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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

apportant ainsi une preuve sensible que, pour nous exprimer comme un rhéteur latin, l'homme ne périt pas tout entier, « mais qu'une partie de son être n'est ni brûlée par les flammes du bûcher, ni éteinte avec ses cendres, ni enserrée dans les urnes cinéraires ou les sépulcres * . » Le défunt, surtout si son décès est récent, revient ainsi tenir compagnie à des parents ou des amis dont l'esprit est obsédé par le regret de celui qu'ils ont perdu, afin de leur apporter un réconfort dans leur affliction : une mère qui pleure un fils emporté à la fleur de l'âge voit, selon une épitaphe latine 2, « une forme rayonnant d'une lumière sidérale descendre de l'éther ; le jeune homme avait gardé son vrai teint et sa voix, mais sa stature dépassait sa taille d'autrefois ; ses yeux ardents brillaient, ses épaules apparaissaient auréolées, et ses lèvres purpurines proféraient des sons. » Il venait prier sa mère de sécher ses pleurs, car il n'était pas descendu dans les sombres profondeurs du Tartare, mais, emporté vers les astres, avait été héroisé dans un céleste séjour. La poésie funéraire a exécuté d'infinies variations sur ce thème traditionnel*.

Les vivants peuvent ne point rester plongés dans la torpeur et réduits à l'immobilité, pour attendre l'arrivée du visiteur nocturne qui reviendra les consoler. Comme dans l'évanouissement (knzo^uyj.a.) et la catalepsie *, comme aussi dans l'extase, de même dans le sommeil, croyait-on, le souffle vital qui animait l'homme, s'échappant par la bouche, pouvait s'élancer dans l'air ambiant. Si le dormeur perdait la notion du lieu où il gisait inerte, c'était que l'âme, cessant d'être passive et purement réceptrice, abandonnait passagèrement le corps. Rompant avec ses attaches matérielles, elle pouvait parcourir l'espace avec une rapidité merveilleuse et se transporter en un instant aux extrémités del"univers. Elle devenait ainsi capable de pénétrer dans le monde des esprits et de converser avec les défunts. La littérature antique connaît maint récit de gens que l'on a cruç privés de vie, et qui, recouvrant la conscience, ont raconté les merveilles qu'ils avaient vues ou entendues dans les Enfers ou dans le Ciel^ Comme ces

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