CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
damnées par la stricte moralité de la religion officielle. Dès la période républicaine, la législation étendit aux sorciers les peines qui frappaient les empoisonneurs {venefici) et, jusqu'à la fin de l'Empire, l'exercice de la magie resta passible des derniers supplices'. La justice répressive punissait non seulement les auteurs de maléfices {maie f ici), mais le simple fait de posséder des livres de l'art illicite.
La nécromancie ne se répandit largement en Occident qu'avec les religions et superstitions de l'Orient, où cette aberration spirituelle avait été de tous temps une maladie endémique. L'exemple le plus fameux d'une telle pratique, indéfinimeni commenté par les exégètes, est la consultation par Saiil de la pythonisse d'Endor, qui, sur les instances du roi, lui procura un colloque terrifiant avec l'ombre de Samuel^. Mais l'évocation des morts est un procédé divinatoire et magique commun à tout le paganisme sémitique et on le trouve en usage en Babylonie comme en Palestine, en Egypte comme dans l'Iran'.
Parmi Tes diverses espèces de procédés magiques, il en est deux dont les anciens attribuent la diffusion aux Perses ; l'hydromancie, qui faisait apercevoir âans un vase rempli d'eau des images des démons, et la nécromancie*. Le mage Ostanès était le plus célèbre des docteurs es sciences occultes qui eussent traité de ce sujet. Le pur mazdéisme de Zoroastre interdit rigoureusement la sorcellerie qui fait appel aux dévas, parce que son dualisme réprouve toute accointance avec les puissances des ténèbres. Mais les Mages d'Asie Mineure, observateurs peu fidèles de l'orthodoxie zoroastrienne, offraient à Ahrimau des sacrifices nocturnes où ils mêlaient au suc de l'amome le sang d'un loup, pour détourner les maux dont les menaçait l'Esprit malin ^ et ils développèrent la théorie et la pratique de Part suspect qui leur doit son nomi de magie. Sans doute Eschyle le savait-il déjà et s'est-il souvenu de la puis;sance dont se targuait le clergé iranien, lorsque, dans les Perses, il a imaginé de fairs surgir de la tombe royale l'ombre de Darius, évoquée par des libations, et des conjurations appropriées^. A Rome, Néron, que les Mages de la suite
1. Momm&en, Strafrecht, p. 63g s. (=tr. fr., II, p. 356 s.). '■