‹ L’Œuvre Sociale du P. L. MChapitre 66 sur 75 · EE · texte numérisé non relu

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L'Etat aurait pu négocier avec les Compagnies et amener celles-ci à améliorer leurs règlements de retraites dans un sens favorable au personnel ; le P. L. M. avait mis à l’étude des remaniements dans ce sens, et les Compagnies étaient disposées à de grands sacrifices.

On ne saurait assez déplorer que l’Etat ait cru devoir agir autrement et transformer le caractère d’institutions dont les Compagnies de Chemins de fer avaient le droit d’être fières. Il ne pouvait être porté de plus rude coup à l’esprit d’initiative qui les a toujours inspirées dans l'intérêt de leur personnel, aïinsi qu’au libre développement de leurs institutions patronales.

Enfin les dépenses qu’on leur imposait, l'expérience l’avait montré, étaient trop lourdes : elles répondirent par un non possumus.

A l’assemblée générale du P. L. M. du 30 avril 1909 le problème était posé en ces termes :

« Nos rapports avec l'Etat ont été régis contractuel- «< lement ; aucune clause de notre cahier des charges « ne prévoit que l'Etat, notre co-contractant, puisse « détruire à son gré l’équilibre de nos budgets par une « loi d'exception, étrangère aux conditions de sécuri- « té, alors que nous n’aurions ni le moyen de cesser « une entreprise devenue par ce fait onéreuse, ni la « faculté de rétablir notre équilibre par un libre relè- < vement de nos perceptions. »

La même thèse fut défendue par le rapporteur général de la Commission des Finances du Sénat qui, à la séance du 18 juin 1909, énonca l’avis que « le principe « de l'intervention de l'Etat était difficilement justi- « fiable et que cette modification unilatérale du cone trat constituerait le fait du prince dans ce qu’il a de « plus arbitraire. » (1).

Un recours fut introduit devant le: Conseil de Préfecture, pour demander le remboursement de l'excédent de dépenses résultant de la législation nouvelle.

L'Etat n'aurait pas manqué d’être condamné à une indemnité formidable (2) si le litige n’avait fini par être réglé à l’amiable. La convention du 28 juin 1921 sur le nouveau régime des chemins de fer enterra tous les litiges pendants entre les Compagnies et l'Etat,

$ 2. — La maison des Retraités.

Le problème des retraites n’est pas le seul que se soient posé les directeurs de la Compagnie P.L. M. pour aider les anciens agents.

M. Noblemaire, un jour, dans un discours, s’est exprimé ainsi :

« Permettez-moi, en terminant, de vous dire ce qui « n’est pas encore et ce qui, à mon sens, devrait être,

« Nos agents retraités, s’ils ont de la famille, ow < s'ils ont conservé des parents ou des amis au pays « natal, peuvent en y retournant y vivre modestement « avec leur retraite. Ceux d’entre eux qui n’ont pas de « foyer, soit qu’ils aient négligé de se le créer, soit < qu’ils aient eu le malheur de le voir désert avant « l’heure, sont plus embarrassés, et, malgré des char- « ges moindres, trouvent plus difficilement à vivre < sous un toit étranger. Pour ceux-là, tout d’abord, et

(2) Opinion de M. Closset.

plus tard, si les ressources le permettaient, pour les vieux ménages, j'estime que ce serait un grand bienfait que de créer une maison de retraite, une sorte d’hôtel des invalides des chemins de fer, où moyennant l’abandon total ou partiel de leur pension, nos vieux agents trouveraient assurés bon souper et bon gîte. Leur vie y sera modeste, leurs distractions limitées ; une des plus réelles serait d’y conter leurs campagnes en médisant un peu de leurs anciens chefs ; c’est trop humain pour qu’on en puisse douter et trop innocent pour qu’on ne leur en laisse pas la satisfaction...

« Je ne me dissimule pas la difficulté d’assurer à l'institution nouvelle le complément nécessaire des ressources, évidemment insuffisantes, fournies par Vabandon partiel des pensions de retraite. Peu importe, dirai-je volontiers. Où serait, d’ailleurs, le mérite de faire le bien, si l’on pouvait le réaliser aisément sans peines et sans sacrifices ?

« Je sais sur les bords de notre Méditerranée, dans cette région bénie où la vie est facile et douce, où chaque hiver nos trains amènent en si grand nombre et les heureux de ce monde qui vont y chercher Jes plaisirs de l’hiver au milieu d’un perpétuel printemps, et les malades forcés de fuir les frimas et les brumes des régions du nord, je sais certaine pointe incessamment battue par les flots de la mer d’azur, où la terre produit presque sans effort, où les fleurs poussent sans culture à l’ombre des oliviers et des palmiers, où il serait doux de se reposer des fatigues

« de sa carrière en repassant en soi la façon dont on « l’a remplie. C’est là que je voudrais pouvoir instal- « ler ceux des nôtres qui restent seuls au déclin de la « vie et commentent sans le connaître, le « vae soli » « de l’ancienne sagesse. Est-ce un rêve ? »

Rêve ?.… Il devait être donné à M. Noblemaire d’en entrevoir la réalisation. En 1924 on commençait à explorer les bords de la Méditerranée et les recherches aboutissaient en 1925 à la découverte d’une très beile propriété de vingt-cinq hectares dont l’acquisition était immédiatement décidée : elle eut lieu le 14 août dans des conditions avantageuses, — et à l’heure actuelle l’aménagement des bâtiments se poursuit activement : dans quelques mois, des retraités trouveront pour leurs vieux jours dans le Domaine de la Gorge Noire, au bord de la Méditerranée, un perpétuel printemps avec des oliviers et des palmiers, des fleurs, des rochers et des fontaines...

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