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de Jësuft-Christ glorifié est toute pénétrée de la divinité, elle apporte avec elle la vie, les biens éternels et une puissance de résurrection; elle nous lie à Dieu, à la communion des saints ; elle feit de nous tous le corps spirituel de Jésus-Christ, qui est FÉglise.
La dernière partie de l'écrit est une confession générale de sa foi, depuis le « haut article de la majesté divine » jusqu'à celui de la résurrection et de la vie éternelle. A cette heure solennelle Luther a voulu rentrer dans sa conscience et sonder son œuvre. Il l'a fait avec une simplicité, une loyauté et une grandeur dans des pages trop belles pour que nous ne les rendions pas ici tout entières \ Les voici : . « Voyant que les erreurs et les sectes ne font qu'augmenter avec le temps, que Satan ne cesse ses attaques furieuses, et afin qu'après ma mort ou même de mon vivant, on ne puisse invoquer mon nom et s'appuyer sur mes écrits pour répandre Terreur, ainsi que les sacramentaires et les anabaptistes ont déjà tenté de le faire, je veux, avant de quitter celte vie et de comparaître au tribunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ, confesser ici, devant Dieu et devant le monde entier, article par article, la foi à laquelle j'espère demeurer fidèle jusqu'à ma mort. — Et pour qu'on ne dise pas alors : Si Luther vivait aujourd'hui, il tiendrait un autre langage et enseignerait autrement tel ou tel de ses articles auquel il n*a pas suffisamment réfléchi, je déclare aujourd'hui pour toujours que tous ces articles, je les ai, grâce à Dieu, profondément médités, et à plusieurs reprises étudiés à la lumière des Écritures ; je les défendrai donc avec la même certitude avec laquelle j'ai défendu celui du Saint Sacrement de l'autel. Je ne suis ni ivre ni irréfléchi, je comprends la portée de mes paroles, et je sais que j'aurai à en répondre au juge-
1 Cette dernière partie i souvent été publiée à part sous le nom de la Grande Confession du D^ Martin Luther,
ment dernier,* à la venue de Notre-Seigneur Jësus-Ghrist. Que personne donc ne les prenne légèrement et ne leur donne un sens qu^elles n'auraient pas. Si Satan, que je connais bien, par la grâce de Dieu, réussit à fausser et à pervertir la Parole divine, que ne peut-il faire de ma parole et de celle de tout autre homme?
f( Premièrement, je crois de tout mon cœur le haut article de la Majesté divine; je crois au Père, au Fils et au Saint- Esprit, trois personnes distinctes, un seul vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre et de tout ce qui existe ; cela contre les Ariens, les Macédoniens, les Sabelliens et autres hérétiques [GenèsCy i, 1). — C'est ce qu'a toujours enseigné l'Église romaine et toutes les Églises du monde.
n Secondement, je crois et je sais, selon l'enseignement des Écritures, que la seconde personne de la Divinité, à savoir le Fils seul, a été fait homme, a été conçu du Saint-Esprit, sans la coopération de l'homme, est né de la pure et sainte Vierge Marie, sa véritable et naturelle mère, ainsi que saint Luc (i, 26) le décrit clairement et que les prophètes l'ont annoncé. Ce n'est pas, ainsi que certains hérétiques l'ont enseigné, le Père ou le Saint-Esprit qui sont devenus homme.
« Je crois, contrairement à l'opinion de quelques héréti-^ ques, que Dieu le Fils n'a pas seulement revêtu un corps, d'homme sans l'àme, mais qu'il a revêtu l'âme aussi, c'est-àdire une entière et complète humanité, enfant d'Abraham et de David, vrai fils de Marie, de toutes façons un homme véritable comme moi et tous les autres hommes {Héb,, ec, 26), hormis qu'il est né sans péché, de la Sainte Vierge Marie, par le Saint-Esprit.
«Je crois que cet homme est véritablement Dieu, une éternelle, inséparable personne divine et humaine à la fois, de telle sorte que la Sainte Vierge Marie n'est pas seulement la mère de Fhomme Christ, selon l'opinion des Nestoriens, mais la mère du Fils de Dieu, ainsi que le dit saint Luc :
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« Ce qui naîtra de toi s'appellera le Fils de Dieu » , c'est-àdire mon Seigneur et le Seigneur de tous, Jësus-Ghrist, fils unique, véritable, de Dieu et de Marie, vrai Dieu et vrai homme.
« Je crois aussi que ce fils de Dieu et de Marie, Notre-Seigneur Jésus-Christ, a souffert pour nous, pauvres pécheurs, qu'il a été crucifié, qu'il est mort et qu'il a été enseveli pour nous délivrer, par son sang innocent, du péché, de la mort, de l'éternelle colère de Dieu, et que, le troisième jour, il est ressuscité de la mort, il est monté au ciel et s'est assis à la droite de Dieu, le Père Tout-Puissant, Seigneur sur tous les seigneurs. Roi sur tous les rois, sur toutes les créatures au ciel, sur la terre ou sous la terre, sur la mort et sur la vie, le péché et la justice.
a Car je confesse, et je puis prouver par TÉcriture, que tous les hommes sont nés d'un seul homme, Adam, et qu'ils héritent de la chute, de la coulpe, du péché dont Adam, séduit par la malice du Diable, s'est rendu coupable dans le Paradis ; qu'ainsi tous sont nés, vivent et meurent dans le péché, et auraient à subir la mort éternelle si Jésus-Christ n'était pas venu à notre aide, et comme l'agneau innocent, n'avait pris sur lui notre coulpe et notre péché, ne les avait expiés par ses souffrances, et chaque jour encore, n'intercédait pour nous, Médiateur fidèle et miséricordieux, Sauveur, seul prêtre et évéque de nos âmes.
« Par conséquent je repousse et je condamne toute doctrine qui exalte notre libre arbitre, comme erronée, comme entièrement opposée à la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Car puisque, hors de Christ, la mort et le péché sont nos maîtres, le Diable est notre Dieu et notre prince, il ne sau-raît y avoir ici ni puissance, ni volonté, ni raison capables de nous conduire à la justice et à la vie. Nous sommes, au contraire, aveugles, prisonniers, captifs du péché et du Diable qui nous pousse à penser et à faire ce qui lui plait, contre Dieu et ses commandements.
«Je condamne donc les nouveaux et les anciens Pélagiens qui font du péché orig;ineI non un péché, mais une simple privation, un malheur. Si la mort a passé sur tous les hommes, il faut bien que le péché originel soit, non une simple privation, mais le plus grand des péchés. Saint Paul dit en effet : « Le salaire du péché, c^est la mort. » (fiom., VI, 27.) « L'aiguillon de la mort, c'est le péché. » (/ Cor,^ XV, 54.) Et David : « Voici, j'ai été conçu dans le « péché; ma mère m'a porté dans le péché. » — C'est moi, moi qui ai été conçu dans le péché. J'ai vécu et grandi dans le péché. Tel est le sens du texte hébreu.
« Gonséquemment je rejette et je condamne, comme une erreur et comme des sectes diaboliques, les Ordres, les Règles, les couvents, tous ces vœux, toutes ces œuvres que les hommes ont inventées et fondées en dehors de l'Écriture, bien que de grands saints aient vécu dans ces Ordres. Ils ont été séduits par l'esprit de leur temps; ils se considéraient comme les élus de Dieu, et pourtant ils n'ont pu être sauvés que par la foi en Jésus-Christ. Ces Ordres, ces couvents, ces sectes ne reposent que sur cette opinion, que par les œuvres et les voies qu'ils proposent, on peut être sauvé, échapper au péché et à la mort. Une telle pensée n'est qu'un hoi'nble blasphème, un reniement de la seule voie de salut qui existe, de la grâce de notre Sauveur et Médiateur, Jésus-Christ. « Car il n'y a aucun autre nom sous le ciel par lequel nous « puissions être sauvés. » {Actes, iv, 12.)
a II est impossible qu'il y ait un autre Sauveur, une autre voie, une autre manière d'être sauvé que la seule Justice qui est en Jésus-Christ, justice qu'il nous communique, qu'il offre pour nous au Père. Elle est notre unique Trône de Grâce. (Rom., v, 25.)
ft Ce serait certes une choses excellente que d'avoir des couvents où l'on enseignerait aux jeunes gens la Parole de Dieu, les Écritures, la discipline chrétienne, où Ton forme-
raît des hommes habiles, évéques, pasteurs, serviteurs de rÉglise, des hommes capables de conduire les affaires de l'Etat; où Ton instruirait aussi des femmes intelligentes, aptes à diriger leur maison, à élever leurs enfents. Mais c'est une doctrine diabolique que d'y chercher une voie de salut. (/ Tim., iv.)
« Mais voici les saints Ordres, les saintes institutions établies de Dieu : le ministère pastoral, l'état de mariage^ l'autorité séculière. Tous ceux qui exercent une charge pastorale, qui sont au service de la Parole, appartiennent à un Ordre saint, bon, agréable à Dieu.
« Tous ceux qui prêchent, administrent les sacrements, président à la caisse commune, sacristains, messagers, serviteurs de l'Église, accomplissent de saintes œuvres pour Dieu.
«Tous ceux qui, père ou mère, conduisent bien leur maison, élèvent et disciplinent leurs enfants, sont dans l'Ordre de Dieu et font de saintes œuvres. Il en est de même des enfants soumis à leurs parents, des domestiques obéissant à leurs maîtres. Les princes, les juges, les employés, les serviteurs et les servantes, ceux qui commandent et ceux qui servent fidèlement sont dans l'Ordre de Dieu et dans la vie sainte. Ce sont là les trois Ordres divins, renfermés dans la Parole et dans le commandement de Dieu.
« Au-dessus de ces trois institutions est Tordre général de l'amour chrétien, qui consiste à venir en aide à tous les malheureux, à nourrir les affamés, à abreuver les altérés, à pardonner à l'ennemi, à prier pour tous les hommes^ à souffrir toutes sortes de maux sur la terre. Voilà les œuvre» bonnes, pures, saintes. Et néanmoins elles ne sont point des voies de salut. La seule voie reste toujours la foi en Jésus* Christ.
a Autre chose, en effet, est d'être saint; autre chose, d^être sauvé. Sauvés, nous ne pouvons l'être que par Christ seul; saints, nous le sommes, et par la foi en lui, et par ces ordres, et ces établissements divins. Des impies même peuvent
avoir beaucoup de sainteté ; ils a' en sont pas sauvés pour autant, car Dieu réclame de chacun de nous ces œuvres, pour sa gloire et pour son honneur. Ceux qui sont sauvés par la foi en Christ, les accomplissent.
« Tout ce qui vient d'être dit de Tétat de mariage concerne aussi les veufs et les jeunes gens, en tant qu'ils font partie de la maison et la servent. Or si ces saints Ordres et ces divines institutions sont impuissants à nous donner le salut, codu*ment les Ordres monastiques, établis sans la Parole de Dieu, en opposition à Tunique chemin du salut, qui est la foi, pourraient-ils nous sauver?
a Troisièmement, je crois au Saint-Esprit, un seul vrai Dieu avec le Père et le Fils, qui procède éternellement du Père et du Fils, un avec eux d'essence et de nature, mais séparé comme personne. C'est lui qui répand sur les croyants la foi, grâce divine, vivante, éternelle; qui les réveille de la mort, les délivre du péché, les console, les rend libres, joyeux, et rassure leurs consciences. C'est l'Esprit qui nous rend témoignage que Dieu est notre Père, qu'il nous pardonne nos péchés et qu'il nous donne la vie éternelle.
ft Voilà le Dieu dans l'unité des trois personnes, qui s'est donné entièrement à nous avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il possède. Le Père se donne avec le ciel, la terre, et met la création tout entière à notre usage et à notre service. Mais ce don du Père, la chute d'Adam l'a obscurci et rendu vain. C'est pourquoi le Fils est venu à nous, avec son œuvre, ses souffrances, sa sagesse, sa justice; il nous a réconciliés avec le Père afin que, rendus à la vie et à la justice, nous puissions le connaître et le posséder.
a Mais une telle grâce ne servirait à personne si elle restait cachée, incomprise. C'est pourquoi l'Esprit vient à nous, il nous enseigne les mérites de Jésus-Christ, nous apprend à les reconnaitre, à les recevoir, à les répandre, à les confesser. Il opère en nous, intérieurement et extérieurement : intérieurement, par la foi et les dons spirituels; extérieure-
ment, par rÉvangile, le baptême, le sacrement de Tautel, trois voies bënies par lesquelles il nous communique les souffrances de Jésus-Christ et les tourne à notre salut.
« C'est pourquoi j'affirme que, de même qu'il n'y a qu un seul Évangile et un seul Christ, il n'y a aussi qu'un seul Baptême, et que ce Baptême, comme l'Évangile, est d'institution divine. Et de même que l'Évangile ne perd pas sa valeur par ce motif que quelques-uns l'enseignent mal, le dénaturent ou n'y croient point, de même le Baptême conserve toute son intégrité, bien que quelques-*uns le reçoivent, l'administrent sans foi ou en abusent. Je rejette donc absolument et je condamne la doctrine des Anabaptistes, des Donatistes ou des sectaires, quels qu'ils soient, qui administrent un second baptême.
«Je dis aussi et je confesse que,dans le sacrement de l'autel, avec le pain et le vin, nous mangeons véritablement le corps de Jésus-Christ, et nous buvons son sang, alors même que les prêtres qui l'administrent ou ceux qui le reçoivent ne croiraient pas ou en abuseraient; car le sacrement ne tire pas sa valeur de la foi ou de l'incrédulité de l'homme, mais de la Parole et de l'institution de Dieu. Quant aux adversaires du Sacrement, ils n'y trouvent, en vérité, que du pain et du vin, car ils n'ont ni la Parole, ni l'institution, puisqu'ils dénaturent et pervertissent l'une et l'autre au gré de leurs caprices.
« Je crois ensuite, et je confesse qu'il existe ici-bas une sainte Église chrétienne, à savoir la communauté, l'associa* lion de tous les chrétiens qui sont dans le monde. C'est l'épouse du Christ et son corps spirituel^ dont il est le chef. Les évêques et les pasteurs n'en sont ni les maîtres ni l'époux, mais simplement les amis et les serviteurs, ainsi que l'indique le terme d'évéque, qui signifie surveillant, inspecteur.
« Cette chrétienté n'est point placée seulement sous la tutelle de l'Église romaine ou du Pape. Elle est partout, dans le monde entier; car les prophètes ont annoncé que l'Évangile devait être prêché partout le monde (Psaumes ii et xix). Lia
chrétienté est donc partout corporel lement dispersée, chez le Pape, chez les Turcs, les Persans et les Tartares, mais elle est unie spirituellement en une seule foi et en un seul ÉvangilCy sous un même chef, Jésus-Christ. La papauté est bien certainement le règne de TÂntechrist, la vraie tyrannie antichrétienne qui, assise au temple même de Dieu, impose à TÉglise des commandements d'hommes, ainsi que Font prédit Jésus-Christ et saint Paul (Matth., xxiv et// Thess., n). Sans doute les Turcs et tous les hérétiques, quels qu'ils soient, commettent aussi cette abomination de siéger dans le Lieu saint; mais ils sont peu de chose à côté de la papauté.
tt Là, dans cette chrétienté, oii qu^elle soit, se trouve le pardon des péchés. Elle est le règne de la grâce et de la véritable indulgence. C'est là qu'est l'Évangile, le sacrement de Tautel où la rémission des péchés est offerte et reçue; c'est là qu'est le Christ avec son Esprit, c'est là qu'est Dieu. En dehors de cette chrétienté, il n'y a ni salut ni rémission des péchés, mais la mort éternelle et la damnation. Toutes les apparences de sainteté, toutes les bonnes œuvres qu'on peut accomplir en dehors d'elle, sont en pure perte. Et la rémission des péchés ne s'obtient pas une seule fois, dans le Baptême, par exemple, ainsi que l'enseignent les Novatiens, mais aussi souvent et autant de fois qu'on en a besoin, et cela jusqu'à la mort,
tt Quant à l'indulgence que l'Église distribue, c'est un mensonge et un blasphème, non-seulement parce que cette Église, au-dessus de la grâce universelle qu'apportent l'Évangile et le Sacrement dans la chrétienté entière, a inventé et imposé une grâce particulière, et par là déshonoré la rémission ordinaire des péchés, mais surtout parce qu'elle fonde la satisfaction pour le péché sur des œuvres humaines et sur le mérite des saints. Or, Christ seul peut satisfaire et a satisfait pour nos péchés.
« Quant aux morts, comme l'Écriture ne nous révèle rien, j'estime qu'il n'y a point de péché à prier pour eux, dans un
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sentiment de libre piété. Rien n'empêche de prier ainsi : « 0 Dieu, si tel est Tétat des âmes qu'on puisse les seconrir « encore, fais-leur miséricorde. » Faites cette prière une fois ou deux, puis abstenez-vous; car les vig;iles, les messes pour les morts, loin d'être d'aucune utilité, sont plutôt des marchés du Diable.
ft L'Écriture ne nous dit rien non plus du Purgatoire; ce sont des esprits mal&isants qui l'ont inventé, et j'estime qu'il n'est pas nécessaire d'y croire. Sans doute, à Dieu toutes choses sont possibles, et II peut jeter dans la souffrance les âmes après leur départ du corps; mais comme II n'en a rien dit, ni rien fait écrire, Il ne veut donc pas quW y croie. Je connais un bien autre purgatoire, mais il est inutile d'en parler à tout le monde, et contre celui-là ni messes ni vigiles ne servent.
« D'autres, avant moi, ont attaqué l'invocation des saints, je m'en réjouis, car je crois aussi qu'il ne faut invoquer que Jésus-Christ seul comme notre Médiateur. C'est ce que rÉcriture nous enseigne avec certitude. Elle ne nous dit rien touchant l'invocation des saints ; par conséquent il y a là une incertitude, et l'on ne doit pas y croire. Je maintiendrais volontiers l'onction faite selon l'esprit de l'Évangile (Marc, vi, 15; — Jacques, v, 14), mais c'est en vain qu'on essaye d'en faire un sacrement. De même qu'un sermon sur la mort et la vie éternelle, des exhortations et des prières lors des funérailles, à la manière des anciens, remplaceraient avantageusement les vigiles et les messes des morts, il vaudrait mieux aussi qu'on priât pour les malades et qu'on les exhortât. Que celui qui, à côté de cela, veut les oindre d'huile, le fasse librement, au nom de Dieu.
« On ne doit pas faire non plus des sacrements, du mariage et du sacerdoce ; ces deux institutions sont assez saintes en elles-mêmes. La pénitence n'est pas autre chose que l'exercice et la puissance du Baptême. Il ne reste donc que deux sacrements, le Baptême et la Gène du Seigneur. C'est par
eux et par l'Évangile que le Saint-Esprit nous oflFre et nous communique le pardon de nos péchés.
ft Je tiens la messe pour la plus grande des abominations, pour autant qu'on fait d'elle un sacrifice, une bonne œuvre, et qu'on l'achète. Toutes les fondations pieuses, tous les couvents subsistent par elle; avec elle, s'il platt à Dieu, ils tomberont bientôt. J'ai été un bien grand pécheur, j'ai passé et j'ai perdu misérablement ma jeunesse, mais mes plus grands péchés ont été d'avoir été un saint moine, d'avoir, pendant plus de quinze ans, par toutes les messes que j'ai dites, oGFensé, irrité, martyrisé mon cher Sauveur. Loué soit-il éternellement de ce que, dans son inexprimable grâce, il m'a délivré de cette abomination, et de ce que, malgré mon ingratitude, il me maintient et me fortifie dans la vraie foi.
« J'ai donc conseillé et je conseille encore d'abandonner les couvents et de rentrer dans les vrais Ordres chrétiens, d'échapper à cette vie de messes et de sainteté blasphématoire, à ces vœux de chasteté, de pauvreté, d'obéissance, par lesquels on cherche à faire son salut. S'il a pu être louable, aux débuts de l'Église chrétienne, de vivre dans le célibat, cette vie est aujourd'hui détestable. Par elle on renie la grâce de Jésus-Christ; et l'on peut bien, sans toutes ces abo« minations, vivre chastement et purement. Je tiens pour choses indifférentes les images, les cloches, les habits sacerdotaux, les ornements d'église, les autels, les cierges, etc. Chacun est libre d'y renoncer; bien que les images tirées de la Sainte Écriture ou de bonnes histoires soient très-utiles, je demande qu'on en use en toute liberté, car je ne suis pas du parti des briseurs d'images.
« Enfin, je croisa la résurrection des morts au dernier jour, à la résurrection des justes et des méchants. Chacun y recevra en son corps, selon qu'il aura mérité : les justes vivront éternellement avec le Christ; les méchants mourront éternellement avec le Diable et ses anges. Je ne suis pas avec ceux
qai enseignent que les démons eux-mêmes finiront par arriver au salut.
a Telle est ma foi. Ainsi croient tous les vrais chrétiens, ainsi nous enseigne la Sainte Écriture. Si j'ai laissé quelques points dans Tombre, mes livres, particulièrement ceux que j^ai écrits dans ces cinq dernières années, y suppléeront. Je conjure tous les cœurs pieux de me rendre ce témoignage et de prier pour moi afin que je persévère dans cette foi et que j'y termine ma vie. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il m'arrivait, dans la tentation et dans les angoisses de la mort, de parler autrement, qu'on tienne ces paroles comme non avenues. Je déclare et je confesse publiquement qu'elles seraient injustes et inspirées du Diable. Que mon Seigneur et Sauveur Jésus- Christ, béni éternellement, me soit en aide! Amen. »
Luther, par ce grand témoignage rendu à sa foi, pensait mettre fin au combat. Il n'en fut rien. Zwingle et Œkïolampade répliquèrent ' ; Zwingle avec une amertume croissante et toujours avec la même impuissance à se rendre compte des pensées de son adversaire. D'autres, à sa suite, eatrèrent dans le débat. Dès lors cette polémique, entre des hommes que séparaient non-seulement leur doctrine sur le sacrement de la Gène, mais tout un ensemble de vues sur l'œuvre de Jésus-Christ, sur la nature et sur les conséquences du péchë et Tapplication de la grâce divine, fut longue, violente à Fexcès, et se tratna dans des redites. Luther, persuadé que Tobstination de ses adversaires venait de l'Esprit mauvais qui les animait, garda le silence.
' Ueber D. M. Luther's Bucli, Rekenntnîss genannt, zwo Antworten, Joh. OEcolampadîs und Huld. Zwingli. Zurich, 1528.