes. ))
Dans l'église catholique, y a-t-il eu vraiment un courant d'opinion tendant à voir dans l'acte conjugal un péché ^ Oui, jusqu'à un certain point, et Denifle le rappelle expressément K
Mais il y a ici des remarques importantes à faire.
Les Manichéens tenaient la matière pour mauvaise, et dès lors le mariage pour mauvais en soi.
Pour un motif assez différent, et en ne parlant que de péché véniel, certains catholiques ont soutenu eux aussi que l'acte du mariage n'allait jamais sans péché. De sa nature, disaient-ils, la concupiscence est mauvaise : saint Paul dit qu'elle lutte contre la loi de Dieu
i.Pour se renseignera ce sujet, il donne même trois références : S. Bonaventurae Opéra omnia (édilion Quaracchi), t. IV, 1889, p. 723.726 (In 4 Sentent, dist. 3i, art. i, qu. i, Scliolion); Cornely, Coinm. in S. Pauli epist. priorem ad Corinthios (1890), I 1G9-174 ; J. Becker, Die moraliscke Benrlcilung des HandcLns aus Lusl ( 1 902), dans Zeilschrift fur katholische Théologie, t. XXVI, 1902, p. 629 (épuisé). Ces références sont excellentes, ce qui permet une fois de plus de constater que sur le domaine scripturaire et théologique Denifle était aussi bien documenté que sur celui de l'histoire.
OPIIHIONS SÉVÈRES 4^3
et la loi de la raison ^. En faveur de cette opinion, on cite un certain nombre de textes de Pères et de théoii giens 2.
Mais à supposer que ces textes aient vraiment le sens qu'on leur donne ainsi, l'Eglise n'est pas responsable de tout ce que dit chacun de ses théologiens.