‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 120 sur 468 · CHAPITRE II. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIOIffi · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIOIffi

produisit une impression considérable en soutenant successivement, avec une égale ingéniosité, le pour et le contre de diverses propositions, mais qu'ayant affirmé que la justice est une pure convention, il se vit expulsé par le vSénat pour avoir répandu une doctrine subversive, dangereuse pour l'Etat. Toutefois il suffit de lire les œuvres de Cicéron pour constater l'influence durable exercée par sa dialectique puissamment destructrice. La tendance à laquelle avait cédé la Nouvelle Académie était celle de toute l'époque alexandrine. Cet âge rationaliste tendait à exclure de son champ visuel l'ensemble des conceptions mythiques ou métaphysiques sur le sort de l'âme après cette vie terrestre. Les premiers auteurs responsables de cette évolution de la pensée grecque furent surtout les Péripatéticiens.

On sait quel fut le singulier destin des écrits d'Aristote ^. Des œuvres qu'il avait destinées à la publicité, les seules qui fussent connues jusqu'à l'époque de Cicéron, il ne nous reste que des citations fragmentaires. Celles que nousii lisons aujourd'hui sont des sommaires concis et abstraits des leçons que le Stagiritc fit au Lycée d'Athènes au crépuscule de sa vie et qui, restées longtemps cachées dans im souterrain, demeurèrent inédites jusqu'au moment où le dictateur Sylla s'en empara et les transporta à Rome. Or pour la question qui nous occupe, l'Aristote de la première période, celle où il fréquentait l'Académie et conversait, jeune encore, avec Platon vieillissant, n'avait pas encore adopté le point de vue qu'il défendit plus tard. Encore fidèle à la pensée platonicienne, il admettait que l'âme est de la même essence divine que les dieux sidéraux, et qu'étant comme eux principe de son propre mouvement, (aÛToxtVYjT'oç) elle participait de leur immortalité. Au contraire le système qu'il adopta à la fin de sa vie lui fit considérer l'âme émotive et nutritive comme la forme du corps matériel, et il la crut aussi incapable de survivre à celui-ci que la vue, si l'œil est détruit, ou le tranchant de la hache, si le fer n'existe plus 2. Seule la raison humaine, l'esprit pensant, qui existe de toute éternité et entre dans l'homme à la naissance, pouvait être capable d'une persistance au-delà de la mort : mais à cette pure intelligence, dépourvue de toute sensibilité et même de toute capacité d'agir, il ne restait guère de personnalité, et que les « bienheureux » pussent être heureux, cela était nié décidément.

1. W. Jâger, Arlstoteles, Berlin, igaj ; E. Bigiione, VAristotele -perâuto e la fortnazione di Epictero, a vol. Florence, 1936 ; J. Bidez, Un singulier naufrage littéraire : les épaves de l'Aristote perdu, Bruxelles, i'943.

2. J. Bidez, A propos d'un fragment retrouvé de l'Aristote perdu (Bull. Acad, de Belgique, XXVIII), 194a. Cf. Rohde (Il 3, p. agô ss, = tr. fr., p. 510 s.).

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