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LE VŒU DE CHASTETÉ ET LE MARIAGE

personnes mariées, ces pestiférés de papistes et d'hérétiques ont fait autant de péchés mortels. Et moi aussi, quand j'étais encore moine, j'avais cette idée que le mariage était condamné K »

Un an avant sa mort, il prêchait « que l'on ne devait pas suivre l'exemple du pape et de tous les siens, qui condamnaient et rejetaient le mariage « comme un état puant et impur. » Et « s'il était au pouvoir du pape de créer des êtres humains, il ne ferait pas l'ombre d'une femme et il n'en laisserait pas une seule sur la terre. Et qu'arriverait-il alors? Naturellement le genre humain disparaîtrait 2. )> Mais Luther lui-même se convainc de mensonge : car, comme nous l'avons vu au commencement de ce chapitre, en 1621 et les années suivantes, il déclarait encore que le pape n'avait pas condamné le mariage et ne le tenait pas pour criminel. Si une fois devenu hérétique il reconnaît encore cette doctrine chez le pape, il n'a donc pas pu, quelque temps auparavant, quand il était encore moine, tenir le mariage pour condamné et pour criminel. [S'il avait toujours regardé le mariage comme condamné par le pape], cet argument eût été autrement plus efficace [contre l'Eglise catholique] que cette assertion d'une simple prohibition du pape relativement au mariage. Mais c'est là la marque de notre « Réformateur » :

1. Ibid., p. 283 : « « Pestilentissimi papistae, et heeretici fecerunt peccata mortalia ex omnibus dictis et factis conjugum. Atque ipse ego, cuin essem adhuc monachus, idem sentiebam, conjugium esse damnatum genus vita3 ».

2. Erl., 20, [['] (i545). Il fit ce sermon à Mersebourg « au mariage du révérend seigneur Sigismond de Lindenau, doyen du chapitre de Mersebourg »,

après i53o, sa tactique contre les catholiques devient beaucoup plus âpre ; et alors, de sa vie religieuse d'autrefois il fit un véritable roman, comme nous le verrons dans la seconde partie K

En 1539, il s'exprime ainsi : u Dans le mariage, les papistes ne voient qu'impureté et péché, un état où l'on ne peut servir Dieu ». « Le pape, le diable et son Eglise sont les ennemis du mariage... ; (pour eux), le mariage est une fornication, un péché, un état impur et rejeté de Dieu. En même temps, sans doute, ils disent que le mariage est saint, qu'il est un sacrement ; mais, sur leurs lèvres, c'est un mensonge qui vient de r hypocrisie de leur cœur. Car s'ils le regardaient comme saint, ils ne l'auraient pas défendu aux prêtres 2. » Qui donc ne rirait de cette étrange logique du Réformateur? 11 avait alors oublié ce qu'il écrivait en i523, que celui qui est marié est de par la vie conjugale astreint à beaucoup de préoccupations 3 ; il avait oublié aussi ce qu'il déclarait en i52i, que le Christ et Paul louaient le célibat parce que celui qui n'était pas marié était libre des soucis et des tribulations de la chair, et qu'ainsi il avait plus de facilité et de liberté pour s'appliquer jour et nuit à la parole de Dieu et aux choses de la foi ; celui qui était marié, au contraire, en était distrait par les préoccupations domestiques, et ainsi il était partagé*. C'est précisément en s'appuyant sur les paroles du Sauveur et de l'apôtre

I. [Ci-dessous, II* partie, ch. i, etc.]. 3. Erl., 35, 373 (1539).

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