CHAPITRE V
HENRI VIII, ROI d'Angleterre'.
Alors que Luther était encore à la Wartbourg, un livre parut à Londres sous ce titre : Défense des sept sacrements contre Martin Luther. L*auteur n*en était rien moins qu'un homme portant couronne, Henri VH!, roi d'Angleterre '.
Ce prince, élevé loin des afiaires par un père soupçonneux et jaloux, avait passé sa jeunesse dans les plaisirs et dans Tétude des lettres. Né avec un tempérament excessif et le germe de toutes les passions violentes, il s'était adonné, faute de mieux, à la théologie scolastique. Devenu roi, il se fit le protecteur et l'ami des humanistes, aspirant lui-même à toutes les dominations et à tous les genres de succès^ Saint Thomas d'Aquin était son maître préféré. Ce tyran qui, plus tard, sépara de Rome TËglise d'Angleterre, était alors plein de zèle pour la papauté; et les doctrines de Luther qu'il avait appris à connaître dans ce terrible livre de la Captivité de Rabylone lui étaient odieuses. Pendant la diète de Worms, il avait écrit à l'empereur Charles-Quint, conjurant celui-ci de détruire par le fer et par le feu la détestable hérésie; puis, cédant à sa haine et peut-être aussi à quelque secrète vanité littéraire, il entreprit de réfuter lui-môme le grand hérétique, dans un livre savant.
' V. CoLLiEB, EccL Hist. of G. Briu — Polydor. Virgile, AngL Hist, Baie, 1570. — Sarderus, De schismate anglicano. — Lihgard, UiS' toire (T Angleterre, — Burket, Hist, Ref, EccL Anglic.
• Walch., XIX, 158 ss. On a soupçonné Thomas Morus, Jean Fischer, Érasme même, d'avoir mis la main au livre du Roi.
LCTHER. SA VIE ET SON ŒUVRE. i21
L'ouvrage qu'il écrivit, avec l'aide de ses théologiens, n'est dépourvu ni d'adresse, ni de talent, ni de ecience scolastique. Henri débute par s'excuser de sa condescendance : « Quand l'Église, dit-il dans sa préface, n'était point attaquée, elle n'avait nul besoin de champion. Aujourd'hui s'est levé contre elle un adversaire tel que les temps passés n'en ont point connu de semblable, un homme qui, poussé par une inspiration diabolique, se vante d'agir par charité chrétienne, qui,, plein de colère et de haine, jette son venin de serpent sur l'Église tout entière. Contre cet ennemi commun de la foi chrétienne, tout serviteur de Christ, quels que soient son âge, son sexe ou sa position, doit se lever. »
Puis il défend avec un grand appareil scolastique les doctrines attaquées : les. sacrements, l'indulgence, la primauté du Pape ; il expose les opinions des Pères, la foi de l'Église, et il signale les variations et les inconséquences de Luther» Le fond de l'argumentation ne diffère pas beaucoup de ce que nous avons vu chez ses autres adversaires; mais le ton est hautain, méprisant, injurieux; on y sent à chaque ligne la main d'un roi plus apte à frapper qu'à discuter. Il traite Luther d'être malfaisant, dépravé, impie, d'une indicible méchanceté, qui sème la tempête, et toutefois n'est pas capable d'agiter un roseau. Il l'appelle cœur de boue, loup d'enfer qui rugit contre le fidèle berger, etc., etc.
Le pamphlet royal eut, on peut bien le penser, un immense retentissement. Les courtisans l'acclamèrent comme une œuvre d'incomparable inspiration.
Le pape LéonX, auquel il était dédié, le reçut solennellement, en plein consistoire, avec force louanges pour son auteur; et dans une bulle, il conféra à Henri YIIl et à ses successeurs le titre de « Protecteur de la foi » . Dix ans d'indulgences étaient accordés à tous ses lecteurs. Emser, sur l'injonction du duc Georges, le traduisit en allemand *.
ï Schuti und Handlung der sieben Sacramente, wider Mart, Luther, Sans
L'attaque, de si haut qu'elle vint, n'intimida point Luther. C'était le temps où la persécution sévissait dans les Pays- Bas, 011 sa propre personne était menacée, où l'on parlait de sa fuite prochaine en Bohème. Irrité de cette haine persistante de ses adversaires contre « son Évangile » ; fetigué des conseils de ses amis qui justement lui reprochaient alors les violences de sa propre polémique, il n'écouta que son ressentiment et résolut de ne pas plus respecter le Roi que oelui-ci ne l'avait respecté lui-même \ « Il faut que je réponde à ce lion plein de rage ' qui se cache sous la peau d'un roi d'Angleterre : l'ignorance qui perce dans son livre est digne de lui, la violence, l'esprit de mensonge qui l'anime ne sauraient être que de lui. Satan rugit contre moi; mais je l'irriterai chaque jour davantage... »
« Je ne serai pas plus doux envers le roi d'Angleterre que je ne l'ai été contre les évêques hypocrites '. C'est en vain que je m'humilie, que je cède, que je conjure, que je tente de les gagner. Non, je serai plus dur que jamais, et je vais blesser Satan jusqu'à ce qu'il se détruise lui-même, ^^'attendez pas que je les épargne ^. »
Sa réponse parut au mois d'août : Contra Henricum regem Angliœ *. Elle est dédiée à Sébastien Scblick, ce gentilhomme de Moravie qui lui servait d'intermédiaire auprès des églises de Bohême. On en fit une traduction allemande après qu'Emser eut traduit le livre de Henri VIII. — Le ton n'en est ni plus ni moins violent que celui de beaucoup d'autres de ses écrits polémiques ; mais ici l'adversaire est un roi, et
nom cl*auteur ni d'imprimeur, — sans aucun doute, à Leipzig. — Avec une dédicace d'Ëmser à la duchesse Barhara de Saxe. Wàlch., XIX, 155 ss.
^ L'Électeur, Spalatin, Mélanclitlion, Bugenhagen réunirent leurs efforts, .sinon pour Tempêcher de répondre, au moins pour le modérer.
^ Edouard Lée, chapelain de Henri VIII, puis archevêque d'York.
• Allusion à son livre : Contre Vétat ecclésiastique y dont Spalatin blâmait la viulence.
^ Lettres à Spalatin du 4 et du 26 juillet 1522. — De W., Il, 216 et
« Op., VI, 382 ss. — Ebl. XXV[|I, 343 ss.
SA MK KT SON ŒUVUE. 12^
il feut avouer qu'il le traite comme le plus vulgaire de ses antagonistes. Le respect lui fait absolument défaut.
«Je ne connais point Fopprobre du nom bohémien. C'est plutôt une gloire devant Dieu; mais Christ m'a mis ici à cette place pour être le tourment des monstres papistes. C'est par moi qu'il veut les frapper et briser leur malice. Ici donc j'attendrai les coups de leur haine impuissante, et je les torturerai aussi longtemps que je vivrai; s'ils me tuent, je les crucifierai d^autant plus. Christ, mon Seigneur, m*a posé devant eux comme un signe redoutable, afin que, soit qu'ils me laissent vivre, soit qu'ils me tuent, il n'y ait plus ni grâce, ni paix, ni consolation dans leur conscience ; qu^ils soient brûlés par une double contrition, et que par la croix de leur haine présente, ils méritent la torture éternelle de la géhenne. Vous connaissez la mort abominable du Pape '. Son destin inéluctable s'est accompli; et, comme le dit Daniel, « il est arrivé a à son terme, et il n'y a personne qui le secoure » . Nous concourons tous, les uns et les autres, à la même œuvre, eux par leur fureur extrême, moi par mon mépris souverain; et mon audace, qui s'appuie sur Jésus-Christ, vaincra encore ces dernières fureurs*. »
Sa colère ne l'empêcha pas d'être très-clair, très-net et très-pénétrant dans la réfutation des arguments de Henri YIII. II se plaint d'abord de ce que tous ses adversaires n'avancent contre lui que des doctrines contestables, des opinions de docteurs et de Pères, sans les prouver; puis il fait une distinction entre les doctrines que lui-même a enseignées. «Les unes, dit-il, traitent de la foi, de la charité, des bonnes oeuvres, de l'espérance, de la croix, de la mort, du baptême, de la repentance, du sacrement de l'autel, de la loi de Dieu, du péché, de la grâce, du libre arbitre, de Christ, de Dieu, du jugement dernier, du ciel et de l'enfer, de l'Église chrétienne. Ce sont là des doctrines que, pour son salut, tout
> Léon X, mort le l«f déc. 1521.
« De W., II, 233.
chrétien doit connaftre. Je n'ai jamais varie sur ce point, j'y persévërerai donc ëtemellement; et quiconque enseigne autrement ou condamne ce que j'ai enseigne, est condamné de Dieu et ne peut être qu'un fils de l'enfer; car je sais que ces doctrines ne sont pas de moi.
« Quant aux articles concernant la Papauté, les évéques, l'état ecclésiastique, les conciles, l'indulgence, le Purgatoire, la messe, le culte des saints, les neuf sacrements, etc., etc., ces choses sont aussi étrangères à l'Écriture sainte que l'ivraie au champ de Dieu. C'est le diable qui les a semées. Au commencement j'ai traité de ces matières avec une grande douceur; je reconnaissais même la Papauté, ne sachant pas encore combien elle est opposée à l'Écriture. Ce sont mes adversaires qui, en plaçant leur idole sur le trône de Dieu, m'ont fait comprendre ce mystère d'iniquité. Voilà pourquoi mes derniers livres ont corrigé et réfuté mes premiers, et pourquoi aussi j'ai dû rétracter ce que j'avais d'abord inconsidérément accordé. Dût le roi d'Angleterre s'en scandaliser, je regrette aujourd'hui tout ce que j'ai pu écrire autrefois de favorable touchant le Pape et l'état ecclésiastique. Je regrette plus vivement encore la concession que j'ai faite à Worms, à l'Empereur, de soumettre ma doctrine à des juges arbitres. Ayant la certitude d'être dans la vérité, je n'aurais jamais dû avoir une folle humilité. »
Gela dit, il relève chacune des accusations du Roi^ et appuyé sur l'Écriture sainte, la seule autorité légitime qu'il consente à reconnaître, il aborde successivement d'une façon magistrale tous les points contestés : l'indulgence, la Papauté, le sacrement de la Gène, le sacrifice, etc.
Cette longue et pressante argumentation est tout enveloppée d'ironie parfois fort grossière, de traits incisifs et cruels. 11 rend au Roi coup pour coup, injure pour injure : « Le roi Henri a fourni une ou deux aunes de drap grossier, et le venimeux Lée, l'ennemi d'Érasme, ou quelqu'un de ses pareils, a taillé l'habit. Je me charge d'y attacher les
grelots Il injurie comme une fille publique en colère;
on voit bien qu'il n'y a pas une goutte de sang royal dans ses veines... Si un roi d'Angleterre ose ainsi vomir ses mensonges, n'ai-je pas le droit de les lui rejeter? Car cet homme blasphème contre la vérité chrétienne et jette de la boue sur mon Roi glorieux, sur Jésus-Christ dont je prêche la doctrine... C'est avec une conscience troublée qu'il écrit contre moi; car il sait bien que s'il possède le trône d'Angleterre, c'est grâce au meurtre et à regorgement de la race royale. Il craint qu'on ne recherche contre lui le sang répandu ; et voilà pourquoi, à l'exemple de tous ceux qui ont mauvaise conscience, il brigue tour à tour l'alliance du Pape, de l'Empereur et du roi de France, etc., etc. »
Cet écrit souleva un scandale universel. Jamais, en effet, prince n'avait été traité avec une pareille irrévérence. A la cour d'Angleterre, l'indignation se répandit en invectives et en menaces de mort contre le moine insolent. Le Roi dépêcha un héraut à l'électeur de Saxe, à son frère Jean, au duc Georges, demandant la punition du coupable, k de cette vipère tombée du ciel, qui jette son venin sur la terre, soulève les peuples contre les rois, et les prêtres contre le Pape » .
Frédéric lui répondit avec politesse qu'il était vivement peiné de ce qu'un homme quelconque eût pu manquer aux égards dus à un si grand roi; que le Roi, peut-être, avait eu tort de s'y exposer trop légèrement, mais que lui ne pouvait intervenir dans une affaire dont la solution avait été remise au prochain concile. —Le duc Georges, qui en saisit la diète de Nurenberg, n'eut pas un meilleur succès \ — Sa violence fut néanmoins vivement blâmée dans son entourage ; ses amis lui en firent des représentations, auxquelles il répondit comme toujours: «Vous ne comprenez pas... Christ et les apôtres ont agi comme moi envers les méchants et les perfides. . . Vous verrez un jour combien j'ai eu raison • . »
» Walch., XIV, 438 ss.
- I>E\W,<f II, 243. Lettre à un inconnu.
' 11 est certain qu^en même temps qu'il scandalisait les grands, les sa(];es, qu'il éloignait de sa cause les tièdes et les indécis, il enthousiasmait le peuple par Tàcreté même de sa polémique. On admirait en lui le héros au cœur intrépide, le seul homme au monde capable de faire entendre aux rois de la terre, à l'Empereur, au Pape, le langage de la yérité.
Cette réponse de Luther au livre du roi Henri clôt la série des grands ouvrages polémiques dans lesquels il établit et discute les principes fondamentaux de la Réforme en opposition avec l'Église romaine. L'antithèse est maintenant nettement formulée, et les deux partis irréconciliables. A la prétention de Luther de ramener toutes choses au témoignage des Écritures saintes, à la Parole de Dieu, à Jésus- Christ, comme à la dernière autorité, à la norme de la foi, et par là, à une expérience intime pour chaque chrétien, à quelque chose d'immédiat et de mystique, au témoignage du Saint-Esprit, les adversaires ont opposé l'autorité souveraine de l'Église, la foi à l'Église infaillible imposante par sa grandeur et sa catholicité, seule capable de donner aux âmes une religion certaine et de résister au flot de pensées individuelles. De part et d'autre tout ce qu'on pouvait dire a été dit, tous les arguments ont été échangés. Les luttes qui vont se poursuivre entre des adversaires désormais irrécon* ciliables n'ont plus la même importance.
C'est durant ces années (1522-1525) que la crise s*achève > que la séparation se fait, complète, irrémédiable, entre deux mondes ennemis que ni le temps ni les efForts des hommes ne réuniront plus jamais.
Les esprits modérés qui avaient mis leur espoir dans la sagesse d'un concile futur reviennent de leur rêve. Deux manières opposées de comprendre la foi chrétienne, la vie, la piété, l'Église, sont désormais en présence, et de part et d'autre on a compris Timpossibililé d'une conciliation. — Luther ne voit plus chez ses adversaires que des hommes
aveuglés» endurcis, fermés à toute lumière, ennemis de la vérité.
Ceux-ci Tabhorrent comme une personnification de Tesprit du mal, le destructeur de TÉglise et des antiques croyances. Ils se croient tout permis et se livrent contre lui à tous les excès. Ne pouvant le tuer, ils Taccusent de tous les attentats, fouillent sa vie très-pure, le calomnient et s'appliquent à le représenter au monde comme un homme adonné à tous les désordres \
Ses vieux adversaires, Eck, Eniser, continuèrent contre lui un incessant combat, mais sans portée'. Il dédaigna leurs attaques : « Emser est perverti, selon Texpression de saint Paul ; il faut l'éviter comme un homme qui pèche contre le Saint-Esprit.
a II ne vaut plus la peine de répondre à Eck; c'est un sophiste aviné.
« Le roi d'Angleterre, ce défenseur de l'Église, est digne d'avoir un tel soutien ; et celui-ci à son tour est digne d'avoir Emser pour défenseur. Ils vont bien ensemble. » — A l'occasion, ses amis répondaient pour lui '.
Cochlseus eut plus de chance. Ayant écrit un livre sur la Vertu du sacrement et la justification par la foi seule, livre dans lequel il rappelait qu'à Worms il avait en vain ofFert à Luther une dispute publique, et que celui-ci, touché de ses reproches, s'était mis à pleurer, Luther, à l'instigation d'un de ses amis, l'humaniste Guillaume Nessen^, le prit vivement à partie, et tout en se moquant des façons préten-
« De W., II, 461.
' Eck, Apoiogia contra Lutherum pro Angliœ Rege, — Emser, Traduction du livre de Henri VIII • Préface a un discours de J. Clerk, V. de W., VJ, 51- et H, 461.
^ Briesmann répond à un écrit du Franciscain i^chatzgeier, sur les vœux monastiques. (De W., II, 287.) — Jonas, à Jean Faber, sur le célibat. (De av., II, 355.) — Luther lui-même, à T Université d'Ingolstadt. (Eut., XXIX, 75 8S.)
^ Guillaume Nessen, humaniste, ami d'Érasme , embrassa la cause de Luther en 1521. Il périt dans TElbe en 1524. De W., II, 529.
128 L€THëU.
lieuses de son faible adversaire , résolut avec un graitd bonheur la contradiction plus apparente que réelle qui semble exister entre le sacrement et la foi. « Le sacrement, conclut-il, comme la Parole de Dieu, éveille et nourrit la foi; celle-ci seule justifie *. »
Gochiseus réplique par un mauvais et lourd pamphlet : « Adversus cucullatum minotaurum, Contre le minotaure en froc de Wittenberg, ce monstre homme et taureau, né de la Bohémienne Pasiphaé, victime des furies, efFrayant le monde par ses rugissements. » — Luther ne crut pas nécessaire de répondre à ces élucubrattons. « Il est inutile, dit-il, de réfuter de pareils livres, ils se réfutent d'eux-mêmes. Je suis d'ailleurs occupé à de meilleures choses ^. »
Gochlaeus, en représentant Luther sous les traits du minotaure, faisait allusion à un phénomène étrange apparu à Freiberg en Misnie. Il était né, disait-on, un veau monstrueux, portant froc et tonsure; avec le port et la bouche d'un homme, les gestes semblables à ceux d'un prédicateur en chaire. Vers la même époque, on disait qu'on avait vu à Rome, flottant sur le Tibre, un àne épouvantable portant la tiare. La crédulité populaire voyait dans ces sottes apparitions des prodiges célestes redoutables. Luther lùi-méme, qui, par l'imagination, était un homme du peuple, en fut frappé comme tout le monde, et crut y reconnaître un signe de Dieu (portentum) présageant de grandes calamités. Il se mit, de concert avec Mélanchthon, à les interpréter, y vit un avertissement divin annonçant la chute du monde ecclésiastique, la destruction de l'Église, la fin prochaine du monde, etc. — Les prophéties bizarres des deux grands théologiens,- illustrées par de nombreuses gravures, eurent
^ Adversus armatum virum Cochlœum, Traduit sous ce titre : Wider den gewaffneten Mann Cochlœus, etc. — Op., VII, 44 ss. — Walcb., XIX, 689 ss. — Voir de W., II, 307, 473, et Seidemann, Beitràgcy 107, 202 ss.
a L. à Spalatin. De W., II, 473.
mn succès immense (1523), furent lues dans foutes les classes de la société et cent fois réimprimées '.
Une lutte de moindre importance occasionnée par le duc Georges de Saxe eut alors un certain retentissement. — Le , duc Georges, toujours brûlant de zèle pour TÉglise, toujours aigri contre Luther, en quête de tout ce qui pouvait réveiller Tantique foi battue en brèche par Thérésie victorieuse, avait eu l'idée peu heureuse de demander au Pape la canonisation de Benno*, évéque de Mtsnie, dont le souvenir odieux à TAllemagne était resté cher à Tultramontanisme. Cet évéque qui vivait au temps de la fameuse querelle de Grégoire VII et de l'empereur Henri IV, seul de tous les prélats de TAllemagne, avait pris parti pour le Pape. — Emser fit la légende du saint, et bientôt après une bulle d'Adrien VI, datée du 31 mai 1523, l'éleva au rang des Bienheureux. On chercha à passionner le pays de Saxe pour le culte de cet étrange saint'.
Luther, irrité de ce déB jeté au bon sens et aux susceptibilités nationales, prit la plume et écrivit un virulent pamphlet contre « la nouvelle, idole ^ » .
a L'histoire, y dit-il, raconte que l'évéque Benno était aux côtés du pape Grégoire VII, quand celui-ci ravit à notre empereur Henri IV ses biens, son pays, son honneur; mais qu'importe ce que cet homme a été dans sa vie? Il est main- . tenant, comme tous les autres morts, devant son juge. — Le pape Adrien, qui vient de brûler à Bruxelles de véritables saints, des martyrs, est vraiment digne de canoniser cet Jiomme complice des meurtriers. — Qu'est-ce d'ailleurs que ce culte qu'on rend aux saints morts? Une superstition, une
ï Erl., XXIX s8. — DeW.,11,301.-. SEiD.,BeiVr., ^00. — G. R., XX, 665 ss.
2 11 mourut en 1106 ou 1107.
® La bulle d'Adrien, dans Wàlch., XV, 8756 83.
4 Wider den neuen Ab,i;otc und alcen Tcufel der zu M eissea soll erheben werden. Erl., XXIV, 357 sa. — De W., H, 537.