‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 97 sur 312 · I. Matth · texte numérisé non relu

I. Matth

a. Sur ce point, voir ci-dessus, p. laS.

l38 CONSÉQUENCES DE LA RÉFORME DE LUTHER

devant les hommes, ce n'est un péché de prendre plusieurs femmes, de renvoyer la sienne, d'être parjure, assassin, fornicateur, voleur * ! » Cet enseignement de Luther est aussi le meilleur commentaire de sa théorie que le mariage est une œuvre extérieure du genre des autres occupations journalières. Et, désormais, les lecteurs comprennent assez que de tels principes avaient vite fait d'arracher toute crainte de Dieu du cœur des époux, et tenaient la porte ouverte à tous les vices.

L'audacieux « Réformateur » conclut : « Devant Dieu, il ne porterait pas à conséquence que l'homme abandonnât sa femme, car le corps n'est pas lié à Dieu, qui, au contraire, lui laisse sa liberté pour toutes les œuvres extérieures ; ce n'est qu'intérieurement qu'il appartient à Dieu parla foi. Mais devant les hommes, le lien doit se maintenir... Ici, Von ne peut pas pécher contre Dieu, mais on pèche contre le prochain ».

Quelle morale chez le père de la « Réforme évangélique » ! « Comment la terre ne s'est-elle pas ouverte, s'écrie Pistorius, pour engloutir ce produit de l'enfer 2, cette incarnation du mal ? » Etait-il possible d'enseigner une doctrine qui répondît mieux à l'esprit de Mahomet ou à celui de Lucifer ? Et encore, en compa-

I. Anatomise Lutheri, pars prima (Cologne, 1595), p. 147-148. Pistorius avait lui-même été protestant ; après son retour à l'Eglise, il devint pour les pasteurs et les théologiens protestants le plus redouté des adversaires, un adversaire invincible.

a. Texte : Ce Tartare. Les Tatares s'étaient signalés par leurs dévastations. Au Moyen Age, puis à la Renaissance, on fit un jeu de mots sur leur nom ; on les appela Tartares : ils sortaient du Tartare. C'est saint Louis qui, dit-on, est l'auteur du jeu de mots. (N. d. T.).

LE MARIAGE RÉSILIABLE AU GRÉ DES PARTIES iSg

raison de Luther. Mahomet ne nous apparaît-il pas comme un saint ? Chers Allemands, ouvrez donc enfin vos yeux et vos cœurs ; écoutez votre simple bon sens ; ne vous laissez pas entraîner ainsi dans tous les sens comme des insensés, incapables de reconnaître la grossièreté de cet esprit mahométan. Au nom du simple bon sens humain, sans même recourir aux lumières de la foi, est-il possible d'admettre que Luther avait encore un seul atome, je ne dis pas de crainte de Dieu, mais simplement du sens de l'honneur ? Seigneur, ayez pitié de ce lamentable aveuglement ^ . ))

De fait, cette effrayante doctrine n'offrait-elle pas le moyen le plus propre à relâcher les liens du mariage ? Si la crainte de Dieu est bannie du cœur des époux, celui des deux qui désirera sa liberté n'attendra même pas que l'autre la lui accorde ; que celui-ci soit tenace ou non, le premier marchera son chemin, le chemin que lui aura indiqué la passion.

Dès lors que l'on ne voit plus dans le mariage qu'une affaire comme une autre, ces conséquences se déroulent avec une parfaite logique. En 1622, Luther ne trouve à le comparer qu'aux actions de la vie ordinaire : « manger, boire, dormir, marcher, aller à cheval, trafiquer, parler et traiter 2 », Cette conception entraînait encore une autre conséquence. Si le prin-

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