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CHAPITRE n. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE

dans l'au-delà. Elles obtenaient tout au plus un court délai de survie et la brièveté ou la suppression de cette autre existence était le châtiment de leur faiblesse.

On pouvait, il est vrai, tirer d'une immortalité conditionnelle et réduite presque les mêmes conséquences morales et les mêmes incitations au bien que de l'éternité générale des peines et des récompenses enseignée par d'autres penseurs, Mais les Stoïciens n'étaient pas unanimes à les accepter. Nous ne voyons pas clairement jusqu'à quel point ils s'accordaient à admettre que l'âme, privée des organes corporels, fût douée de sentiment, ni surtout qu'elle conservât une conscience individuelle se rattachant à celle qu'elle possédait sur la terre. Il est certain qu'une tendance nettement négative se manifesta à Rome parmi les sectateurs de Zenon. Panétius, l'ami des Scipions, l'un des hommes qui contribua le plus à gagner les Romains aux idées du Portique, s'écarta ici de ses maîtres et, cédant à l'incrédulité des Grecs de son époque,) nia absolument toute survivance personnelle * . Cette attitude fut dans la suite celle de beaucoup de stoïciens romains, parmi ceux qui représentèrent le plus purement la tradition de l'école. Le maître du poète Perse, Cornutus, dont nous avons conservé un petit écrit, affirme sans ambages que l'âme périt immédiatement avec le corps ^..

A ces négateurs de toute survie de l'âme s'opposa le stoïcisme éclectique qui triompha dans le monde romain au premier siècle avant notre ère, et combina avec le matérialisme professé par le Portique la doctrine de l'immortalité céleste enseignée par le pythagorisme. Nouis aurons à reparler^ de ce syncrétisme qui depuis Posidonius jusqu'à Sénèque devait remettre en honneur dans l'Ecole la foi en ime vie future, et opposer la quiétude et la splendeur d'une autre existence aux tribulations et à la médiocrité de notre condition humaine. Mais Posidonius et ses émules sont dans le stoïcisme des hétérodoxes, et il est significatif que leur action, pour puissante qu'elle se soit montrée, n'y ait été que transitoire. L'on vit en effet dès la fin du premier siècle s'opérer un redressement de cette déviation passagère, qui s'écartait de la tradition génuine des successeurs de Chrysippe.

1. Cicéron, Cmsc. I, 31, 79 ; Benz, Das 'Codes-problem in der stoïschen Philos., Stuttgart, 192g, p. 12 s.

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