‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 9 sur 468 · I. Cf. Catulle · texte numérisé non relu

I. Cf. Catulle

lo LUX PERPETUA

La foule vulgaire n'était point aussi favorisée. Mais un fond d'idées traditionnelles maintenait pour elle la croyance à une rétribution posthume : dans les Enfers un jugement concédait aux justes les joies très matérielles des Champs-Elysées, et punissait les coupables des supplices du Tartare. Cet Hadès était encombré de légendes si absurdes, qu'elles étaient une victime désignée pour la critique philosophique. Celle-ci aboutit, nous le verrons ^, à la négation radicale d'Épicure, qui se flattait d'avoir délivré 'les hommes d'épouvantails dont la terreur empoisonnait leurs jours. Au moment du décès l'âme, selon lui, se dissolvait « comme un brouillard ou une fumée » et tout sentiment était aboli ^. Cette doctrine conquit beaucoup d'esprits dans les cercles instruits et pénétra même avec la force des idées simples et absolues dans les couches profondes de la population. C'est elle, plus que tout autre, qui depuis l'époque de Cicéron, répandit à Rome le scepticisme et fit même nier toute survie individuelle.

Cependant les réflexions qui s'opposent à une telle solution du problème de notre destinée, ont déjà préoccupé les esprits dans l'antiquité : l'instinct primordial de la conservation veut prolonger notre vie au-delà du terme fixé par la nature et c'est mutiler l'homme que de prétendre l'anéantir en lui K L'amour que nous portons à des êtres chéris se résigne difficilement à une séparation définitive. La conviction s'impose que le phénomène inexplicable de la conscience dépasse les limitations de notre existence terrestre '\ et le sentiment exige qu'une justice posthume répare les iniquités de notre monde. L'iépicurisme, pour lequel le genre humain était une création aveugle du tourbillon des atomes, renda,it incompréhensible pour chacun sa propre existence ; il n'apaisait pas l'inquiétude qu'éveillait la persuation d'être livré à une fatalité sans intelligence et sans pitié. En outre, le bonheur purement négatif qu'il promettait, en représentant la mort comme la fin de nos misères, paraissait bien pâle à côté de la félicité radieuse dont ses adversaires faisaient luire l'espérance. Toutes les raisons qui, à travers les siècles, ' ont alimenté la foi en une existence d'outre-tombe, conduisirent les anciens à modifier sans cesse leur doctrine de l'immortalité pour essayer de l'adapter à la science, toujours illusoire, de leur époque, et à remplacer par des formel nouvelles de survie celles qui semblaient inacceptables et désuètes.

Fantômes exténués végétant dans la nuit du tombeau, ombres insaisissables

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