CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
défaut, on cherchera à en obtenir quelque partie que la corruption n'ait pas décomposée : un crâne, un os, un ongle, des cheveux, une dent pourront être employés avec succès *. On gardera précieusement dans le même but quelques gouttes de sang du moribond,, ou même sa sueur, son urine, ses excréments. Si l'on est dépourvu de ces restes ou sécrétions corporelles, on mettra en œuvre tout ce qui a été la propriété (oùaîa) du défunt, surtout ce qui lui appartenait au moment où il a rendu l'âme. En agissant sur les objets qui, au moment suprême, ont été en contact avec lui, on se flattait d'assujettir l'esprit du mort à sa volonté et de s'en faire un auxiliaire. Si le corps a été inhumé, la terre de sa tombe, ou les plantes qui y ont poussé ; s'il a été brûlé, les cendres ou le bois du bûcher auront une force opérante. Celle-ci augmentera s'il s'agit d'un homme qui a péri de mort violente : les clous d'un crucifié, la corde d'un pendu, un linge imbibé du sang d'un gladiateur tombé dans l'arène*. Pour obtenir ces précieuses dépouilles douées d'un pouvoir mystérieux, les sorciers n'hésitaient pas, disait-on, à violer les sépultures, à dérober ou mutiler les cadavres, ou même à causer par leurs maléfices la perte de celui qu'ils voulaient s'asservir après son décès*.
Mais si Ton ne dispose pas de quelque reste humain, le moyen suprême de se le procurer est de recourir à un meurtre. On mettait à mort quelque enfant afin de faire servir son sang encore chaud, ses entrailles palpitantes à des œuvres inavouables ^. L'on allait jusqu'à arracher un fœtus au ventre de sa mère pour opérer à l'aide de cet embryon répugnant®. Ces assassinats de nécromants sont attestés par un enseml?le de témoignages convaincants, et il n'y a pas de doute qu'ils aient été perpétrés dans l'ombre jusqu'à la fin de l'antiquité et même au-delà. La croyance aux meurtres rituels qui dans] certains pays sont encore attribués aux Juifs, est née de ces pratiques sanglantes de la magie noire.
Parfois même des hommes faits étaient immolés par les magiciens, comme
1. Hopfncr, op. cit., I, p. 165, § 645 ss. ; Abt., op. cit. [p. 106, n. i], p. 179 ; Fahz, op. cit., p. 42 s.