LUTHER APAISE LES TROUBLES DE WITTENBERG
(t Satan menace, tous nos voisins sont en émoi. Je me suis exposé vivant aux fureurs du Pape et de TEmpereur, N'étant protégé que par les puissances célestes, je me suis jeté au milieu de mes ennemis; et tout homme, à toute heure, a le droit de me tuer * ! »
Luther partit de la Wartbourg, accompagné d'un seul serviteur. Sa captivité avait duré dix mois. Il avait gardé son costume de chevalier pour n'être point reconnu, et il chevauchait, le cœur brûlant, vers Wittenberg. Le 3 ou le 4 mars, deux Suisses, deux braves jeunes gens, qui s'en allaient étudier à l'Université, le rencontrèrent à léna. Le récit naïf qu'ils nous ont laissé de leur entrevue avec rhomme extraordinaire dont tout le monde parlait, est si caractéristique et dépeint si bien les préoccupations du jour,
» De W., Î, 253.
58 LUTHEK.
que nous n'hésitons pas , malgré sa prolixité , à le reproduire ici' .
Deux jeunes cens, Jean Kessler et Jean Reutiner, fatigués d'un long voyage, mouillés jusqu'aux os, arrivent à rhôtellerie de VOurs noir. L'hôte les reçoit avec bonté. Us s'assoient près de la porte entr'ouverte de la salle commune. « Nous trouvâmes dans la salle, racontent-ils, un homme assis tout seul à une table, un livre ouvert devant lui. 11 nous salua amicalement et nous dit de venir à table près de lui ; puis il nous invita à boire, si gracieusement que nous ne pûmes refuser. Quand nous vîmes son aménité et sa douceur, nous nous assîmes à ses côtés, comme il nous en avait priés, et nous demandâmes qu'on nous apportât une mesure de vin, afin de lui faire honneur et de répondre à sa politesse. Nous pensions qu'il n'était autre qu'un reltre, car il avait, selon la coutume du pays, la tète couverte d'un bonnet rouge, il était vêtu d'un haut-de-chausses et d'un pourpoint, il avait une épée à son coté. De la main droite, il tenait la poignée de l'épée ; de la gauche, il feuilletait son livre*
« Il commença par nous demander de quel pays nous étions; mais lui-même fit la réponse : — Vous êtes Suisses, dit-il, mais de quelle partie de la Suisse? Nous répondîmes : — De Saint-Gall. 11 ajouta : — Si, comme je l'ai compris, vous vous rendez à Wittenberg, vous y trouverez de bons compatriotes, entre autres Jérôme Schurf et son frère, le docteur Augustin. — Nous avons, répondîmes-nous, des lettres pour eux. Nous lui demandâmes ensuite : — Pourriez-vous nous dire, messire, si Martin Luther est maintenant à Wittenberg, ou en quel lieu il se trouve? 11 répondit : — Je sais pertinemment que Luther n'est pas maintenant à Wittenberg; mais il y viendra bientôt. Philippe Mélanchthon y est; il y enseigne le grec; d'autres enseignent l'hébreu; je vous engage beaucoup à étudier ces deux langues, car leur connaissance est nécessaire pour l'intelligence des
* GoTZiNCER, Sahhata J. Kessler s pSa\nt-G&\\^ 1869. — Voir aussi Y Aima" nach helvétique de 1808, p. 119 ss.
Saintes Écritures. — * Dieu soit béni, dimes-nous; car (pour autant qu'il nous conserve la vie) nous ne voulons pas nous arrêter avant que nous ayons vu et entendu cet homme ; car c'est à cause de lui que nous avons entrepris ce voyage, ayant appris qu'il veut renverser le clergé et la messe comme un culte mal fondé. Gomme nos parents nous ont élevés dès notre jeunesse pour que nous devenions prêtres, nous voudrions bien voir quel enseignement il nous donnera et sur quoi il appuie son entreprise,
« Après ces paroles, il demanda : — Où avez-vous étudié jusqu'ici? Réponse : A Bàle. — Comment cela va-t-il, à Bàle? Érasme de Rotterdam y est-il encore? Que fait-il? — Messire, dimes-nous, nous croyons qu'il se porte bien. Quant à ce qu'il fait, personne ne le sait, car il se tient coi et réservé. ^ Nous étions bien surpris d'entendre un chevalier parler ainsi de Schurf, de Philippe, d'Érasme, de la nécessité des deux langues grecque et hébraïque. Avec cela il prononçait, par moments, quelques mots latins, ce qui nous donnait à penser que cet homme n'était pas un chevalier ordinaire. — Mes amis, nous demanda-t-il, que pense-t-on de Luther en Suisse? — Messire, répondis-je, il y a sur lui, comme partout, plusieurs opinions. Quelques-uns ne peuvent assez l'exalter et remercier Dieu qui, par lui, a révélé la vérité et fait reconnaître les erreurs. D'autres, au contraire, et surtout les prêtres, le condamnent comme affreux hérétique. — Ah! oui, reprit-il ; les prêtres.
« Durant cet entretien, nous pous étions familiarisés à lui, si bien que mon compagnon prit le livre qui était devant lui et l'ouvrit. C'était un Psautier hébreu. Il le reniit bientôt à sa place, et le chevalier le reprit. Cela augmenta nos doutes à son sujet, et mon compagnon se mit à dire : — Je donnerais bien un doigt de ma main pour comprendre cette langue. Il répondit : — Vous pouvez l'apprendre pour peu que vous y mettiez du zèle; je désire aussi y faire des progrès, et je m'y exerce chaque jour.
60 LUÏHEK,
« Gomme le jour baissait et qu'il commençait à faire nuit, rhôte vint devant la table ; et comme il avait entendu notre vif désirde voir Martin Luther, il dit : — Chers compagnons, vous l'auriez vu si vous aviez été ici il y a deux jours, car il s'est assis à cette place-là. Il nous montrait du doigt la place. Gela nous vexait de nous être ainsi attardés, et nous maudîmes les mauvais chemins qui nous avaient empêchés. — Au moins, dîmes-nous, nous avons la joie d'être dans la maison et à la table où il s'est assis. — L'hôte se mit à rire et sortit de la salle. Je courus à lui, effrayé par l'idée que j'aurais pu faire quelque inconvenance. Alors il médit : — Puisque je vous vois si fidèles et si désireux de voir et d'entendre Luther, eh bien, c'est lui qui est assis auprès de vous. — Je pensais qu'il voulait plaisanter, — Oh! monsieur l'hôte, vous voulez vous moquer de moi! — G'est lui bien certainement, mais ne faites pas semblant de le savoir et de le connaître. Je quittai l'hôte, ne pouvant croire à ce qu'il me disait, et rentrai dans la salle;, je m'assis à la table, et j'aurais bien voulu répéter à mon compagnon ce qu'il m'avait dit. Je me tournai donc vers la porte, de son côté, et je lui dis tout bas : — L'hôte m'a dit que c'est Luther. — Il ne voulait pas plus le croire que moi. — Il a peut-être dit que c'est Hutten; et tu auras mal compris !
« Gomme le costume de chevalier indiquait Hutten plutôt que Luther, qui est un moine, je me persuadai que l'hôte avait dit : G'est Hutten; caries deux noms commencent à peu près de la même manière; c'est pourquoi tout ce que je dis depuis lors, je le dis comme si je parlais au seigneur Ulrich de Hutten. — Sur ces entrefaites arrivèrent les deux mar* chands (que les Suisses avaient déjà rencontrés) qui voulaient aussi passer la nuit dans l'hôtellerie. Quand ils se furent débarrassés de leurs charges et eurent ôté leurs éperons, l'un d'eux déposa près de lui un livre non relié. Martin demanda quel livre c'était. — G'est, dit le marchand, V Explication de quelques évangiles et épitreSy du
SA VIE ET SON OErVOE. 61
docteur Luther. Le livre sort des presses et vient de paraître ; ne lavez-vous pas vu encore? — Martin répondit : — Je le recevrai aussi bientôt. »
« Alors rhôte vint à nous et nous dit : — Chers compagnons» asseyez-vous avec ces messieurs à table; je vous traiterai bien. Quand Martin eut entendu cela : — Venez, nous dit-il, je réglerai le compte avec Thôte. — Durant le repas, il prononça beaiiconp de beaux et gracieux discours; nous et les marchands, nous étions ébahis, et nous étions plus occupés de ses paroles que des aliments. 11 disait entre autres, en soupirant, comment les princes et seigneurs, réunis à la diète de Nuremberg pour la Parole de Dieu et pour adoucir les charges de la nation allemande, avaient perdu leur temps en fêtes. Il ajoutait que la vérité évangélique porterait plus de fruits chez nos enfants que chez nous, qui étions tout pénétrés du poison de Terreur romaine. — Chacun des marchands dit là-dessus son opinion. Le plus vieux ajouta :
— Je ne suis qu'un humble et simple laïque, et je ne m'entends guère à ces choses; mais je dis : Il faut que Luther soit un ange descendu du ciel ou un diable venu de Tenfer. J'ai là dix florins que je lui donnerais volontiers pour pouvoir me confesser à lui ; car je crois qu'il saurait bien instruire ma conscience.
« Cependant l'hôte vint à nous et nous dit : — N'ayez pas de souci pour la dépense, Martinus a payé pour vous le souper. Cela nous fit plaisir, non à cause de l'argent et du repas que nous avions pris, mais parce que cet homme avait été hospitalier pour nous. Après le souper, les marchands se levèrent et allèrent à l'écurie prendre soin de leurs chevaux. Martinus demeura seul avec noua dans la salle ; alors nous le remerciâmes pour le repas et sa bonté, et nous lui laissâmes voir que nous le prenions pour Ulrich de Hutten. Mais il dit :
— Je ne le suis pas. — Arriva alors l'hôte, et Martinus lui dit : — J'ai été fait gentilhomme cette nuit; car ces Suisses me tiennent pour Ulrich de Hutten. — Vous ne Tètes pas.
répoodit rhôte ; mais vous êtes Martin Luther. Il se mit à rire et dit : — Ils me prennent pour Hutten, vous pour Luther I Puis il prit un grand verre de bière, Téleva, et dit à la manière du pays : — Suisses, buvez encore un bon coup pour la bénédiction. — Et comme je voulais prendre le verre, il le changea et m'en remit un plein de vin. — Vous n'êtes pas accoutumés à la bière ; buvez ce vin* Alors il se leva, jeta sur ses épaules sa cotte d'armes, nous donna la main en disant : — Quand vous arriverez à Wittenberg, saluez de ma part le docteur Jérôme Schurf. — Nous le ferons volontiers, lui répondîmes-nous ; mais comment devonsnous vous nommer, pour qu'il copmrenne que la salutation vient de vous? — Dites-lui simplement : Celui qui doit venir, vous salue. Il comprendra. C'est ainsi qu'il nous quitta pour aller se reposer,
«Ensuite, les marchands rentrèrent dans la salle et se firent encore apporter à boire ; ils parlèrent longtemps au sujet de celui qui avait mangé avec eux, et se demandaient qui il pouvait être. L'hôte déclara qu'il le tenait pour Luther, et les marchands se laissèrent persuader. Ils regrettaient beaucoup d'avoir parlé inconsidérément de lui, et dirent qu'ils voulaient se lever tôt le lendemain, avant qu'il partit, et le supplier de ne point prendre leurs paroles en mauvaise part et de ne pas s'irriter contre eux, vu qu'ils n'avaient point reconnu sa personne. C'est ce qu'ils firent en effet ; et tout au matin ils allèrent le trouver à l'écurie. Mais Martin leur répondit : — Vous avez très-bien parlé pendant le souper. Vous voulez donner dix florins à Luther et vous confesser à lui. Quand vous le ferez, vous verrez alors si je suis Martin Luther. Il ne s'est pas donné davantage à connaître ; il est monté à cheval et s'est mis en route pour Wittenberg.
« Le même jour, nous aussi nous sommes partis pour Wittenberg. Nous y sommes arrivés le soir. Le mardi suivant, nous nous sommes rendus chez le docteur Jérôme Schurf, pour lui remettre notre lettre de recommandation. Quand
on nous eut appelés dans la chambre, voilà, nous y trouvâmes Martinus, comme il était à léna, avec Philippe Mélanchthon, Justus Jodocus Jonas, Nicolas Amsdorf, le docteur Augustin Schurf, qui lui racontaient ce qui s'était passé à Wittenberg durant son absence. Il nous salua, sourit ; et, en l'indiquant du doigt, il dit : — Celui-ci est Philippe Mëlanchthon de qui je vous ai parlé. »
Le 5 mars, Luther arriva à Borna, près de Leipzig, s'arrêta chez un ami, Michel Von der Strassen, et de là écrivit à TÉlecteur une lettre en réponse à celle qu'il avait reçue le 2 février :
« Sérénissime prince et très -gracieux seigneur, votre lettre et votre avis me sont parvenus le vendredi soir, la veille du jour que j'avais fixé pour mon départ. Je n'ai nul besoin d'assurances nouvelles pour être pleinement persuadé des bonnes intentions de Votre Grâce, j'en suis convaincu autant qu^homme peut l'être. D'autre part, je sais aussi, de science plus haute que toute science humaine, que mes intentions sont droites.
«Je vois, par votre lettre, que Votre Grâce s'est un peu émue de ce que je lui recommandais d'être sage. Elle connaît trop bien mon cœur pour ne pas se persuader qu'en me servant de cette expression, il ne pouvait me venir à l'esprit de mettre en doute sa sagesse si vantée... Je n'avais, en écrivant ainsi, d'autre intention que de la consoler, non certes au sujet de mon affaire, mais au sujet des troubles qui, à la honte de l'Évangile, se sont élevés parmi les nôtres à Wittenberg. Je me disais que Votre Grâce devait en avoir un grand chagrin. J'en ai été moi-même rempli d'une telle douleur que si je n'étais pas certain que nous avons le pur Évangile^ j'eusse désespéré! Tout ce que j'ai souffert jusqu'à ce jour n'est rien à côté de ceci. J'aurais voulu, si possible, l'empêcher par le sacrifice de ma vie. Car on a agi de telle Eaçon que nous ne pouvons le justifier ni devant Dieu ni
devant le monde. Et c'est moi, c'est le saint Évangile qu'on en rend responsables ! Voilà ce qui me blesse le cœur.
« Quant à ma cause, voici ce que je répondrai : Votre Grâce le sait, ou si elle né le sait pas, je dois le lui apprendre. J'ai reçu rÉvangile non des hommes, mais du ciel, par Notre- Seigneur Jésus-Christ. J'aurais pu revendiquer (et je le ferai à l'avenir) le titre de serviteur de Dieu et d'Ëvangéliste. Si je me suis offert d'être entendu et d'être jugé, ce n'était pas que je doutasse; c'était par humilité, pour gagner les autres. Puisque je vois maintenant que ma trop grande humilité n'a d'autre effet que d'avilir l'Évangile, et que le diable, à qui je ne donnais qu'un doigt, veut prendre toute la place, ma conscience me force aujourd'hui d'agir autrement. J'ai fait une assez grande concession à Votre Altesse Électorale, en me retirant pendant une année pour lui plaire. Le diable sait que ce n'est pas par peur que je l'ai fait. Il connaissait bien mon cœur, et il savait, quand je suis entré à Worms, que s'il y avait eu là autant de diables que de tuiles sur les toits, je me serais néanmoins jeté joyeusement au milieu d'eux.
« Le duc Georges est pourtant bien moins à craindre qu'un seul diable. Et puisque le Père de l'infinie miséricorde nous a faits, par son Évangile, maîtres du diable et de la mort, et lious a donné cette plénitude de confiance de pouvoir lui dire : « Père bien-aimé! » Votre Grâce peut en conclure que ce serait singulièrement mépriser sa promesse que de ne pas oser affronter la colère du duc Georges. Si les choses qui se passent à Wittenberg se passaient à Leipzig, je monterais aussitôt à cheval pour m'y rendre, quand même (que Votre Grâce me pardonne ces folles paroles) il n'y pleuvrait pendant neuf jours que des ducs Georges, et que chacun d'eux serait neuf fois plus furieux que ne l'est celui-ci. II tient mon Seigneur Jésus-Christ pour un homme de paille. Mon Sei- ^gneur peut le souffrir pendant un certain temps, et moi avec lui. Je ne cacherai pas à Votre Altesse que j'ai prié et
pleure plus d'une fois à son sujet; j'ai demande à Dieu de Tëclairer.
» Je prierai et pleurerai encore une fois pour lui. Ensuite, plus jamais. Je supplie Votre Altesse de prier et de faire prier, afin de détourner le jugement de Dieu qui, hélas! le menace.
« Je vous écris ainsi afin que Votre Altesse sache que je viens à Wittenherg sous une protection autrement plus puissante que celle de TÉlecteur. Je n'ai nullement la pensée de solliciter votre secours; je crois même que je protégerai plus Votre Altesse qu'elle ne me protégera. Si même je savais qu'elle pût ou voulût me protéger, ce n'est pas à Wittenherg que j'irais. Il n'y a point d'épée qui puisse venir en aide à cette cause. C'est Dieu seul qui doit tout fsiire sans aide et sans concours humains. Celui donc qui croit le plus est celui qui protégera l'autre. Or comme je pressens que Votre Grèce est encore bien faible dans la foi, je ne puis croire qu'elle soit l'homme qui puisse me défendre ou me sauver.
a Puisque Votre Altesse désire savoir ce qu'elle a à faire, et qu^elle suppose qu'elle a trop peu fait jusqu'ici, je lui répondrai en toute soumission : Non, Votre Altesse a trop fait; elle ne doit rien faire du tout. Dieu ne veut ni soucis ni efiforts de votre part, ni de la mienne. Lui seul et personne d'autre ne doit agir. Que Votre Altesse se dirige donc d'après cela. Si vous croyez, vous serez plein de confiance et de paix; si vous ne croyez pas, moi je crois; et il me faudra bien voir Votre Grâce souffrir tous les soucis et toutes les angoisses que souffrent les incrédules. Comme je me refuse à suivre les conseils de Votre Altesse, vous êtes excusé devant Dieu dans le cas où je serais fsiit prisonnier ou mis à mort. Quant à l'égard des hommes» voici quelle doit être la conduite de Votre Altesse : obéir à l'autorité, comme il sied à un princ^ électeur, laisser s'accomplir les ordres de Sa Majesté Impé* riale, dans les villes et dans les campagnes, sur les hommea
66 J.UTHER.
et les choses, selon les lois de l'Empire; ne point mettre d'obstacle, ne point s'opposer à sa puissance, alors qu'elle voudrait s'emparer de ma personne ou me mettre à mort. Car personne ne doit s'opposer aux puissances et les briser, sinon Celui qui les a établies. Autrement c'est la révolte et un attentat contre Dieu.
« J'espère qu'ils auront assez de raison pour reconnaître que Votre Altesse est d'une trop haute race pour qu'ils puissent faire d'elle mon bourreau. Que Votre Altesse ouvre les portes, qu'elle respecte les saufs-conduits; qu'ils viennent eux-mêmes me chercher où qu'ils me fassent prendre par les leurs. En agissant ainsi. Votre Altesse aura assez fait pour l'obéissance. Ils ne peuvent rien demander de plus que de savoir que Luther est auprès de vous. Tout cela se fera sans embarras, sans que vous participiez à rien, sans péril pour vous. Car Christ ne m'a pas enseigné à lui rendre témoignage au péril et au détriment des autres. Si, au contraire, ils sont assez insensés pour commander à Votre Altesse de mettre la main sur moi, je lui dirai alors ce qu'elle aura à faire... Je recommande maintenant Votre Altesse à la grâce de Dieu. J'ai écrit cette lettre à la hâte, pour que vous ne vous attristiez pas en apprenant mon arrivée ; car si je suis un vrai chrétien, je dois consoler tout le monde et ne nuire à personne. J'ai affaire à un autre homme que le duc Georges; il me connaît bien, et je ne le connais pas mal. Si Votre Altesse croyait, elle verrait la gloire de Dieu ; mais comme elle ne croit pas, elle n'a encore rien vu. A Dieu soit amour et ^louange dans l'éternité. Amen. Donné à Borna, à l'hôtellerie du Conducteur, le mercredi des Cendres 1522.
«De Votre Grâce Électorale, le très-humble serviteur *•
« Martin Luther. »
Il est inutile de faire ressortir le caractère étrangement « Db W., II, 137 ss.
hardi de cette lettre. Cette confiance absolue en sa cause, cette mystérieuse certitude d^étre un instrument choisi pour une œuvre divine, cette intrépidité devant un péril imminent, ce mépris pour les voies humaines, ce je ne sais quoi d'héroïque et d'affectueux en même temps, tout peint Thomme. C'est un héros et c'est un illuminé ; c'est le prophète de Dieti.
Les Suisses qui l'ont rencontré en route le représentent comme un homme d'une forte stature, le buste fortement cambré, la Éaice tournée- vers le ciel, avec des yeux noirs, brillants, jetant des flammes comme une étoile, tellement qu'on n'en pouvait soutenir l'éclat. « Ces yeux profonds » , dont parlait déjà Gajetan, « ces yeux de démon » , au dire du légat Aléander, frappaient tout le monde. Un Polonais, Jean Dantiscus, un adversaire qui devint évéque de Culm et de Ermland, et qui vit Luther l'année suivante, dit que ces yeux a lançaient des éclairs et avaient un certain scintillement terrible, comme on le remarque parfois chez les possédés ' » .
Le lendemain jeudi (6 mars), il arriva à Wittenberg. Quelques chevaliers étaient venus à sa rencontre et l'accompagnaient*. La nouvelle de son arrivée se répandit promptement et causa une joie profonde à' ceux qui l'attendaient avec une si grande impatience. Tout le monde pressentait que lui seul avait l'autorité suffisante pour dégager la Réforme des excès qui l'entraînaient à sa perte.
Sa première occupation fut d'écrire une nouvelle lettre à l'Électeur. — Celui-ci, dès qu'il eut reçu, à sa résidence de Lochau, la lettre écrite le 5 mars et qu'il eut appris son arrivée, avait donné ordre au docteur Jérôme Schurf, professeur en droit à Wittenberg et son conseiller, de prier Luther de lui écrire une nouvelle lettre dans laquelle il déclarerait les raisons qui l'avaient déterminé à retourner dans
' V. KiPLER, Nik, Copemicus et Luther, p. 73, 1868. ^ SpàL., dans Mencken, II, 612.
fB8 LUTHER,
cette ville, et protesterait qu'il Tavait hit à son insu. Celte lettre devait être écrite de telle sorte qu'elle pût servir à justifier TÉlecteur auprès de ses amis et de TEmpire. Il lui recommandait en outre de s'abstenir de prêcher dans l'église du château ^ — Luther rédigea sa lettre en conséquence ;
« J'ai bien pensé, mon gracieux seigneur, que je vous serais une occasion d'ennuis, en retournant à Wittenberg sans votre assentiment et contre votre volonté..., moi qui, banni et condamné par le Pape et par l'Empereur, peux m'attendre chaque jour à la mort. Mais que pouvais-je faire ? C'est Dieu qui m'appelle et me force. Il le faut. Allons donc au nom du Seigneur Jésus-Christ, à la vie, à la mort... Voici quelquesuns des motifs qui m'ont poussé à prendre cette détermination. D'abord, n'y voyez aucun mépris pour l'autorité de Sa Majesté Impériale et pour aucune autre autorité. Car, bien qu^il ne faille pas toujours obéira l'autorité humaine, à savoir quand elle nous ordonne quelque chose contre les comman* déments de Dieu, il faut néanmoins toujours Thonorer, jamais la mépriser. Christ n'a point accepté le jugement de Pilate^ et néanmoins il ne l'a pas renversé de son siège.
tt Le premier motif de mon départ, c'est que j'ai été appelé par Téglise de Wittenberg, avec larmes et supplications. Je suis le serviteur de cette église à laquelle Dieu m'a envoyé. C'est moi qui y ai commencé ce qui s'y fait. On peut considérer mon œuvre comme une œuvre diabolique et en désirer la ruine. Dieu ne me jugera point par l'opinion des autres, mais par ma propre conscience. Je sais que ma parole et tout ce que j'ai fait n'est pas de moi, mais de lui. Ni la persécution ni la mort ne changeront cette conviction. Il faudra bien qu'on me laisse faire.
ic Le second motif est que, profitant de mon absence, Satan est entré parmi mes brebis et qu'il y a introduit des choses que je ne peux détruire par mes écrits. Ma présence est
» WiLCH, XV, 2384 S8.
nécessaire ; il faut là une bouche qui parle et des oreilles qui entendent. Ma conscience ne me laisse plus de repos ; dusseje vous déplaire et déplaire au monde entier, c^est mon troupeau, ce sont mes enfants en Christ; je n*ai point à discuter si je dois, ou non, venir; mon devoir est de souffrir la mort pour eux, et je le ferai avec bonheur.
a Le troisième motif, c'est que je redoute, hélas! avec une trop grande certitude, un immense soulèvement dans toutes les contrées de rADemagne, par lequel Dieu veut châtier notre nation. Nous voyons en effet que cet Évangile platt admirablement au peuple, mais que celui-ci Tentend d'une feçon chamelle. Il en reconnaît la vérité, mais il n'en veut pas faire un bon usage. Ceux qui devraient corriger ces esLcès ne s'appliquent qu'à étouffer la lumière par la violence ; ils ne voient pas qu'ils ne font qu'aigrir )es cœurs et pousser à la révolte. La tyrannie ecclésiastique est affaiblie ; je n^ai eu que ce but dans mes écrits; mais je vois que Dieu veut pousser les choses p)us loin, comme il l'a fait à Jérusalem contre les deux puissances. J'ai fait récemment l'expérience que l'autorité civile doit plier de gré ou de force devant l'Évangile aussi bien que l'autorité ecclésiastique. C'est ce que Dieu enseigne clairement dans toutes les histoires de la Bible. Mais Dieu a ordonné, par son prophète Ézéchiel, de se tenir à la brèche devant lui, pour le peuple ; c'est pourquoi j'ai pensé qu'il était temps de le faire avec mes amis, pour voir si nous ne pourrons pas détourner ou retarder son jugement..* Que Votre Altesse ait donc confiance. Il y a beaucoup plus de choses dans le ciel qu'on n'en a résolu à Nurem* berg; et ceux qui croient qu'ils ont déjà mangé l'Évangile s*apercevront bientôt qu'ils n'en sont encore qu* an Benedicite,
« Si la forme de cette lettre ne platt pas à Votre Altesse, je la supplie de m'en envoyer une autre à laquelle je puisse souscrire'. »
> Db W., II, 141 8S., et 147 ss.
Ni la forme ni la lettre ne déplurent. L'Électeur demanda simplement qu'au nom de Sa Majesté Impériale, Luther ajoutât : « Mon très-gracieux seigneur » , et qu'il supprimât l'article concernant la chambre impériale de Nuremberg. — « C'est une faiblesse, dit-il à Spalatin, chacun sait bien qu'il est mon très ennemi * . » Il y consentit néanmoins volontiers, et l'Electeur fit parvenir la lettre ainsi modifiée à ses amis et à l'envoyé électoral près de la chambre impériale. C'était une justification et un acte de prudence.
Le dimanche suivant, il monta en chaire dans Téglise paroissiale de Wittenberg, et, huit jours durant, il exposa devant une foule frémissante ses sentiments sur la direction, désastreuse que les enthousiastes avaient imprimée à la Réforme pendant son absence *.
Ce qui frappe, à la lecture de ces discours prononcés dans des circonstances si critiques, et en face d'une population excitée, c^est un caractère très-constant de modération voulue et le parti pris de l'emporter sur ses adversaires à force de bon sens et de charité. Sévère à l'égard des doctrines, il n'a pas un mot blessant contre Garlstadt et ses amis, pas une allusion aux prophètes qui l'ont séduit. Dans un langage clair, précis, éloigné de toute phraséologie mystique, il aborde les uns après les autres tous les points contestés, le culte des images, la messe, les messes privées, le Saint Sacrement de la Cène sous les deux espèces, la confession auriculaire, en un mot toutes les réformes hâtives, celles qu'il croit justes au fond, mais trop précipitées, celles qui lui semblent puériles et plus propres à jeter le trouble dans les consciences qu'à les édifier; et dans cette longue discussion, où ne manquent ni Tironie ni le trait plaisant, une parole revient sans cesse, monotone, mais puissante : « La foi sans la charité n'est qu'une illusion. » Et cette pensée si simple,
» De W., II, 150.
»Erl., XXVIII, 204 8s.
mais si opportune, il la présente, sous toutes ses formes, dans toutes ses applications; elle constitue la trame même de ces remarquables discours. Jamais on n'a mieux parlé de la dignité, de la profondeur de fa foi chrétienne, qui se moque des choses extérieures et des vaines cérémonies, de Tin dépendance de la conscience, de la puissance de la Parole. — La Parole seule engendre les convictions vraies; elle est invincible, et tout, à la fin, doit céder à son irrésistible influence.
a Laissez, dit-il, agir Dieu et sa Parole'. Les cœurs •des hommes ne sont point en ma puissance, et je ne les ai point dans mes mains pour les manier à mon caprice. Je vais jusqu'à leurs oreilles, et pas plus loin ; le cœur échappe à ma puissance. Ne pouvant y verser la foi, je n'ai nul droit de forcer et de contraindre. Dieu seul, en se donnant au cœur, peut lui donner la vie. Annonçons donc la Parole, mais abandonnons-en la réussite à Dieu. Si j'emploie la violence pour abolir les abus de la messe, j'entraînerai par la force une foule d'hommes qui ne comprendront pas seulement s'ils ont bien ou mal fait. Et qu'en résultera-t-il ? Des grimaces, des apparences, des singeries, des ordonnances humaines, des ^saints extérieurs et des hypocrites ; mais ni cœur, ni foi, ni amour. Quand l'apôtre saint Paul vint à Athènes, (cette ville puissante, il y trouva des autels élevés aux bux dieux. Il alla •de l'un à l'autre, les considérant tous, et l'idolâtrie avec eux; «nais il n^en toucha pas un seul du pied. Il se rendit au Forum et dit au peuple : «C'est une idolâtrie! » Cette parole ^empara des cœurs; les idoles tombèrent d'elles-mêmes sans •éclat, sans violence. La Parole a créé les cieux et la terre ; c'est elle qui doit agir ici, et non pas nous, pauvres pécheurs. — Bref, je veux prêcher , je veux crier, je veux écrire ; mais je ne veux forcer, violenter personne, car la foi est volontaire et au-dessus de la contrainte.
1 2* Sermon.
72 LTJTHEB.
« Prenez exemple sur moi* J'ai attaqué l'indulgence et tous les papistes, mais sans recourir à la violence. Je n'ai fait qu'annoncer, prêcher, écrire la Parole de Dieu, et rien d'autre. Et tandis que je dormais, ou que je buvais ma bière de Wittenberg avec Philippe et Âmsdorf, la Parole agissait et renversait le Papisme, tellement que jamais ni prince ni empereur ne lui ont causé tant de mal. Je n^ai rien fait : la Parole seule a tout fait. »
L'importance de ces discours est considérable. Ils marquent dans la vie de Luther une heure décisive. Jamais, comme il l'a souvent répété, il n'a senti sa Réforme aimée si près de sa ruine, ni éprouvé de plus mortelles angoisses. D'accord au fond sur toutes les questions en litige avec ces réformateurs impatients et ces briseurs d'images, qui pensaient simplement continuer son œuvre et, avec lui, délivrer l'Église de sa captivité de Babylone, il se sépare ouvertement d'eux et rejette leur oeuvre comme n'ayant nul rapport avec la sienne. C'est que pour lui il n*y a point d'autre délivrance que la délivrance intérieure, point d'autre captivité que celle de la conscience. La foi, la vie en Dieu, la Parole, voilà tout l'Évangile; le reste n'est rien. A quoi sert-il de briser des chafnes, de ruiner des traditions, de réformer des abus séculaires, si l'âme n'est pas affranchie? et, d'un autre côté, que sont tous ces abus et toutes ces superstitions, pour l'âme que Dieu a délivrée en se faisant connaître h elle? Des misères, sans doute, mais des misères qui tomberont d'elles-mêmes à mesure que la lumière se fera.
Dès ce jour, Luther a pris pleine possession de sa pensée; il en a vu la profondeur et les limites; et plus décidé que jamais à combattre sans miséricorde « l'Antéchrist romain » , il a cru voir à ses côtés, parmi les siens, un ennemi tout aussi redoutable de la foi chrétienne et de l'Évangile, et à cet Antéchrist nouveau il a déclaré une guerre sans merci.
Non, ce n'était pas l'Antéchrist, comme Luther l'écrit, mais
un esprit réformateur à sa manière, Tesprit de révolution dan» les choses divines, Tesprit qui ruine les institutions usées et débarrasse le terrain ; une force aussi dans la sainte lutte pour le bien, peut-être une nécessité, plus souvent un péril.
Cette prédication produisit à Wittenberg un effet immense. La réaction fut subite et complète. Personne n*osa répondre. Didyme en fut profondément touché. « C'est un homme nouveau », dit Luther en le recommandant pour une place de pasteur à Altenbourg. — Garlstadt refoula dans son cœur son dépit, son irritation, et se renferma, pour un temps, dans ses fonctions de professeur à T Université et d'archidiacre de 1 église du Château. Luther ne Favait pas nommé, voulant épargner un collègue plus âgé que lui ; néanmoins il se sentit atteint et blessé. Bientôt il songea à une nouvelle attaque; mais la fermeté de Luther, les menaces de TUniversité et du magistrat Tempéchèrent de fieiire paraître le livre qu'il préparait. Les anciens amis reprirent courage; Mélanchthon revint de sa faiblesse, et Schurf se fit, auprès de TÉlecteur, Tinterprête de la joie générale et de I9 confiance revenue.
« Grâce à Dieu, lui disait-il, nous voici de nouveau, nous qui étions séduits ou scandalisés, dans la voie de la vérité. Il nous a montré Terreur dans laquelle nous entraînaient ces misérables prédicateurs; et il est clair comme le jour que TEsprit de Dieu est et agit en lui. » — Capiton, qui dans Taffaire de Tarchevèque de Mayence avait conçu contre Luther une assez vive irritation, vint à Wittenberg, se réconcilia avec lui, quitta le service d'Albert, puis se rendit à Strasbourg, où il travailla dès lors à la Réforme. Le magistrat de la ville lui témoigna sa reconnaissance pour le service qu'il venait de rendre, en lui envoyant du drap pour un vêtement ecclésiastique, du vin et de la bière; et par une délicate atten* tion, il fit le même cadeau à son père. Beaucoup de ceux qui avaient désespéré de la Réforme, parce qu'ils voyaient en elle la mère de toutes les insurrections, en redevinrent les fermes partisans. L'autorité personnelle de Luther grandit déme-
sûrement. Tout le monde admirait la sagesse de cet homme qui, mis au ban de T Empire, seul et sans protecteur avoué, tenait tête à toutes les puissances de ce monde et savait en même temps réprimer Tinsurrection et le fanatisme.
La petite bande des prophètes était restée à Fécart, et n'avait point eu sur les troubles de Wittenberg une action marquée. Quelques-uns de leurs partisans furent touchés par ce qu'ils venaient d'entendre, et abandonnèrent la secte. Un, entre autres, assurait qu'en écoutant Luther, il croyait entendre la voix d'un ange. Les chefs ne se rendirent pas; et Marcus Thomâ, qui, pendant cette grande semaine, s'était tenu éloigné de Wittenberg, revint bientôt réchauffer le zèle de ses disciples. Quelque temps après, il fit demander une entrevue particulière à^ Luther. Accompagné de Gellarius et d'un autre fidèle, il vint dans la chambre même du réforma*» teur où celui-ci se trouvait seul avec Mélanchthon.
L'entretien fut rapide et singulièrement agité. Les prophètes exaltèrent tout d'abord les grâces qu'avait reçues Luther et sa vocation plus haute que celle des apôtres; puis ils lui demandèrent de les reconnaître, eux aussi, comme des envoyés de Dieu. Luther, peu sensible à l'éloge, les mit en garde contre leurs révélations, et répondit qu'il ne voyait rien de semblable dans l'Écriture, que ce ne pouvaient être que des imaginations trompeuses et peut-être des inspirations de l'esprit du mal. — A ces mots, Gellarius s'échauffa, firappa la table du poing, disant qu'il était téméraire d'adresser de telles paroles à des hommes de Dieu. Marcus, plus calme, répliqua que ses révélations étaient véridiques, que toute sa science venait d'elles, que Dieu luimême ne saurait les lui retirer. Il ajouta que Luther, malgré ses mérites, n'était encore qu'au début de l'inspiration, et qu'il lui faudrait parvenir à « l'insensibilité divine », à ce point suprême où lui-même était arrivé. Et, pour le persuader que l'esprit de Dieu était en lui, il ajouta : « Je puis même vous dire ce que vous pensez maintenant. Vous com-
mencez à croire à la vérité de ce que j'enseigne ! » — Luther, étonné de son audace, répondit : « Que Dieu te frappe, Satan! » — Puis il ajouta : « Dieu ne se communique à nous que par sa Parole; montrez votre vocation par un signe. » — « Nous le montrerons. — Mon Dieu saura bien empêcher les vôtres de faire des miracles. »
A ces mots, ils se séparèrent; les prophètes quittèrent Wittenberg le même jour et lui écrivirent de Kemberg une lettre menaçante. Cette première entrevue avec des hommes dont les doctrines allaient bientôt soulever les masses, laissa dans son esprit une ineffaçable impression ^
1 Le récit, dans Gamerarius, Viia Melanchik, — Db W., II, 178, 181.