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II. — Aide aux orphelins par l’intérmédiaire

des Mutuelles d'Agents.

Dès avant 1900 s'étaient formées des mutuelles d'agents, qui distribuaient à leurs membres des secours, des pensions de retraite, etc. Deux d’entre elles s'étaient fixé comme mission de venir en aide aux orphelins, enfants de leurs adhérents : l’Orphelinat des Chemins de fer et l’Orphelinat Fraternel. M. Noblemaire avait encouragé ce mouvement : en 1900, il avait à diverses reprises plaidé la cause des orphelins et expliqué le rôle qui devait incomber aux groupements d'agents, à côté de l’aide donnée par la Compagnie. « L’infortune est à votre porte, disait-il < au cours d’un banquet de l’Association fraternelle; « elle y frappe tous les jours et vous êtes obligés, par

suite de l’impuissance de vos statuts, de rester

sourds à son appel.

« Je veux parler tout d’abord de nos orphelins,

dont la situation est aussi intéressante qu’elle est

précaire aujourd’hui, de ces enfants qui perdent tout, le jour où ils perdent leur père, le gagne-pain de la famille et qui, lorsqu'ils ont le malheur, plus grand encore à leur âge, de perdre leur mère, sont pour le père, empêché par son travail de s’occuper d’eux, un sujet d’embarras et de cruels soucis. N'est-ce pas là une situation qui doit appeler votre attention comme elle a depuis longtemps appelé la nôtre ?

« Toutes les Compagnies de Chemins de fer entretiennent des orphelins ; j’en ai 200 pour ma part, mais qu'est-ce que cela? Et n'est-ce pas à vous qu’il appartient, par une nouvelle application du principe fécond de la mutualité, de veiller sur ces enfants et de préparer leur avenir ? Vous le faites déjà et deux Sociétés se sont fondées parmi vous, POrphelinat Fraternel et l’Orphelinat des Chemins de fer.

« Vous êtes dans la bonne voie asssurément ; vous êtes mieux placés que nous pour choisir des maisons d’orphelinat à votre portée, mieux que nous surtout vous pouvez trouver des familles qui accueillent nos orphelins ; or, j'estime que, quel que soit le dévouement des directeurs de nos maisons, de nos directrices d’asiles, alors même qu’ils sont inspirés et soutenus par l'esprit du dévouement et par leurs

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vœux de consacrer leur vie entière au soulagement de la souffrance, leur action sur l’enfant, sur un garçon tout au moins, ne vaut pas celle de la famille, même d’une famille adoptive, qui l’élève avec les siens propres, le fait vivre dans le milieu qui était le sien, dans l’atmosphère du métier que son père a pratiqué et qu’il pratiquera sans doute un jour lui-même. C’est là la véritable solution ; allez donc et marchez sans crainte.

« Mais nous le faisons, m’avez-vous dit tout à l’heure. Nous élevons plus de 100 orphelins ; c’est tout ce que nous permettent nos ressources, malheureusement limitées. Hommes de peu de foi serai-je tenté de vous dire, qui méconnaissez la puissance de l’inévitable contagion de la charité ! de la charité qui fait des miracles et qui par un divin privilège, se multiplie et se féconde elle-même. N'hésitez pas devant des sacrifices nouveaux, la Providence y pourvoira et la Providence, dans l’espèce, ce pourrait être notre Compagnie, car s’il ne fallait, pour vous aider, qu’obtenir d’elle un concours sérieux, dès là présent, vous pourriez absolument compter sur moi pour le lui demander ».

L’aide promise ne fut pas longue à venir.

I1 fut décidé dès 1900 qu’une subvention de 60 fr.

par an et par enfant P.L. M. secouru serait allouée

chacune de ces deux associations. Le nombre des

agents secourus était alors de 14 ; il est passé à 155 en 1904.

Constatons et soulignons au passage ce qu’il y a de remarquable à la fois dans l'initiative des agents et dans la solution donnée ici par le P.L. M. au problème de la question sociale, solution inspirée du fameux « Aide-toi, le Ciel t’aidera » et qu’on retrouvera à propos des coopératives d’agents. Le soin d’agir est laissé aux institutions adéquates créées par les aigents au prix de sacrifices lourds à leurs petits budgets, puis le P. L. M. intervient sans trop se faire voir et en soulageant ces groupements d’une partie de, leurs charges, leur permet de prendre un développement rapide.

Toutefois la poursuite du même but par deux sociétés rivales n’était pas sans dangers : l’une d’elles, en raison de la modicité de ses cotisations et de l’importance du secours qu’elle allouait, se trouvait dans une situation embarrassée. Le P.L.M. et d’autres Compagnies de Chemins de fer qui suivaient avec un égal intérêt les efforts de leurs agents, suscitèrent la fusion des deux orphelinats en promettant, le jour où elle serait réalisée, de porter de 60 fr. à 100 fr. l’allocation allouée pour les enfants secourus (1). Les résultats de cette politique ne se firent pas attendre. La fusion fut réalisée le 1% janvier 1907. Le nombre des

ne Cette allocation a été portée à 300 francs le 1° janvier

enfants secourus, de 220 pendant l’année 1905, 240 en 1906 passe à :

36 en 1907 698 en 1911 463 en 1908 788 en 1912 577 en 1909 839 en 1913 632 en 1910 870 en 1914

L'augmentation du nombre des orphelins secourus les années suivantes tient hélas à d’autres causes que la perfection de l'institution. Le maximum est atteint en 1918 et 1919, avec 1.088 orphelins secourus, puis ce chiffre s’abaisse peu à peu pour retomber à un chiffre un peu inférieur à celui d’avant-guerre ces dernières années.

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Des deux méthodes pratiquées pour venir en aide aux orphelins, la meilleure n’est pas celle du placement par les Compagnies dans les orphelinats.

Sans doute elle permet une sélection judicieuse des demandes présentées, sélection que ne peuvent faire les mutuelles, car l’assistance qu’elles procurent n’est fonction que du nombre de leurs adhérents et du taux de la mortalité.

Mais ce système, les faits le montrent, cesse de plus en plus de répondre aux besoins d’une société plus évoluée.

On constate, en effet, qu’à partir de 1908, à l’augmentation de la subvention payée à l’Orphelinat des Chemins de fer, correspond une diminution des dé-

penses afférentes à l’hospitalisation directe par les Compagnies. Si l’on admet que l’assistance d’un nombre de plus en plus grand d’orphelins par lOrphelinat des Chemins de fer français a influé sur le nombre de demandes d’admission dans les orphelinats reçues par la Compagnie, si l’on admet cette relation de cause à effet, on peut se féliciter du phénomène à un triple point de vue.

1° Comme l’indiquait M. Noblemaire, l’aide émanant des mutuelles présente cette supériorité de maintenir l’enfant dans un milieu qui lui transmettra les habitudes, les traditions, les goûts de ses parents, et grâce auquel il se sentira moins isolé quand l’heure sonnera pour lui de choisir un métier ; alors il pourra peu à peu se faire une place dans la société sans y être jeté brusquement, Le faït que des proches auront dû jusque-là supporter une partie des charges d’assistance contribuera à conserver à l’orphelin des affections infiniment précieuses.

2° Au point de vue des parents, il est admirable de voir se développer l’habitude de consentir des sacrifices en prévision d'événements funestes toujours possibles, et pour que leurs enfants en souffrent moins. C’est la preuve que les liens sacrés de la famille deviennent plus forts ; or la famille est la cellule des sociétés. Le développement de l’esprit de prévoyance parmi leurs agents est une tendance heureuse pour les Compagnies de chemins de fer.

3° Enfin, autre avantage qui mérite d’être signalé, Vassistance par les mutuelles est moins onéreuse, ce

qui permet, pour une somme déterminée, de venir en aide à un plus grand nombre d’infortunes.

En 1907, pour six cents enfants secourus, dont deux cent quarante-quatre par la Compagnie et trois cent cinquante-six par l’Orphelinat des Chemins de fer, aidé de la Compagnie, la dépense de 96.743 francs ressort à 161 fr. 24 par enfant.

En 1914, le nombre des enfants secourus, de mille quarante-huit pour 129.559 francs, fait apparaître une charge de 123 fr. 62 seulement par enfant ; or,iln’ya plus que cent soixante-dix-huit enfants mis en pension par les soins de la Compagnie, tandis que le chiffre de ceux secourus par l’Orphelinat des Chemins de fer et pour lesquels la Compagnie verse une subvention de 100 francs, est monté à 870.

$ 4. — Les ateliers d’apprentis.

La perfection de la main-d'œuvre ne peut être at-: teinte que par une initiation à un métier que l’on a appris de bonne heure à connaître et à aimer ; quand cette initiation est préalable à l’exercice du métier, il y a apprentissage ; quand elle se fait par l’exercice du métier, on l’appelle plutôt instruction professionnelle: ces deux termes, parfois confondus, sont ici distingués pour la commodité de l’exposé. La formation des apprentis répond à un besoin général de l’industrie qui ne peut se passer de spécialistes, mais cette formation constitue une charge pour l'industriel, pris individuellement. Pendant des années elle représente une dépense sans contre-partie ; de plus, l’industriel ne peut em-

pêcher les apprentis qu’il a formés d’entrer ensuite chez un concurrent.

Le caractère social de l’apprentissage apparait donc en ce qu’il procure à l’apprenti le moyen d'augmenter ses ressources et d'améliorer sa condition, mais aussi en ce qu’il constitue une charge financière assez lourde pour le patron.

L’instruction professionnelle ne présente guère que le premier de ces deux caractères. Elle s’adresse à des hommes, plutôt qu’à des jeunes gens ; ces hommes déjàa entrés d’eux-mêmes dans l’entreprise, risquent moins de la quitter, une fois formés, que les apprentis placés par leurs parents dans une profession et dans une région que leurs goûts ou diverses circonstances peuvent amener à abandonner par la suite.

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Procurer à ses agents le moyen d'apprendre un métier lucratif à leurs enfants, tel a été surtout l’objectif de la Compagnie P.L.M. en créant des ateliers d’apprentis.

Le but poursuivi apparaît dans l’ordre de préférence dans lequel s’exerce le choix des candidats qui est le suivant :

Fils d'agents ; Pupilles de la Nation ; Petits-fils d'agents ; Neveux d’agents.

Dans chaque groupe, on choisit d’abord les parents des agents en activité appartenant :

1° — à l'établissement ;

2°. — au service du Matériel et de la Traction (c’est le seul service qui comporte des métiers nécessitant un apprentissage) ;

3° — aux autres services,

Puis dans le même ordre, on choisit ensuite les parents des agents en retraite ou décédés.

En fait ce sont les fils ou proches parents des agents du service du Matériel et de la Traction qui absorbent à peu près toutes les places disponibles dans les ateliers d’apprentis, ce qui prouve que leurs pères jugent la situation avantageuse. D’ailleurs, l'agrandissement ou la création des ateliers sont surtout commandés par le nombre des candidats, parents d’agents.

M. Noblemaire voyait dans cette pratique « une bon- « ne œuvre morale qui permet aux familles de rester « groupées, aux pères de surveiller leurs enfants, de « les instruire dans leur profession, et qui, en assu- « rant l’héritage, pour ainsi dire, des emplois ou des « fonctions, tend à donner à nos exploitations un ca- « ractère familial, malgré leur importance et leur dis- « sémination ».

Les candidats apprentis doivent avoir quatorze ans au moins et dix-sept ans au plus et avoir été reconnus par le service médical de la Compagnie aptes à sup-

porter les travaux de l’atelier d’apprentis et, dans l’avenir, les fatigues de l’emploi auquel cet atelier a pour objet de les former.

Ils doivent pendant toute la durée de l'apprentissage, habiter dans leur famille ou dans la famille de proches parents et dans une localité voisine de l’atelier où ils désirent entrer.

Ïls doivent avoir signé, ainsi que leur père, mère ou tuteur, un contrat d'apprentissage dont les frais sont supportés par la Compagnie. Par ce contrat le représentant du mineur s’engage à laisser son fils ou pupille dans le personnel de la Compagnie, à titre d’ouvrier, jusqu’à l’époque de son service militaire.

En outre, ce contrat fixe les conditions de rémunération des apprentis.

En raison des hauts salaires offerts par certaines industries, notamment l’industrie hôtelière, même aux jeunes gens sans connaissances spéciales, il faut, en effet, les payer. Leur rémunération comprend un salaire qui varie d’après leur âge et leur valeur et qui augmente périodiquement, et une indemnité de résidence variable suivant les localités.

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Les premiers ateliers d’apprentis ont été créés vers 1900. On en comptait trois en 1914 ; depuis, de nouveaux se sont ouverts presque chaque année, les anciens se sont agrandis. Il en existe aujourd’hui vingthuit, trois pour le service du Matériel, vingt-cinq pour

le service de la Traction qui comportent près de six cents places.

Les ateliers d’apprentis sont placés à l’intérieur du dépôt de machines ou de l’atelier de réparations du matériel, mais dans un local séparé ; les apprentis sont groupés, — une vingtaine par atelier — sous la conduite d’un chef de brigade choisi pour ses qualités morales et professionnelles par l'ingénieur régional.

La durée de l’apprentissage est normalement de trois ans. Les travaux sont exclusivement professionnels et pratiques. Le programme en est déterminé par le chef de l'établissement. Il comporte l'initiation au travail du fer, le maniement des divers outils, et, quatre fois par semaine au plus, un cours d’une durée maximum de deux heures sur le dessin, la technologie et les éléments de l'instruction primaire.

A partir de la deuxième année, les apprentis sont spécialisés, suivant leurs aptitudes professionnelles, comme ajusteurs, forgerons, chaudronniers, tourneurs, menuisiers ou ferblantiers-lampistes.

Après la deuxième année d’apprentissage un concours a lieu entre les meilleurs apprentis de chaque atelier du Matériel et entre les meilleurs apprentis de chaque atelier de la Traction ; le concours dure deux jours et comporte, le premier jour, un essai pratique, et le lendemain une rédaction, une dictée, un problème et un croquis à main levée. Des notes sont données, avec des coefficients : 5 pour l’essai pratique, 2 pour le croquis, 1 pour chacune des autres matières, Un diplô-

me est remis à tous les apprentis qui ont obtenu une moyenne générale au moins égale à 14 sur 20.

Des prix en argent de 200, 150, 100 ou 50 francs sont remis aux quatre premiers du classement général des apprentis de la Traction et aux deux premiers du classement général de ceux du Matériel. Ce concours ainsi que les examens préliminaires organisés dans les ateliers pour désigner les sujets devant y prendre part permettent de contrôler l’enseignement : ils ont donné des résultats très satisfaisants.

Les apprentis qui l’ont mérité par leur assiduité, leur conduite, leur travail et leur habileté professionnelle peuvent être nommés élèves ouvriers avant l’achèvement de leurs trois années d’apprentissage. Ils passent alors de l’atelier d’apprentis dans le dépôt proprement dit, où ils travaillent toujours entre eux, sous la conduite de leur chef de brigade et sans être mêlés aux autres ouvriers. Cette période d'apprentissage constitue le stage d'application à l’atelier du dépôt, auquel on tend à donner une importance de plus en plus grande: c’est déjà de l’instruction professionnelle.

En 1924 les équipes d’apprentis ont ainsi effectué deux cent vingt-trois levages de machines, trois cent trente-six en 1925. On appelle levage d’une machine sa révision générale par le démontage de tous ses onganes ; le levage est effectué pour chaque machine après le parcours d’un nombre de kilomètres variable suivant le type de la machine et la nature du service qui lui est demandé.

Le rendement des ateliers d’apprentis peut être mesuré par la proportion des apprentis qui restent au service de la Compagnie. On comptait, en 1925, mille cinq cent trente-six agents en service provenant des ateliers d’apprentis de la Compagnie, sur deux mille huit cent vingt-trois apprentis sortis des ateliers, soit 54 0/0. Pendant l’année 1925, 67 0/0 des jeunes apprentis de l’année sont entrés au service de la Compagnie, non compris ceux qui, partis au service militaire, reviendront dans les cadres. Ces résultats sont très intéressants étant donné le peu de stabilité que l’on rencontre en général chez les apprentis.

Il est beaucoup plus intéressant d’utiliser le personnel ainsi formé que le personnel recruté au dehors, car les jeunes gens prennent aux ateliers d’apprentis de la Compagnie des habitudes d’ordre et de discipline qui sont de la plus grande importance pour l’avenir,

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