‹ Luther, sa vie et son œuvreChapitre 11 sur 43 · LES PREMIÈRES INSTITUTIONS · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES INSTITUTIONS

A Wittenberg, I*autorité morale de Luther suffit pour ramener la paix dans les esprits et Tordre dans les instita-* tions. On rétablit aussitôt ce que les fanatiques avaient détruit : les anciens usages, le chant, le culte dans son antique splendeur, TéléTation de Thostie dans la messe. Ceux qui désiraient prendre la communion sous une seule espèce purent le faire. La partie seule du canon de la messe, qui rappelle le sacrifice offert par le prêtre, fut modifiée conformément aux nouvelles doctrines; et les messes privées, une abomination aux yeux de Luther, tombèrent d'elles-mêmes parce qu'il n^y avait plus ni prêtres pour les dire, ni fidèles pour les désirer. L'église du Château conserva seule le culte catholique sans aucune innovation*.

Mais sa pensée allait plus loin que Wittenberg. Partout, en effet, où son Évangile avait pénétré, le même esprit ardent de réformes extérieures, les mêmes impatiences avaient surgi, et cela d'autant plus vivement que Topposition

i Corpus Réf. — Erl. — De W. — Spalati5, Annales, — Segkendorf. — Tentzel, Hist. Bericht, — Koldb, Aug. Congr. — TUchter, Kirchen^ ordnungy etc. — Wacilbrkagel, Das deut, Kirchenlied v. d, àUesten Zeiten, etc.

^ L. s*efForça de bien établir le point doctrinal dans son traité : Touchant la communion sous les deux espèces et tf autres changements, et dans ses lettres au jeune prince Jean Frédéric et à Nie. Hausmann de Zwickau. — V. Erl., XXVIII, 285 ss. — De W., Il, 155, 160, 180. — Erl., XXII, 38. — De w., II, 154, 151, 161.

était plus grande ou plus aveugle. Il lui fallut donc partout aussi calmer l'agitation, ramener au bon sens, défendre son œuvre par la parole, par l'enseignement, par sa présence même, et lutter à la fois, sans trêve ni repos, contre les ennemis anciens et les adversaires nouveaux. Durant les années qui vont suivre (1522-1524) il déploie dans toutes les directions une infatigable activité; il prêche, il reprend, il polémise, il va partout où on Tappelle.

A peine les fêtes de Pâques sont-elles passées qu'il entreprend, à l'imitation de saint Paul, des voyages missionnaires. Il va à Altenbourg, à Borna, par les États du duc Georges qu'il traverse sous un déguisement et non sans péril; à Zwickau, la citadelle des prophètes; et dans ces villes, il prêche aux multitudes. Un témoin oculaire rapporte qu'à Zwickau les populations de toute la contrée accoururent pour l'entendre, et que plus de vingt mille personnes avaient envahi la ville. Nulle église n'était assez vaste pour contenir la foule avide de sa parole. Il lui fallut prêcher sur la place du marché, d'une fenêtre de l'hôtel de ville, et un autre jour, dans la cour du château ^

Parmi toutes ces cités allemandes où le nouvel Évangile avait été reçu, Erfurt, dès le début, s'était signalé par son ardeur. La population presque entière et le magistrat étaient gagnés à la cause de la réforme. Les troubles de Wittenberg y eurent leur contre-coup. Des prédicateurs, moines sortis de leui% couvents, prêchèrent contre les vices du clergé, la messe, les idoles, le culte des saints*. Les partisans du passé se défendirent, le vieux Unsingen à leur tête, et le désordre devint tel que Luther jugea nécessaire d'intervenir. Il avait là son ami Lange, prieur des Augustins, qui lui-même, par

^ Voir Seck., I, 214. — Tehtzel, II, 262.

^ Quatorze moines avaient quitté avant lui. Lange sortit du couvent en mars 1522, et il se fit prédicateur de Thlvangile à Erfurt. La plupart des moines revêtus de la prêtrise suivirent son exemple, et prêchèrent. Kolde, Àug, Cong,y 380.

grand zèle, avait quitté son couvent avec les autres Frères. Il lui écrivit lettre sur lettre, lui enseignant la voie de sagesse qu'il devait suivre entre les fanatiques des deux partis, et ne cessant de le mettre en garde contre ce fatal entraînement qui partout substituait une réforme charnelle à son œuvre toute d'esprit et de vie intérieure.

a Je m'étonne, lui disait-il entre autres, qu'on voie si peu en vous la vertu de la Parole. Nous sommes les mêmes qu'auparavant, durs, insensibles, impatients, téméraires, incontinents, amis des disputes. Nulle part le signe du vrai christianisme : la charité. Nous possédons le règne de Dieu en paroles, mais non en vertu *. »

Puis il s'adressa directement à la communauté et lui envoya une épttre dans le genre et dans le ton de saint Paul, écrivant aux Églises : « Épttre aux prédicateurs et serviteurs de l'Évangile, et à tous les chrétiens d'Erfurt. Martin Luther, ecclésiaste, c'est-à-dire envoyé de Dieu. »

Le culte des saints était devenu le grand scandale pour cette église excitée. « C'est une idolâtrie malfsiisante, condamnée par la Parole de Dieu, disaient les prédicateurs; il faut l'abolir! — A quoi bon, leur répond Luther, vous préoccuper de toutes ces vaines questions indifférentes au salut? Vous vous disputez sur des doctrines incertaines. C'est une ruse de Satan, qui, pour détourner vos âmes des choses nécessaires, vous jette ainsi dans de vaines et obscures pensées. Or, la chose nécessaire, c'est la connaissance de Jésus-Christ comme de notre unique Rédempteur sur lequel nous puissions nous reposer pour notre salut. Gardez cette foi simple; ne souffrez pas qu'on vous contraigne de vous appuyer sur d'autres que sur lui; résistez à la violence, mais, à votre tour, ne violentez pas les faibles. Guidez-les, au contraire, et qu'ils apprennent de vous, de votre charité, dé votre abnégation, qu'il nous faut tout quitter, les saints,

» De W., II, 175.

Moïse, Élie, Abraham, nous-mêmes surtout, pour nous attacher à Dieu seul et ne nous confier qu'à lui. — H y a, parmi vous, des hommes légers qui espèrent amener le triomphe de TÉvangile par la violence et croient avoir beaucoup fait en insultant le clergé et les moines. Ne devraientils pas savoir que nous ne combattons pas, nous, contre la chair et le sang, mais contre « les puissances de Tair » dont parle saint Paul? Satan est un esprit qui n'a ni chair ni os; le feu et le glaive ne peuvent rien contre lui. Il nous faut lui arracher les cœurs par la puissance de la Parole. La Parole, voilà le glaive auquel nul ne peut résister. Quant à ces discoureurs qui vous séduisent, renvoyez-les à Athènes, sur la place publique ' . »

Sur les instances de Lange, il se rendit à Erfurt vers la fin d'octobre (1522). Mélanchthon, Agricola (Ëisleben), Jacob Probst, l'ancien prieur d'Anvers , l'accompagnaient. Gomme à Zwickau, la foule était accourue de toutes parts pour voir « celui qui apaisait les vagues irritées et frappait le Pape à la tète » . — Pour éviter cette multitude qui venait au-devant de lui, il descendit de son char et se glissa incognito dans la ville. Le lendemain et les jours suivants, il prêcha, dans la petite église de Saint-Michel, sur des matières de pure édification, sur la foi du cœur qui sauve, sur l'union de l'âme avec Jésus-Christ, sur la fausse sagesse des hommes et l'impuissance de toutes les choses extérieures à donner ou à ôter la vie. On remarqua particulièrement son sermon sur l'Évangile des Vierges folles et des Vierges sages. Sans (aire de polémique, sans blesser ses adversaires, il jetait tout simplement les âmes dans une direction plus haute en leur annonçant l'Évangile intérieur. C'est ainsi qu'il les gagnait en leur ouvrant le monde des pensées divines*.

A son retour, il s'arrêta à Weimar, où il se reposa dans un cercle ami de ses fatigues, et prêcha quatre fois devant le

> Ebl., IV, 771.

2 Erl., XVIII, 241 S8.; XX, 309 ss.

duc Jean et son fils, Jean-Frédéric, de beaux sermons sur le règne de Jésus-Christ et les royaumes de ce monde * .

Quel que fût sqn désir de maintenir à son Évangile un caractère entièrement spirituel, la force des choses était plus puissante que sa volonté, A Tesprit nouveau il feiUait des formes nouvelles et des institutions qui y répondissent. II fut donc bientôt entraîné à mettre lui-même la main aux réformes extérieures; et bien qu'il agit avec la plus grande circonspection et avec Tassentiment des fidèles, cette œuvre ne s'accomplit pas sans obstacle.

Les fêtes des saints tombèrent peu à peu, à Texception de la fête de la Vierge, à laquelle on donna un caractère évan* gélique. Aux messes journalières, on substitua des cultes dans lesquels on lisait FAncien et le Nouveau Testament. La communion sous une seule espèce, quHl avait conservée à cause des faibles, cessa d'être tolérée. Les chanoines de l'église du Château résistèrent, continuèrent à célébrer leurs messes basses. Luther, pressé par la voix unanime de l'Église, les conjura en vain de « cesser ce scandale » . Il s'adressa inutilement aussi à TÉIecteur; il écrivit contre eux un écrit intitulé : V Abomination des messes privées ^\ le peuple irrité faisait entendre des menaces; le magistrat intervint. La querelle dura deux ans; et ce n'est qu'en l'année 1524 que les chanoines récalcitrants (ils n'étaient que deux) consentirent à céder de guerre lasse à l'universel désir. On ne les y contraignit par aucune violence ; mais ce conflit souleva pour la première fois la question d'autorité dans l'Église. A qui allait passer l'autorité perdue des évèques? Nul ne savait le dire. En attendant que cette grave question pût être décidée, chacun, à l'occasion, prince, magistrat, fidèles, pasteurs, cherchait à faire prévaloir son droit ou sa puissance '.

1 Corp. Réf., I, 578. — Spal., Mesk., XI, 617. — Erl., XVI, 420. ^ ËRL., XXIX, 113 ss. — Incertitude sur la date. D*après Aurifaber, en 1523. Dans les collections de ses œuvres, en 1524. 3 Voir ces démêlés dans les lettres. De W., II, 283 ss. ^

Un an après son retour à Wittenberg, le moment lui parut propice pour donner au culte public, à la messe (car il conserva ce terme), non une forme sinon définitive à laquelle il ne songea jamais, au moins une forme mieux appropriée aux besoins nouveaux et à la foi évangélique *. Il publia sur cet important sujet un opuscule intitulé : De l'ordre du service de Dieu, et un petit écrit latin : Formula missœ, que son ami Paul Speratus traduisit en allemand*.

Dans ces deux écrits il montrait ce qui s'était fait à Wittenberg, et il indiquait les principes qui Pavaient conduit à modifier le culte, a L'essentiel dans le culte, y disait-il, c'est que la Parole de Dieu y soit en action et remplace enfin ces vides cérémonies auxquelles on nous a accoutumés. Il faut que Marie soit toujours assise aux pieds de son Seineur pour entendre sa Parole. Le culte ancien avait trois vices capitaux : la Parole de Dieu n'y était point préchée ; les fables et les légendes avaient tout envahi; et l'on en avait fait une œuvre méritoire. — La Parole de Dieu, la prière et le chant qu'elle inspire, les sacrements qui, eux aussi, ne sont riep que la Parole incarnée dans un acte, tels sont les éléments du vrai culte chrétien. Quant à la forme , nécessaire, puisque Dieu nous a donné des sens, elle ne saurait être constante; elle varie selon les temps, les lieux, les besoins. Vouloir la fixer à jamais, à la manière du Pape ou de Garlstadt, c'est empiéter sur la liberté chrétienne. »

Dans l'application qu'il fait de ces principes, Luther s'inquiète uniquement des nécessités actuelles et de la con-

^ Son ami, M. Hausmann, ayant manifesté l'opinion qu'un concile pourrait fixer la forme du culte : « Gardez-vous-en bien, lui repondit-il. Sî une église ne veut pas suivre Tautre dans ces choses extérieures, à quoi bon Ty contraindre par des décrets? Qu'elle suive librement ou qu'elle garde se» usages, peu importe. Ayons l'unité de l'esprit dans la foi et dans la Parole^ et souffrons la diversité dans la chair et les éléments de ce monde. » De W., II, 563.

* Erl., XXII, 151 «s. — Op., 7, 1 ss. — V. Bichter, Kirchenordnung , I, î 88. — De W., II, 430.

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science des faibles, maintenant du passé tout ce qu'il croit pouvoir garder sans péché. II ne supprime de la messe que ce qui lui parait décidément contraire à l'Écriture : le sacrifice, les invocations aux saints, les superfétations, les longueurs. Ce n'est plus le sacrifice qui est le centre du culte; c'est la communion ; mais le saint mystère reste tout entier. — Chose singulière et qui montre avec quelle prudence il agissait en ces choses; le latin fut conservé, et ce n'est qu'insensiblement que la langue vulgaire y fut substituée. — Ce culte diminué des grandes pompes romaines parut mesquin aux yeux des adversaires. Luther leur répondit que Jésus- Christ aussi paraissait bien pauvre à côté des splendeurs d'IsraëP.

Si dépouillé qu'il parût, en comparaison du culte romain dont il avait rejeté la pompe, mais non la grandeur, une chose nouvelle, d'une rare beauté, le cantique, lui donnait un cachet tout particulier d'intimité et de vie. Par le cantique, le peuple sortait de sa passivité et devenait acteur dans ce drame qui se passe entre l'homme et Dieu; parlai il se sentait plus rapproché des choses saintes et relevé de sa servitude. C'était sa part à lui, son culte et aussi sa joie. Le cantique redisait ses sentiments, non ceux du prêtre, ses croyances, ses luttes intérieures, et cela non dans une sainte mélopée, mais avec les vifs accents et la mélodie de ses chants aimés.

Luther fit cette révolution naïvement, sans en pressentir l'immense importance, guidé par ses instincts, voulant simplement suivre l'exemple des Pères et des Prophètes de l'Ancien Testament. Il pensait à David, à Asaph, à ces chanteurs qui composèrent les Psaumes, et il s'adressait à ses amis, à Spalatin, à Jean Dolzig, deux hommes de cour « qui écrivaient avec élégance » ; mais ceux-ci n'osèrent pas entreprendre la tâche demandée. Des jeunes gens mieux doués,

* Voir Fr(5schel, Fortgesetxie Sammlung. — De W., lî, 391.

Jonas et Speratus, théologiens et poëtes, vinrent à son aide et lui fournirent quelques chants qu'il ajouta aux hymnes de rÉglise et aux beaux Noëls. Lui-même enfin se mit à l'œuvre et, du premier coup, réussit à merveille. Le premier chant qui jaiUit de sa plume fut une complainte sur la mort de deux jeunes hommes martyrisés dans les Pays-Bas, pour la cause de FÉvangile (1523). L'inspiration en était si simple, si populaire et si héroïque en même temps, que toute TAllemagne la lut, s'abreuvant à cette source inspirée de pitié, de colère et de foi. Ses cantiques eurent le même sort. Imités des Psaumes ou librement composés, ils renfermaient tous quelque grande et consolante pensée sous une forme vive et populaire. On les chanta dans toute l'Allemagne, sur des mélodies fort belles et à quatre voix ; on en multipliait les éditions. Le peuple les sut bientôt par cœur, et c'est ainsi que sa parole et son Évangile pénétraient dans les dernières couches de la société ' .

A ces jeunes communautés qui avaient rompu avec les traditions romaines et l'autorité des évéques , il fallait des institutions qui réglassent non-seulement le culte, mais tous les actes de la vie chrétienne, du jour du baptême à celui de la mort. Luther y pourvut, fidèle à son principe de conserver des usages reçus tout ce qui n'était pas décidément contraire à l'Évangile. Ainsi, quant à l'administration du baptême, le seul changement qu'il se permit, dans les premiers temps, fut de substituer la langue vulgaire à la langue latine, et de modifier quelques expressions peu en rapport

^ La première collection des Cantiques de L. parut à Wittenberg au commencement de Tannée 1524. Elle ne comprenait que huit cantiques, dont cinq de Luther et trois de Speratus. Puis on imprima à Erfurt un Enchiri'^ dion avec quatorze cantiques nouveaux de L. ; puis encore dans la même année, à Wittenberg, le Geistliches Gesatigbûchlein, avec six cantiques nou- Teaux et une préface de L. Cette collection renferme en tout vingt-quatre cantiques de lui. Le célèbre cantique : Ein* feste Burgist unser Gott, n*y est point encore. Voir Wackernagel, Dos deuUche kirclienlied v, den àltesten Zeiten, etc. — Schneider, Luther's geisUiche Lieder» — Erl., LVI, 289 ss.

avec la foi nouvelle. Il maintint le rite, Texorcisme, Fusage du sel» de la salive et des huiles saintes. « G*est à cause des faibles, disait-il. L'important, c'est qu'on trouve ici la Parole de Dieu et qu'on la reçoive avec foi et avec prières *. »

La confession, un instant abandonnée durant les jours de tumulte, fut rétablie et vivement recommandée à toutes les églises, non comme une contrainte, mais comme une source excellente de consolation pour les consciences troublées. Et comme le saint sacrement de la Gène, depuis l'abolition de la confession obligatoire, était administré à tous, sans discernement et souvent au grand scandale des âmes fidèles, il parvint à introduire un acte préparatoire à la communion* (Beichte), qui participait à la fois de la confession et de l'instruction religieuse, et ramena, maintint dans l'église, l'ordre, la discipline, la soumission à l'autorité pastorale, le respect profond des choses saintes et la connaissance des vérités élémentaires de l'Évangile.

Et ces vérités essentielles, il les enferma dans un petit livres de prières (Betbiichlein) d'une simplicité enfantine, où l'homme du peuple put lire sans cesse et retenir les plus beaux passages de l'Écriture sainte touchant la repentance et la foi, le Décalogue, l'Oraison dominicale, les Psaumes de la pénitence '.

Tout en accomplissant ces réformes, il n'avait pas abandonné la grande pensée de donner à l'Église une version complète des Livres saints. La traduction qu'il en avait faite à la Wartbourg ne le satisfaisant pas complètement, il se remit au travail dès son retour à Wittenberg, aidé puissamment par Mélanchthon. Ensemble ils revirent l'œuvre

^ TàCFBnCHLBiN. Erl., XXII, 157 ss. Le livre parut en 1522. Puis. L. publia Tannée suivante une Instruction touchant le Baptême. Erl., XXII, 166. Ici, il n'est plus question des onctions d'huile.

« Erl., XI, 201.

< Erl., LXV, 266, 15, 304. — La première édition est de 1522. Les réimpressions en sont infinies. On y ajouta dans la suite un récit de la Passion, des fragments de sermons, un calendrier, etc.

entière, avec un soin extrême, minutieux; ils consultèrent sur les difficultés de texte et d'interprétation les amis, les savants humanistes, Spalatin entre autres. Une activité fiévreuse les animait. L'impression, confiée à Melchior Lotther, de Wittenberg, marchait en même temps que la révision. Spalatin, le prince Jean, TÉIecteur lui-même s'intéressaient à la chose et recevaient les premières feuilles à mesure qu'elles paraissaient. Trois presses travaillaient constamment, et vers la fin, on tirait dix mille feuilles par jour. Le 25 septembre, l'œuvre fut terminée, le volume parut : un in-folio, sans nom ni d'auteur ni d'imprimeur, sans date et portant ce simple titre : le Nouveau Testament en allemand, Witenberg, Malgré le prix assez élevé (1 florin et demi) , l'édition fut promptement enlevée, de même qu'une seconde, en décembre, et une contrefaçon qui parut à Bàle dans la même année '.

Le Nouveau Testament fut lu avec une avidité incroyable. Toutes ces saintes histoires de Jésus-Christ, de la première Église et des premiers chrétiens, oubliées depuis des siècles ou gâtées par la légende, apparaissaient ici dans un langage superbe et ravissaient les âmes. Le bourgeois, l'artisan retrouvaient dans ce livre la source pure de leur foi chrétienne, s'initiaient, par la lecture de saint Paul et de saint Jean, aux questions débattues par les prêtres, apprenaient, jugeaient, se formaient des convictions personnelles. Le monde des choses saintes arrivait à eux directement, sans intermédiaire; la religion devenait laïque. Le peuple, à cette lecture, se faisait théologien. « Des artisans, des cordonniers, des femmes même, remarque Gochlaeus avec amertume, citent maintenant les Écritures, discutent sur la foi avec les prêtres, les moines, les savants et les docteurs en théologie. Luther leur a enseigné à ne plus croire qu'à ce qu'on peut

* De W., Il, 252. — L. prie Spalatin d'en envoyer un exemplaire au chevalier de Berlepsch, son hôte de la Wartbourg. — "Voir H. Schott, Geschichie der deutschen Bibelubersetzung M, Luther s, 1835.

appuyer sur la Sainte Écriture. Ils traitent d'ignorants les plus savants théologiens et leur tiennent tête. »

Luther avait eu soin d'ajouter à sa traduction quelques notes explicatives et surtout des préfeces étendues, savante» et populaires en même temps, dans lesquelles il expliquait le sens de TÉvangile, la théologie des apôtres, et il établissait la valeur relative et Tautorité des diflFérents livres qui composent le saint volume, préfaces étonnantes où apparaissent tour à tour sa foi profonde et sa grande liberté d'esprit.

Il avait, on se le rappelle, saisi TÉvangile par le côté qui touche à la conscience et qui répondait à ses expériences intimes. Ce qu'il y cherchait, ce qu'il y voyait sans cesse et presque exclusivement, c'était la rédemption des âmes coupables et condamnées, la grâce offerte dans la per^ sonne, mieux encore, dans l'œuvre expiatoire de Jésus* Christ. De ce centre d'une foi toute personnelle, il juge tout,. il discute les doctrines, éprouve l'inspiration. Les livres du Nouveau Testament qui font apparaître Jésus-Christ dans toute sa splendeur divine et son œuvre de grâce, l'évangile de saint Jean, les «pitres de saint Paul, en particulier l'épttre aux Romains, sont à ses yeux les écrits excellents, vraiment inspirés, « la moelle de l'Évangile » ; « car, dit-il, ils nous enseignent Christ et tout ce que nous avons besoin de savoir pour notre salut » . Puis viennent les épitres aux Galates, aux Éphésiens, la première de saint Pierre. A côté de ces grands livres, les autres sont de moindre et d'inégale valeur. L'épitre de saint Jacques, par exemple, est a une épftre de paille » , sans caractère évangélique. Si elle cherche, ce qui est juste, à nous détourner d'une foi qui n'accomplirait pas les œuvres, elle demande à ces œuvres ce que les autres apôtres n'attendent que de la grâce et de l'amour; elle contredit en outre là doctrine de saint Paul sur la justification par la foi. C'est à peine si elle parle de Jésus-Christ. Or voici la pierre de touche pour juger d'un livre : tout enseignement, fût-il de saint Pierre ou de saint Paul , qui a n'apporte pas » Jésus*Christ ,

n'est pas apostolique. Tout ce qui Tenseigne, au contraire, est apostolique alors même que cet enseignement nous viendrait de Pilate, de Caïphe ou de Judas. — En outre , il conteste l'authenticité de l'épftre aux Hébreux, celle de saint Jude et de F Apocalypse, dont les visions lui répugnent. tt Mon esprit, dit-il, ne peut entrer dans la pensée de ce livre. »

Ces objectioQS et ces doutes , il les dit ouvertement, comme il dit sa foi, sans crainte de scandaliser TÉglise. Plus tard ses vues particulières ont pu se modifier; mais Tesprit d'indépendance à l'égard du saint recueil est resté le même et s'est maintenu jusqu'à la fin de sa vie. Gela contraste avec Topinion qui a prévalu dans les églises de la Réforme, et qui, en identifiant la parole écrite avec la révélation divine, efface toutes les nuances et marque chaque page des Saintes Écritures du même cachet d'inspiration pléoière.

L'apparition de ce livre, dangereux par le texte et les commentaires, effraya le parti catholique. Les pays dévoués au Saint-Siège, la Bavière, l'Autriche, le Brandebourg, l'interdirent. Le duc Georges ordonna de saisir tous les exemplaires répandus dans ses États, et demanda à ses théologiens de Leipzig de juger et de condamner l'œuvre de Luther; mais « ces paresseux» firent attendre leur jugement. Emser alors y suppléa en publiant (1523) un écrit dans lequel il relevait plus de 1400 erreurs dans la version incriminée. II comptait comme erreur toute déviation de la Vulgate. Puis il se mit lui-même à traduire le Nouveau Testament. En d'autres termes, il copia servilement le texte de Luther corrigé par la Vulgate, et le lança dans le monde comme contre-poison*.

Tandis que le Nouveau Testament s'imprimait, Luther entreprit de traduire l'Ancien, ce qu'il n'avait pas osé faire

1 Voir Seidemann, Erlàuterunqen, 50 ss.

à la Wartbourg ; œuvre immense et d'une difficulté singulière à une époque où l'on n*avait de Thébreu qu^une connaissance rudimentaire, où les ressources linguistiques faisaient à peu près défaut. Avec Faide assidue de Mélanchthon etd'AurogalIus, qui enseignait Phébreuà Wittenberg, il se mit à la tâche. Il y apportait son génie; eux, leur science plus grande ou plus précise que la sienne. Ils avaient, comme texte , une édition imprimée à Brescia en 1494, édition que la Bibliothèque de Berlin possède encore aujourd'hui ; et pour guides, la traduction des Septante, la Yulgate et les commentaires de Nicolas à Lyra. Ils prirent une peine inimaginable dont Luther aime à parler dans ses préfaces. Un seul verset de Job, par exemple, les arrêtait des jours entiers; mais rien ne lassait leur patience; ils voulaient donner à TAllemagne une version plus belle que n'est la Yulgate pour les Latins, et ils réussirent. Si la traduction est libre parfois et s'éloigne visiblement du texte, rien n'égale par contre la beauté de la langue, forte, expressive et populaire. La première partie du travail fut achevée en décembre, et en 1523 deux impressions successives parurent chez Melchior Lotther, une autre chez Hans LufiFt également à Wittenberg, puis d autres encore à Augsbourg, à Bâle, etc. — La seconde partie, comprenant les livres historiques, de Josué à Esther, parut en Tannée 1524; puis dans la même année une troisième renfermant Job, les Psaumes, les livres de Salomon. L'œuvre alors fut interrompue : les luttes du jour, les travaux incessants forcèrent Luther à en remettre la suite a des temps plus faciles.

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