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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

confondues et on les voit exprimées simultanément 1, le tombeau étant conçu comm^î le lieu de passage des ombres remontant du monde inférieur vers la lumière. Les dieux infernaux, Hécate, Pluton et Proserpine, invoqués par des conjurations irrésistibles, devaient leur concéder ce congé temporaire. Si l'on désirait avoir im entretien avec Homère, Orphée ou Cécrops, les thaumaturges se faisaient forts de vous le procurer.

Mais la nécromancie avait surtout recours à cette foule d'âmes aériennes qui parcouraient l'atmosphère avec une agilité extrême et pouvaient répondre aussitôt à l'appel de l'évocateur. Assimilées aux démons, elles avaient acquis par là même une intelligence supérieure à celle de l'homme, et la faculté de prévoir l'avenir 2. Cette prescience leur permettait de communiquer aux consultants des prophéties véridiques. Mais, nous l'avons dit, beaucoup d'entre ces nékydmmones , exclus des Enfers par l'effet d'une privation de sépulture ou d'une mort violente ou prématurée, étaient condamnés à errer misérablement à la surface de la terre. Le nécromant cherchait à soumettre à sa volonté ces âmes malheureuses et par suite malfaisantes, afin d'utiliser leur puissance contre des ennemis. Les auteurs de la fin du paganisme se sont beaucoup préoccupés de cette armée de génies aériens, auxquels les esprits des trépassés fournissaient un contingent de recrues constamment renouvelé.

Ces esprits étaient invisibles comme les vents qui les portaient 3, mais non purement spirituels, ce que la mentalité vulgaire ne pouvait concevoir. Ils apparaissaient dans les évocations comme des formes indécises et douteuses, enveloppées d'une ombre obscure ; souvent presque imperceptibles à la vue, ils manifestaient leur présence par leurs réponses aux questions du consultant," sans qu'on s'expliquât comment des êtres dépourvus de langue, de gorge et de poumons pouvaient être doués d'une voix*. Il est vrai que la voix aiguë de ces frêles créatures ressemblait parfois à un sifflement à peine sensible \ à moins qu'un ventriloque, doué d'un organe plus robuste, ne se substituât au fantôme, abusant de la crédulité de ses dupes**. Ou bien un enfant encore

1. Tibulle, I, a, 45; Ovide, Amours, I, 8, 16 ; Papyrus Magic, IV, Prcisendanz, /. c, 1443 s.

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