Héliodore, VI
tion daii!î l'oreille. Cédant au sortilège, l'enfant se dresse, mais ne répiond que par un signe de tête à la question de sa mère et retombe. Alors la vieille sorcière proférant des menaces, force son fils par des conjurations plus puissantes à se relever et à parler. D'une voix caverneuse, à peine intelligible,' l'enfant révèle à sa mère qu'elle ne reverra pas son fils disparu et qu'à cause de l'impiété de ses pratiques sacrilèges, elle périra bientôt elle-même de la' mort violente qui est le sort réservé à tous les magiciens. !
Ces deux exemples suffiront à donner une idée des scènes de nécromancie introduites dans leurs récits par les romanciers. Il est difficile de déterminer jusqu'à quel point les rites qu'ils décrivent ont été empruntés par eux à la réalité ou inventés par leur imagination. Ces épisodes macabres nous apprennent du moins quelle idée les littérateurs se faisaient de ces opérations magi:ques, odieuses aux morts et redoutables pour ceux-là mêmes qui les pratiquaient.
C'est surtout chez les poètes latins du premier siècle de l'Empire que l'on peut suivre la transmission, littéraire du thème de la nécromancie. L'évocation des morts était, grâce à la Nékyia homérique, devenue un motif tra4itionnel de l'épopée, et les successeurs lointains des aèdes continuent à le traiter dans la Rome des Césars. Lucain l'introduit dans sa Pharsale, Silius Italiens dans ses Piinico. Stace dans sa Tkébaïde, Valérius Flaccus dans ses Argonautiques^. Mais d'autres poètes, et non des moindres, se sont ingéniés depuis le siècle d'Auguste, à utiliser un sujet .qui éveillait chez leurs lecteurs une curiosité mêlée d'effroi. Horace, malgré son scepticisme, ne l'a pas dédaigné ; les élégiaques y recourent, Ovide lui fait une place dans ses Métamorphoses, et Sénèque dans sa tragédie à'CEdipe'^. De toutes ces scènes de nécromancie, la plus circonstanciée est celle de Lucain s. On a supposé que par la multiplication de détails révoltants, il avait voulu marquer son horreur de monstruosités sinistres, et que ce morceau visait en réalité Néron, qui s'adonna à la divination des Mages jusqu'au jour où il en reconnut l'inanité*. Mais rien n'est moins certain, et peut-être Lucain a-t-il eu lui-même un penchant pour un art vers lequel étaient attirés beaucoup de ses contemporains, et même des philosophes pytha-
1. Lucain, Phars.y VI, 590 ss, ; Silius Ital., XIIÏ, 393 ss. ; Stace, Vhéb.^ IV, 429 ss.j Valérius Flaccus, I, I, 730 ss. ; cf. Fahz, o-p. cit. [p. 97, n. 4].
2. Horace, Sat., I, 8; E-p., V, 10 ss.; TibuUe, I, 2, 47 ss.; Properce, IV, i, 106; Ovide, Met., VII, 200 s. ; Sénèque, Oedi-pe, 530 ss.
3. Commentaire de Fahz, op. cit. [supra, p. 97, n. 4], p. 42 ss. Cf. Bourgery, Lucain et la magie, REA, 1028, VI, 299 ss.