Denifle-Paquier, t. III^ 191 et suiv
3. Denifle-Paquier, t. III, p. 44 et suiv., 66, 38i ; Mûller, p. 60, 1. ig^ao ; Grisar, III, 869.
Bonifacîus et Thecla, parentes 12 fratrum mart. (3o aug,), Andronicus et Athanasia (9 oct.), Basilius et Emmelia S. Basilii magni pater et mater (3o maii), etc. »
(( Si quae tamen occurrant conjugatae, aut aliae non Virgines nec Martyres, suffîciet ejusmodi inscriptio, S. N. non Virginis*. »
Si l'on se reporte aux Acta Sanctorum, au sujet des saintes que cite Guyet, on voit que vraisemblablement aucune n'est morte dans la situation dont il s'agit ici : les saints Vital et Valérie, Chrysanthus et Daria sont morts martyrs. 11 semble en avoir été ainsi de saint Boniface et de sainte Thècle. Les saints Andronique et Athanasie ont terminé leurs jours dans la vie monastique. Sainte Emmélie a survécu à son mari.
Mais dans l'absence de ce genre de femmes mariées dans le catalogue des saints, Guyet ne voit qu'un fait, une lacune malencontreuse : il ne sait par quelle fatalité elle existe.
Dans son grand traité, toujours classique, De la héatificatoin des serviteurs de Dieu et de la canonisation des bienheureux, Benoît XIV cite les paroles de Guyet pour les faire siennes 2. Lui non plus, il ne paraît donc pas connaître d'exception au fait énoncé dans ces lignes. Il ne semble pas davantage qu'il s'en soit produit
1. Ch. Guyet, s. j. Heortologia, sive de festis propriis hcorum e eccleslarum. lib. 2, cap. 7, qu. 28; 1G57, p. 179.
2. De servorum Dei beatificatione et beatorum canonhatione, lib, III, cap. 37 ' De advertendis in causis virginum. conjugatorum, viduarum atque peregrinorum, n' 2 : De mulieribus conjugatis. (Benedicti XIV Operaomnia, Prati, III, i84o, p. /i.'ii).
LES SAIA'TES FEMMES ^l^
depuis lors. Mais de sa haute autorité, Benoît XIV confirme que ce n'est là qu'un fait bizarre, qui n'a rien
d'une loi.
La meilleure preuve que ce n'est pas là une loi, c'est que dans son ouvrage Benoît XIV détaille sur quoi devra porter spécialement l'enquête, quand on étudiera la cause d'une femme mariée : rapports avec le mari, éducation des enfants, tenue de la maison, etc. ^ Ainsi, l'enquête canonique porte sur la vie dans le mariage, et l'on ne s'y inquiète nullement de savoir si oui ou non le mari est mort avant sa femme.
Remarquons aussi que des hommes morts en l'état du mariage ont été canonises, par exemple, saint Louis, roi de France. Or, à ce point de vue, la situation est la même entre les deux époux ; l'Eglise n a jamais estimé que de par le mariage la femme fût dans une situation inférieure à l'homme 2.
Enfin, en ce moment, il y a pendantes en cour de Rome deux causes de béatification de femmes mariées
1. Même, chapitre 87, n» 10. (Edition citée, t. III, p. 444) î « Succedunt (virginibus) conjugati : et practermissa quidem virginitale in matrimonio servata, de qvio alibi dictum est, saepe citatus Scacchus (sect. 6, cap. 6) sapicnfer monet. in Dci servis conjugatis, de quorum agitur Canonizatione, specialiter esseinquirendum, quo studio familiam in Dei timoré educaverint, uxorem videlicet, liberos, et reliquos domesticos, si quos habuerint... In eo autem quod attinet ad mulieres conjuoatas, subjicit idem Scacchus, specialia sanctitatis argumenta desumenda esse ex virtute mamuetudinis erga maritum... ex cultu religionis atquc plis ex^-rUationibus, in his quœ viro quantum adjura matrimonii non
officiant ; » etc.
2. Nous devons un grand nombre de ces renseignements à l'aHiabilité de M. l'abbé Villien, professeur de Droit canonique à la Faculté de théologie catholique de Paris.
mortes dans la situation dont il s'agit ici ; la première est une femme du peuple, Anna Maria Taïgi i, la seconde une femme du monde, Caroline Barbe Carré de Malberg 2.
Anna Maria Antonio Gesualda Gianetti naquit à Sienne le 29 mai 1769. Bientôt ses parents durent aller cacher leur misère à Rome. Le 7 janvier 1790, elle se maria à Domenico Taïgi, homme de peine de la famille Chigi. Elle eut sept enfants, vécut constamment avec son mari et mourut le 9 juin 1887. En 1862, commença l'enquête juridique sur ses vertus, en vue de sa béatification ; parmi les témoins qui déposèrent se trouva son mari Domenico Taïgi, alors âgé de quatre-
I. Mgr J. F. G. Luquet, évêque d'Hésebon, Vie et vertus delà vénérable Anna Maria Taïgi (Paris, i863), aU pages ; — Gabriel Bouffier, S. J-, La vénérable servante de Dieu Anna Maria Taïgi (Paris, i865), So!^ pp. ; — Galixte de la Providence, Trinitaire, Vie de la Vénérable Anna Maria Taïgi, 4* éd., Paris, 1877, 486 pp. — Sur ses prophéties, on peut voir aussi l'abbé J. M. Guricque, Voix prophétiques, 5" éd., 1872, t. II, p. 167, etc. . 2. [H. Ghauniont], La première Mère de la société des Filles de Saint-François de Sales, 3' éd. 1900, 6o3 pp. (Cette vie n'est pas dans le commerce) ; — G. Antonelli, Carolina Carré de Malberg, Roma, igoo, 268 pp. (Cette Vie a été donnée aux cardinaux, avant le décret de vénérabilité ; le R. P. Colchen, frère de M"" Carré de Malberg, en a loué l'exactitude) ; — Décret pour l'introduction de la cause de béatijication et canonisation de la vénérable servante de Dieu Caroline Barbe Colchen-Carré de Malberg (Metz, imprimerie lorraine, rue des Clercs, ih, 1909), i4 pp. Sur ce décret, voir aussi Acta Apostolicae Sedis, 1909, p. 7/19-750. On a consacré aussi une notice à M. l'abbé Henri Chaumont, le conseiller de M°" Carré de Malberg (1888-1896): M. l'abbé Henri Chaumont, Paris, bureau des Annales de l'Œuvre de Marie-Immaculée, 48, rue de Bourgogne, 06 pp. Mais nous ne croyons pas que cette not'ce tonte intime soit dans le commerce. — Enfin, pour queluue -uns de» détails qui suivent, nous nous sommes renseigné oralement.
ANNA MARIA TAÏGI. — M"* CARRÉ DH MALBERG ^73
yingt-onze ans, et deux de ses filles, Sofia et Maria. Le 8 janvier i863, elle a été déclarée Vénérable.
Le P. Calixte de la Providence dit dans la Préface de sa Vie d'Anna Maria Taïgi : a Parmi les confesseurs de la sainte Eglise, nous trouvons d'illustres épouses ; mais ou elles ont conservé la virginité dans le mariage, comme S^^ Pulchérie, S^^ Cunégonde, S^^ Delphine de Sabran^ et d'autres, ou bien, devenues mères, elles demeurèrent libres plus tard par la mort de leurs époux... Anna Maria sera donc la première, si nous ne nous trompons, qui ait pu, avec le secours du Seigneur, arriver à la sainteté et aux honneurs des autels, étant mère de famille et d'une famille très pauvre, mariée à un homme qui lui a survécu assez de temps pour témoigner lui-même juridiquement de la vie sans tache et des vertus de sa fidèle compagne. »
(( La nouvelle habitante des cieux pourra donc être offerte comme un modèle parfait de sainteté dans l'état du mariage, et de vie religieuse au milieu du monde 2. »
Le 4 décembre 1918, le R. P. Anaclet de l'Ascension, procureur général des Trinitaires déchaussés, et curé de Santa Maria délie Fornaci, à Rome, nous écrivait : (( La vénérable a vécu constamment av€€ son mari, et dans la plus parfaite harmonie avec lui ; il avait pour elle un véritable transport d'amour... On constate sans cesse de nouvelles faveurs obtenues par son intercession, et l'on espère que sous peu, dans cinq ou six ans
1. En outre, ces deux dernière» sont mortes après leurs maris, a. Ouv. cité, p. 16-17.
474 l'église et le mariage
au plus tard, elle sera déclarée bienheureuse. ))'.
Mais que cette béatification soit prononcée ou non, peu importe pour la question qui nous occupe ici. Lorsque Rome déclare un personnage vénérable, c'est qu'elle le reconnaît capable d'être déclaré bienheureux, puis saint. Elle a déclaré Anna Maria Taïgi vénérable ; donc elle ne trouve pas que l'état du mariage où elle a vécu jusqu'à sa mort soit un obstacle à sa canonisation.
Une conclusion identique s'impose au sujet de M"' Carré de Malberg.
Caroline Barbe Colchen naquit à Metz le 8 avril 1829. Le 3 mai 1849, elle se maria à un jeune officier, Paul Carré de Malberg. Elle eut quatre enfants. Elle est morte le a8 janvier 1891. Le colonel Carré de Malberg, son mari, avec qui elle vécut constamment, mourut quatorze ans après elle.
Bientôt, on ouvrit une procédure à l'effet de faire béatifier M"* Carré. Le colonel son mari a fait une déposition toute en faveur de sa compagne et a fourni une contribution pécuniaire pour les frais de la cause de la béatification. A Rome, les cardinaux ont accueilli cette cause avec une particulière bienveillance, afin, ont-ils dit, de pouvoir donner aux femmes du monde, en la personne de Madame Carré, un modèle de femme mariée et de mère de famille. Le 23 juin 1909, elle a
t. «La Venerabile visse inseparabil mente e nella più perfetta armonia col marito, da cui era amata con vero trasporto d'amore... Si spera fra brève, non oltre 5 o 6 anni, venga dichiarala beata, verificandosi sempre nuove grazie per sua intercessionc. »
SEULE, l'Église protège vraiment le mariage ^'jb
élé déclarée vénérable. Pour faire progresser la cause, on attend des miracles mieux caractérisés que ceux qui se sont produite jusqu'ici.
Enfin, sur l'attitude de l'Eglise à l'endroit du mariage, qu'on nous permette en terminant de laisser ces discussions de détail pour une constatation générale. Si quelqu'un maintient une institution, qu'il la maintienne le mieux de tous et qu'il soit même à proprement parler le seul à la maintenir, ce n'est pas apparemment qu'il la méprise. Or qui aujourd'hui maintient le mariage, qui le maintient le mieux, qui est à proprement parler le seul à le maintenir? C'est l'Eglise catholique.
Suivant la parole célèbre de S' Augustin, le mariage comprend trois biens : la fidélité, la descendance, le sacrement 1. Laissons de côté pour un instant ce troisième élément et considérons le mariage à un point de vue profane. Il restera toujours les deux autres : il est évident (^ue le mariage est une union entre l'homme et la femme, en vue de fonder une famille. Dans l'humanité, même entre hommes et femmes, il peut y avoir d'autres contrats : des associations commerciales par exemple. Ce qui donne au mariage sa physionomie particulière, c'est une famille à fonder, des enfants à élever. Dès lors, plus la famille sera stable, plus on se préoccupera des enfants et du soin de les élever, et plus aussi on favorisera le mariage, plus il y aura ' mariage.