‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 125 sur 468 · CHAPITRE II. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE

rigoureux de cet ascète païen, donnèrent à ces conclusions négatives un retentissement que devait prolonger le soin que prit Arrien de nous conserver les Entretiens et le Mantcel de son maître vénéré.

Les Entretiens d'Épictète sont d'un directeur de conscience qui veut inculquer une doctrine, d'un prédicateur qui s'efforce d'imposer sa dure piorale ; et comme tels ils sont suspects de quelque exagération ou parti pris. Mais nous avons d'autre part la confession d'un Stoïcien qui écrivait, non pour le public mais pour lui-même, en toute sincérité, et ce Stoïcien était un empereur : Marc Aurèle, Ses Pensées sont d'un prix inestimable pour qui veut saisir l'état d'âme d'un des derniers adeptes de cette puissante philosophie, au moment où elle va cesser de régner sur les esprits 1.

Il semble tout d'abord que sur l'article de l'immortalité les idées de Marc- Aurèle ne soient pas arrêtées, et que sa pensée hésite entre différentes possibilités. Si T'âme, écrit-il, comme le Veulent les Épicuriens, est composée d'atomes, ceux-ci se disperseront après le décès ; si au contraire l'esprit qui nous anime est un, il peut ou s''éteindre ou se transporter ailleurs. On peut supposer que toute sensibilité disparaîtra de l'âme privée de son corps ou bien que, formant un être différent, elle acquerra une autre sensibilité 2, Et la réflexion du philosophe s'exerçant sur ces hypothèses, il se demandera, dans le cas où les âmes, conçues par lui comme matérielles, survivraient, comment l'air qui les recevrait de toute éternité pourrait contenir leur multitude sans cesse accrue. Comme la terre, répond-t-,il, où sont ensevelis les corps de tant de générations passées, n'en a pas été remplie, parce qu'elle les a décomposés pour faire place à d'autres cadavres. Il faut donc croire que les âmes qui émigrent dans l'air, après avoir persisté quelque temps, se transforment et que s'enflammant elles sont recueillies par le Feu cosmique pour permettre à d'autres âmes, qui successivement quitteront la terre, d'occuper leur place. Ainsi, même dans la supposition d'une survie, celle-ci est étroitement limitée : les souffles aériens que le moribond expire, seront bientôt changés en feu et se perdront dans la Raison universelle 8.

Mais tout ceci n'est que spéculation théorique. Si l'on se demande quellçi a été la conviction intime de l'empereoir philosophe, on constatera que la doc-

I. Martha, Moralistes sous l'Empire romain, 8^ éd., 1907, p. 171 ss. ; Bonhôffer, Bpictet [supra, p. 115, n. 4], p. 59 ss. ; Barth., op. cit. [p. 113, n. 6], p. 209 ss. ; Rohde, tr. fr., p. 533.

a. Pensées, VII, 32 ; cf. VII, 50 ; VIII, 58.

Page 1