II
petits, et qui n'exigeait, pour être compris, qu'un peu de lecture et le cœur ouvert. La Bible lue, répandue, pénétrant toutes les couches de la société, donna une voix populaire à la Réforme, et, plus que tous les écrits théologiques, décida la victoire.
Les adversaires de la Réforme furent prompts à s'apercevoir de la puissance du livre. Cochiaeus, dans son histoire insultante de Luther, en fait la remarque : « Tous ceux, dit-il, qui savaient lire l'allemand, les cordonniers, les femmes, tous en un mot lisaient et relisaient ardemment le Nouveau Testament et finissaient par en graver le contenu dans leur mémoire. Ils portaient ce livre avec eux dans leur sein. Gela les rendait au bout de quelques mois si orgueilleux de leur science, qu'ils venaient effrontément disputer sur la foi et sur TÉvangile, non-seulement avec des laïques, mais avec prêtres et moines, voire même avec des professeurs et des docteurs en théologie. »
Dès que Luther eut achevé la première partie de sa Po$~ tille y il se mit d'un bon courage à la grande œuvre, seul d'abord, sans ressources linguistiques. Le 18 décembre 1521 , il annonce à son ami Lange, qui lui-même avait essayé de traduire l'Évangile selon saint Matthieu, qu'il va entreprendre la traduction du Nouveau Testament : « Poursuivez votre œuvre, lui dit-il. Plût à Dieu que chaque ville eût ainsi son interprète, et que ce livre fût seul sur les lèvres, dans les mains, sous les yeux et dans les cœurs de tous ' ! »
Il n'avait à sa disposition que le texte grec qu'Érasme avait colligé en 1519, et une révision toute récente de ce texte, que lui avait fait parvenir le juriste Gerbellius, de Strasbourg. Bientôt il se sentit accablé par la grandeur de l'entreprise ' : « C'est un fardeau qui dépasse mes forces.
• De W., II, 116.
* RiKOERER, I, 251. — La traduction du N. T. de Lange parut déjà en 1521. La première édition du texte d'Erasme est de 1516. — De W., VI, 489. V. Rbvss., Bibl. N. Test. Grœci, p. 30.
Je vois maintenant ce que c'est que de traduire FÉcriture sainte, et pourquoi personne, en lessayant, n*a encore osé y mettre son nom. Il m'est impossible de me mettre à l'Ancien Testament sans votre présence et votre aide. Si je pouvais trouver, chez quelqu'un d'entre vous, une chambre secrète, je viendrais bientôt, et, avec votre assistance, je traduirais toute la Bible ; nous aurions enfin une version digne d'être lue par les chrétiens; j'espère que celle que nous donnerons à notre Germanie sera supérieure à la version latine. C'est ujae grande et sainte œuvre que nous ferons ensemble pour le salut de tous. Répondez-moi si la chose est faisable ^ »
Ce projet n'eut pas de suite, Luther demeura seul et termina, avant son départ de la Wartbourg, la traduction du Nouveau Testament tout entier, traduction la plus belle, la plus expressive, la plus populaire en même temps qui ait jamais été faite en aucune langue vivante.
Passons à ses luttes. Celles-ci ne cessent jamais; et nul spectacle n'est plus singulier que celui de ce grand esprit livré à toutes les fougues d'une ardente polémique, dans le temps même ou «• • js si pures et d'une édification si
pénétrante sortent de sa plume.
Latomus, théologien de Louvain, avait publié un gros livre pour justifier la condamnation que sa Faculté avait prononcée contre les écrits de Luther. Le livre était d'une lecture fastidieuse. « Ils me croient donc mort, pour oser écrire de semblables inepties ! Il m'en coûte de m' arracher à mes douces études pour me commettre avec de pareils sophistes. Ces insensés croient donc que les bulles du Pape éveillent encore parmi nous les terreurs d'autrefois? Il faut néanmoins que je réponde à cet homme qui, de la plante des pieds au sommet de la tète, n'est qu'un sophiste '. »
1 Lettre à Amsdorf, 13 janv. i522, — De W., II, 123. •-* De W., II, 17 as.
20 LUTHEK.
N'ayant à sa disposition que sa Bible, il laissa de côté toute la partie historique concernant les opinions des Pères, et en quelques jours il rédigea sur la matière traitée par son adversaire, c'est-à-dire sur le péché et la grâce, un livre fort beaïj, et tout inspiré de Tesprit des Saintes Écritures. Les pensées qu'il met en lumière, dans ce remarquable ouvrage, sont celles que nous avons déjà vues au début de la Réforme : le péché compris dans son sens dramatique, révolte de l'homme contre Dieu, persévérant même chez les âmes régénérées, et les rendant impuissantes à accomplir la loi dans toute sa rigueur, la grâce intervenant et créant une justice nouvelle, imméritée, don d'en haut, mais apportant avec elle la paix, et produisant la sainteté par une incessante mortification.
Ses amis en furent ravis. Mathésius disait de ce travail : « A côté du Commentaire sur les Galates et des Lieux communs de Philippe, on n'a jamais rien écrit de si solide et de si parfaitement chrétien^ . » Il parait que Latomus lui-même n'y fut point insensible *.
Tout en continuant ses combats de plume contre Emser avec le mépris et dans le style que nous connaissons, il prit à partie la Faculté théologique de Paris. Celle-ci, après un silence trop significatif, avait extrait de ses écrits cent propositions et les avait condamnées comme fausses, antichrétiennes, scandaleuses et hérétiques, sans alléguer une seule
' Mathés., 4 déc.
^ Selneccer raconte à ce sujet un trait qui n'est peut-être que ié^rendaire : ■ Etant sur le point de mourir, Latomus fit appeler ses collè{>ues et leur dit en soupirant profondément : — La raison pour laquelle je vous ai fait appeler est pour vous protester que la doctrine de Luther, laquelle vous persécutez, est la vraie doctrine chrétienne et apostolique, et que la nôtre est impie et diabolique, de sorte que je crois être damné à cause de la pièce que j'ai écrite contre les luthériens, contre science et conscience, et dans la simple intention de vous plaire. On voulut le tranquilliser et le consoler, mais il répondit : — C'est peine inutile, c'est une vaine consolation que vous me donnez, car je suis damné sans ressource, n
preuve, saas discussion \ Elle poussa Tim pertinence jusqu'à comparer le livre de la Captivité de Babylone à TAlcoran; mais elle eut soin, en même temps, de ne point dire un mot de seshérésies contre le Pape, duseul point dont, à Rome, on était irrité et sur lequel avait porté toute la polémique des Sylvestre, Eck, Galharin, etc. — La Faculté de Paris, cette mère de toutes les Universités, entrant dans cette grande lutte qui commençait à agiter le monde, par une porte dérobée et pour n'y jouer qu'un rôle d'inquisiteur, audessous des « ânes » de Cologne et de Louvain , se déconsidérait. — Mélanhcthon répondit par son Apologie pour le docteur Martin Luther contre le décret des théologastres de Paris *. Luther se borna à traduire en allemand le jugement de la Sorbonne avec l'apologie de son ami, en ajoutant au tout une préface et une épilogue ironiques, méprisantes. « Le Pape leur a fait du mal; ils voudraient bien se venger de lui. Je repousse leur assentiment et ne désire point me commettre avec des drôles qui n'ont aucun amour pour la vérité et trahissent lâchement leur maître '. »
Il prit, du reste, la même liberté envers « ce maître » qu'envers les théologiens de Paris. Le Pape ayant accolé son nom à ceux des hérétiques, des hussites, des wicliffites, des adversaires de tous les temps que la bulle De Cœna Domini, lue solennellement dans toutes les églises, le jour du jeudi saint, charge d'anathèmes et maudit, il traduisit ces anathèmes en allemand avec des gloses de sa façon, et les dédia au Pape lui-même comme « un présent de nouvelle année » . Commentant les paroles du psaume deuxième, il y montre insolemment le Pape ivre, se levant de table et, dans un accès de fureur, jetant au monde, en un latin de cuisine, sa malédiction. Le titre seul du pamphlet en indique le ton : diDie Bulla vont Abend fressen des allerheiligsten Herrn, des
* 15 avril 1521.
2 Corp. Réf., I, 366 ss., 397 ss.
» Ebl., XXVII, 379 ss. — De V., II, 22, 40, 50, 54, 90.
Papstes : la Bulle de la ripaille du Saint-Père le Pape, au Saint-Siège de Rome, comme cadeau de nouvel an. Sa bouche est pleine de malédictions, de mensonges et d'avarice, etc. \ »
Sur ces entrefaites, l'archevêque Albert de Mayence, l'auteur inconscient et léger de tous les troubles ecclésiastiques qui agitaient l'Allemagne depuis le scandale de Tetzel, et qui, sous l'influence de quelques humanistes et en particulier d'un prédicateur éminent, Fabricius Capiton, paraissait incliner vers la Réforme, avait tout à coup repris dans sa résidence de Halle le trafic des indulgences, poursuivi et fait emprisonner quelques prêtres. Le Prince en ceci ne voyait qu'une affaire d'argent. A cette nouvelle, la colère de Luther s'enflamme, et il écrit un foudroyant pamphlet contre 1' « Idole de Halle » .
Capiton, qui connaissait par Spalatin les terribles dispositions du moine, était venu à Wittenberg, puis à la cour de l'Électeur; il intercéda, supplia qu'on arrêtât le scandale. Le duc Frédéric, qui protégeait Luther contre tous ses ennemis, n'entendait pourtant pas qu'il manquât au respect dil à un prince de l'Empire; il lui fit donc écrire qu'il eût à supprimer cet écrit... Luther répondit à Spalatin :
a Je ne sais si jamais lettre m'a été plus désagréable que votre dernière... D'abord je ne puis supporter que vous me disiez que le Prince ne souffirira point qu'on écrive contre le Mayençais et qu'on trouble la paix publique. Je vous perdrais plutôt, vous, votre Prince et n'importe qui. Si j'ai résisté au Pape, pourquoi céderais-je à sa créature?
« Vous dites fort bien qu'il ne faut pas troubler la paix publique, et vous souffririez qu'on trouble la paix éternelle de Dieu par ces œuvres impies et sacrilèges de perdition? Non pas, Spalatin; non pas. Prince; je résisterai de toutes mes
î Erl., XXIV, 164 ss.
forces, pour les brebis de Christ, à ce loup dévorant, comme j'ai résisté aux autres. Je vous envoie donc contre lui ce livre qui était déjà prêt quand votre lettre est venue ; elle ne m'y a pas fait changer un mot. Je devais toutefois le soumettre à l'examen de Philippe, afin qu'il y changeât ce qu'il eût jugé à propos. Gardez-vous de ne pas le lui transmettre ou de chercher à le dissuader. La chose est décidée ; on ne vou: écoutera point *. »
L'archevêque, averti, se hâta de mettre en liberté les prêtres captifs, et d'arrêter la vente des indulgences. Il se posait du reste en homme ami des lumières, et peut-être entrevoyait-il, dans la lutte générale qui se préparait, un rôle digne de son ambition. Spalatin prit alors sur lui d'empêcher la publication du livre. Luther, bien qu'irrité, céda : « O courtisans, vous ne croyez en Dieu que s'il s'abaisse à vos tempéraments. » — Néanmoins il voulut que l'archevêque connût bien sa pensée, et il lui écrivit en ces termes :
« Votre Grâce Électorale a sans doute gardé le souvenir des deux lettres que je lui ai adressées : la première au début de l'odieuse affaire des indulgences... Cette première et fidèle exhortation ne m'ayant valu de sa part que raillerie et ingratitude, je lui ai écrit une seconde fois, lui offrant d'accepter ses instructions et ses conseils; mais cette fois encore la réponse de Votre Grâce a été dure, malhonnête, indigne d'un évêque et d'un chrétien. Or quoique ces deux lettres n'aient servi à rien, je ne me laisse point rebuter, et conformément à ce que l'Évangile nous commande, je désire faire parvenir à Votre Grâce un troisième avertissement.
« Vous venez de rétablir à Halle l'idole qui fait perdre aux pauvres et simples chrétiens leur argent et leur âme ; et par là, vous avez publiquement reconnu que la responsabilité d'un tel désordre ne doit pas retomber sur le seul Tetzel,
1 De W., II, 94. — Il nov. 1521.
24^ LUTHEIÎ,
mais sur l'archevêque de Mayence... Votre Grâce pense peutêtre que je suis maintenant hors du jeu, ne songeant qu'à ma sécurité personnelle, et qu'il ne sera pas difficile d'imposer silence au moine par Sa Majesté Impériale. Cela est possible; mais il faut qu'elle sache î^ussi |que je dois faire ici tout ce que commande l'amour chrétien, sans me soucier des portes de l'enfer, ni du Pape, ni des cardinaux, ni des évoques...
« Je vous supplie donc de ne pas séduire et de ne pas dépouiller le pauvre peuple, d'être pour lui un évêque et non point un loup. Tout le monde sait aujourd'hui que l'Indulgence n'est que tromperie et malhonnêteté, et que Jésus- Christ seul doit être prêché au peuple. Votre Grâce ne peut donc point prétexter de son ignorance à ce sujet.
« Souvenez-vous du commencement de tout ceci. Quel incendie a éclaté de cette étincelle méprisée ! Le monde ne disait-il pas que ce pauvre moine mendiant était, dans sa solitude, bien misérable à côté du Pape, et qu'il entreprenait des choses impossibles? Eh bien! Dieu a prononcé son jugement... Ce même Dieu vit encore, n'en doutez pas; il sait encore l'art de résister à un cardinal, archevêque de Mayence, celui-ci eût-il quatre empereurs de son côté. C'est son plaisir de briser les cèdres et d'abaisser les Pharaons superbes çt endurcis. Je supplie Votre Grâce de ne point le tenter ni le mépriser...
a Ne pensez donc point que Luther soit mort. Non, il est encore libre et joyeux, se confiant en son Dieu qui a humilié le Pape, et tout prêt à commencer avec l'archevêque de Mayence un jeu dont peu de gens se douteront. Faites donc, évêques et seigneurs, concertez-vous ensemble; vous ne parviendrez pas à imposer silence à cet esprit ni à le troubler.
« Que Votre Grâce sache que si cette idolâtrie ne disparaît pas, la vérité divine et le salut des âmes m'imposent le devoir impérieux, inéluctable, de vous attaquer publique-
ment comme j'ai attaqué le Pape, de vous rendre responsable de toutes les abominations de Tetzel, et de montrer à tout le monde la différence qu'il feut faire entre un évéque et un loup. Si je n'en retire que du mépris, un autre viendra après moi, qui fera retomber ce mépris sur ceux qui le méritent.
« Je vous adresse enfin une seconde prière : c'est de laisser en paix les prêtres qui, pour éviter l'impureté, désirent entrer dans l'état de mariage, ou y sont déjà entrés, et de ne pas leur ravir un droit qu'ils tiennent de Dieu... Que gagnez- vous, ô évoques! à violenter le monde et à aigrir tous les cœurs contre vous? A quoi donc pensez-vous? Étesvous donc devenus des géants et des Nemrods de Babylone? Ne savez- vous pas, pauvres gens, que l'insolence et la tyrannie, sourde aux prières, ne tiennent pas longtemps? Pourquoi vous précipiter comme des insensés vers une catastrophe qui viendra toujours trop tôt?... Je supplie donc Votre Grâce de me donner une réponse favorable d'ici à quinze jours. Ce terme passé, je publierai mon livre contre l'idole de Halle. Donné en mon désert, le dimanche après le jour de sainte Catherine 1521.
« De Votre Grâce, le dévoué et très-fidèle
« Martin Luther * . »
Le cardinal répondit à cette épftre altière par la lettre la plus soumise, la plus humble que jamais prince ait écrite à un particulier :
« Cher docteur, lui disait-il, j'ai reçu votre lettre datée du dimanche après la Sainte-Catherine, et je l'ai lue avec toute bienveillance et amitié. Cependant je m'étonne de son contenu ; car on a remédié depuis longtemps à la chose qui vous a fait écrire.
« Je me conduirai dorénavant, avec l'aide de Dieu, comme il convient à un prince pieux, chrétien et ecclésias-
> De W., II, 212, l«r déc. 1521.
tique. Je reconnais que j'ai besoin de la grâce de Dieu, et que je suis un pauvre homme, pécheur et feillible qui se trompe et tombe chaque jour. Je sais qu'il n'est rien de bon en moi sans la grâce de Dieu, et que je ne suis par moi-même qu'un vil fumier. Voilà ce que je voulais répondre à vos bienveillantes exhortations; car je suis aussi disposé qu'il est possible à vous faire toute sorte de grâce et de bien. Je souffre volontiers une réprimande fraternelle et chrétienne, et j'espère que Dieu, dans sa miséricorde, m'accordera sa grâce et sa force pour agir selon sa volonté en ceci comme dans les autres choses.
c Donné à Halle, le jour de saint Thomas (21 déc. 1521). a Albertus, manu propria. »
Fabricius Capiton avait joint à cette réponse de son maître quelques mots par lesquels il blâmait l'àpreté du réformateur et engageait celui-ci à user de ménagements avec les princes, pour mieux les gagner à la cause de l'Évangile. » Nous avons, lui disait-il, une autre manière de répandre l'Évangile que vous et les vôtres. » Luther, qui n'avait vu dans la lettre du cardinal qu'une démarche hypocrite, comprit qu'on lui demandait de fermer les yeux sur certains actes qu'il réprouvait, et de se ménager, par des concessions indignes de lui, la faveur des princes intéressés. Il répliqua aussitôt * :
« Vous demandez de la douceur et des ménagements. Je vous entends. Mais y a-t-il quelque communauté entre le chrétien et l'hypocrite? La foi chrétienne est une foi publique et sincère ; elle voit les choses et elle les proclame telles qu^elles sont... Mon opinion est qu'on doit démasquer tout, ne rien ménager, n'excuser rien, ne fermer les yeux sur rien, de sorte que la vérité reste pure, à découvert, et comme placée sur un champ libre...
« Autre chose est, mon cher Fabricius, de louer le vice
I Voir la lettre entière dans de W.,II, 129.
OU de l'amoindrir; autre chose de le guérir avec bonté et douceur. Avant tout, il faut déclarer hautement ce qui est juste et injuste; puis quand celui qui nous écoute comprend la vérité, il faut Taccueillir, bien qu'il soit encore, selon l'expression de saint Paul, faible dans sa foi... J'espère qu'on ne pourra pas me reprocher d'avoir, pour ma part, manqué de charité et de patience envers les faibles... Si votre cardinal avait écrit sa lettre dans la sincérité de son cœur. Dieu sait avec quelle joie, quelle humilité je tomberais à ses pieds! Gomme je m'estimerais indigne d'en baiser la poussière! car moi-nféme, suis-je autre chose que poussière et ordure? Qu'il accepte la Parole de Dieu, et nous serons à lui comme des serviteurs fidèles. Â l'égard de ceux qui méprisent, condamnent, persécutent cette doctrine et cette parole, il ne faut attendre nulle grâce, nulle charité, nulle douceur. La charité suprême consiste précisément à résister, de toutes nos forces et de toutes les manières, à leur fureur et à leur impiété. »
Relevant ensuite la tyrannie de l'archevêque envers les pauvres prêtres mariés et son indulgence bien connue pour les désordres qui déshonorent ses villes épiscopales, il termine par ces paroles :
c Je suis pour vous, ce que j'ai toujours été, un ami dévoué, si vous êtes ami de la vérité ; un ennemi, si vous et votre cardinal, vous vous jouez des choses saintes. Bref, ma charité est prête à mourir pour vous ; mais qui touche à la foi touche à la prunelle de mon œil. Raillez ou honorez l'amour comme vous le voudrez; mais la foi, la Parole, vous devez l'adorer : c'est le Saint des saints. Attendez tout de notre charité, mais craignez, redoutez notre foi. w
« Je ne réponds point au cardinal lui-même, ne sachant comment lui écrire, sans approuver ou reprendre sa sincérité ou son hypocrisie. C'est par vous qu'il doit connaître la pensée de Luther. Le jour où je serai certain de sa sincérité, je m'humilierai et me jetterai à ses pieds. Adieu, cher
Fabricius; ne doutez pas de ma bonne volonté ni de mon affection. La chose, comme vous le voyez, est grande et sainte, et il ne nous est pas permis de préférer à Jésus-Christ nos frères et nos sœurs. De mon désert, le jour de saint Antoine 1522.
« 17 janvier. »