Cf. Bergson, L'énergie spirituelle, p. 62 s
INTRODUCTION ii
descendues dans les cavernes profondes de la terre, âmes plongées dans l'abîme ténébreux de l'hémisphère invisible, souffles ignés entraînés par les vents à travers l'atmosphère, démons lunaires nourris des vapeurs s'élevant d'ici-bas, essences rationnelles retournant au soleil qui les a créées, ou remontant à travers le ciel étoile vers l'Empyrée, d'où elles sont descendues, toutes ces conceptions, qui partent de la foi naïve d'une époque archaïque pour aboutir aux plus hautes spéculations religieuses, marquent l'effort incessant des penseurs pour mettre la vie future d'accord avec la psychologie et la cosmologie qu'ils professaient.
Mais dans le paganisme, qui ne connaît point d'orthodoxie théologique, une nouvelle croyance n'élimine pas nécessairement une croyance antérieure. Elles peuvent coexister longtemps comme des possibilités entre lesquelles l'intelligence a le choix. Cette indécision ne troublait point des esprits qui n'étaient pas assujettis à la rigueur dogmatique d'un credo imposé i. Nulle foi ne fut plus mouvante que celle qui s'attachait à la vie d'outre-tombe et qu'aucunq expérience ne pouvait contrôler comme la croyance aux théophanies ou aux' prophéties. Rien n'est plus tenace que les idées relatives au culte des morts, rien ne se conserve avec plus de persistance à travers les générations que les usages funéraires. La continuité en est assurée à la fois par l'amour et par la crainte. En accomplissant scrupuleusement les cérémonies ataviques auxquelles ont droit les trépassés, on espère obtenir pour ses proches un sort meilleur dans xm autre monde. D'autre part, on redoute la vengeance des défunts si en négligeant ces rites, on leur a infligé des souffrances dans leur existence posthume ^. Ainsi se perpétue une série d'antiques notions dont le culte assure la conservation, même quand des conceptions plus avancées se sont fait jour. Comparables à ces organes atrophiés qui subsistent dans les corps évolués sans y remplir aucune fonction, les gestes traditionnels se réduisent à n'être plus que survivances dont la valeur première s'est perdue. L'expression de doctrines hétérogènes, étrangement accolées, se rencontre parfois dans xme même épitaphe, où. seule une interprétation symbolique peut en atténuer la contradiction. Ainsi, l'histoire de l'idée d'immortalité chez les Romains est moins celle de l'évolution d'un concept, que celle d'apports successifs qui se sont déposés sur un fonds primitif, comme les sédiments qui forment les stratifications géologiques d'un terrain. C'est xm ensemble smgulièrement complexe de croyances et