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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

qu'elle serait entièrement affranchie de sa sujétion à des organes charnels ^ Cette conviction transforma ainsi les esprits des trépassés en agents actifs de la divination, soit qu'ils fissent connaître leurs présages ou oracles dans des songes ou pendant la veille.

Le phénomène troublant du rêve, dont la fantasmagorie incohérente semble soustraite aux lois physiques et morales, a toujours préoccupé l'esprit de l'homme, qui à travers les âges s'est efforcé, sans y réuspir pleinement, d'en pénétrer le mystère \ Une similitude remarquable rapproche les conceptions qui persistèrent jusqu'à la fin de l'antiquité de celles dont les ethnographes ont constaté l'existence chez les peuples les plus arriérés.. La vie onirique a pour ceux-ci la même valeur que leur vie consciente et logique. La mentalitë primitive n'établit pas de distinction essentielle entre ce qui est perçu en dormant ou en veillant. Les visions qui défilent devant l'imagination de chacun pendant le sommeil ont pour lui la même réalité que ce qu'il voit de ses yeux après son réveil. L'âme du dormeur peut rester simple spectatrice, et les formes mouvantes des vivants ou des morts qui lui apparaissent sont alors des visiteurï qui viennent la trouver pendant son repos et converser avec elle. Une agilité merveilleuse la rend aussi capable de faire des excursions rapides dans des régions lointaines et de s'y entretenir avec ses pareilles. Enfin le rêve peut contenir un ordre que donne un esprit, et qu'on est tenu d'exécuter si l'on ne veut courir de graves danger.

Ces idées, qui paraissent avoir été communes à tout le genre humain à un stade reculé de son évolution, s'affirment encore à l'époque romaine. Les visions perçues en songe ne sont pas, suivant la croyance générale, des fictions illusoires, des mirages cérébraux produits par une surexcitation des nerfs ou une digestion laborieuse. On les conçoit encore moins, à la façon des psychanalystes modernes, comme des images imprimées ou refoulées dans le subconscient, qui s'imposent à nous quand la domination de la raison logique, est abolie, ou bien comme des stratagèmes ou déguisements plus ou moins efficaces dont use ce même subconscient pour apaiser les stimulations qui pourraient troubler notre repos. Pour les anciens, les êtres et les objets qui s'offrent à la vue du dormeur ne sont pas une création interne de sa personne psychique. C'est du dehors que lui viennent ces impressions qui l'affectent parfois profondément, sans qu'il puisse réagir pour les écarter.

1. Posidonius dans Cicér., De divin., I, 30, 63 ; Xénoph., Cyrop., VIII, 7, ai j Plotin, ^^' 3j 27 (p. 96 Br.). Cf. Symbol., p. 365 et infra.

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