Cicéron, Xjusc, I
5. Maxime de Tyr, VIII, 2, p. 87 ; cf. Lactance, Inst., VII, 13.
6. BoTiché-Leckrcq, Hist. divination., I, p. 930 s. ; Preisendanz, R. E., s. v. « Nekydaimon », col. 2263, 11 ss.
io6 LUX PERPETUA
vierge, que les magiciens ont souvent employé comme médium, était censé envahi par l'esprit du mort, qui parlait par sa bouche i. Les apparitions vaporeuses et fugitives que les yeux croyaient distinguer dans les ténèbres, s'évanouissaient aux premières lueurs de l'aurore.
S'il fallait se contenter, pour l'étude des procédés employés pour l'évocation des morts, d'en lire les descriptions poétiques composées sous les. Césars, on pourrait croire à la perpétuité des rites indiqués dans la Nêkyia homérique.. L'incantation y reste accompagnée des simples offrandes empruntées au culte des morts : on verse toujours dans une fosse des libations de lait et de miel de vin et d'eau, on y fait couler le sang de victimes noires. Mais à l'époque romaine les magiciens préparent souvent une cuisine beaucoup plus recherchée en se servant d'ingrédients plus rares. Ils épuisent les ressources des trois règnes de la nature, qui sont unis aux dieux et aux démons par des affinités mystérieuses. Comme les autres sorciers, les nécromants utilisent des animaux, des plantes, des pierres, reliés par des sympathies et antipathies secrètes aux esprits des morts, pour contraindre à leur obéir ceux qui se montrent rétifs ou réticents. Ils combinent, pour obtenir cette servitude, « tout ce que la nature a produit dans un sinistre enfantement » *. Mais l'attachement supposé que l'âme garde pour le corps dont elle est séparée, reste lai conviction maîtresse qui commande la plupart des actes accomplis par ces thaumaturges. Ceux-ci pensaient se rendre maîtres de l'une en agissant sur l'autre : la vieille idée, qui remonte jusqu'à l'époque où l'on se figurait que l'esprit qui nous anime survit dans la tombe, près du cadavre dont il a été l'hôte temporaire, inspire les pratiques de cette magie sépulcrale. Si l'on glisse dans les sépultures des tablettes de plomb couvertes d'exécrations, les tabellae. defixionum retrouvées en grand nombre dans les nécropoles', c'est pour assurer au conjurateur l'intervention de celui qui y est enseveli. Des croyances orientales ont transformé la vieille idée romaine de la d\ew)tio, qui vouaient les vivants aux puissances infernales. Ranimer le mort et s'en faire un auxiliaire, le contraindre à subir un interrogatoire est chose relativement aisée lorsqu'on peut se saisir du cadavre au moment où il vient de perdre la vie*. Mais à son
1. Justin, AfoL, I, ï, i8 ; Hopfncr, o-p. cit. [p. 97, n. 2], § 8a6 ; cf. Abt, Die Apologie des Apuleius und die Zauberei, p. 234 ss. (Rel. V. u V., IV), 1908.