Pensées, IV
n8 LUX PERPETUA
trine vers laquelle il incline est celle de l'ancien stdïcisme ; la dissolution du composé humain en ses quatre éléments, qui sont aussi ceux du monde \ La nature emploie la matière cosmique, comme l'artiste qui modèle la cire, à former perpétuellement des êtres divers, qui n''existent qu'un instant ^ soit que tout doive, un jour, être détruit dans une conflagration générale de l'univers, soit que celui-ci, par un perpétuel renouvellement puisse atteindre une durée étemelle, obtenue par une série indéfinie de métamorphoses ' ; il faut se remémorer toujours la brièveté et la fragilité des choses humaines condamnées à promptement disparaître à jamais. L'individu est une formation éphémère, qui bientôt s'évanouira dans le néant pour ne jamais plus reparaître dans la série infinie du temps*. A contre-cœur le penseur croit devoir nier même que ces héros, dont il fait les égaux des dieUx, soient assurés d'une survivance. Ils s'éteignent comme les autres mortels ; pour eux aussi il n'est d'autre durée qu'une persistance inconsciente dans le sein du grand Tout ".
Le prince vieillissant était obsédé par la pensée de la mort. Il invoque si souvent les raisons qui doivent nous empêcher d'en éprouver quelque effroi, que par là même il trahit l'appréhension secrète que l'approche de sa fin inspire à son âme sensible : cette nécessité, note-t-il, nous est imposée par la nature, dont le cours est réglé par la Raison divine, et il serait impie de ne pas s'y soumettre docilement. En nous y conformant, nous atteindrons le terme de nos jours favorablement disposés « comme si l'olive mûre, en tombant bénissait la terre qui l'a portée et rendait grâces à l'arbre qui l'a produite » '. « De même qu'aujourd'hui tu attends le moment où le foetus qu'elle porte sortira du ventre de ta femme, ainsi faut-il accueillir l'heure où ta petite âme se dégagera de soii fourreau » ■'. Le terme de notre brève existence est un indident infinitésimal dans le déroulement des phénomènes de l'univers. Tout ce qui se produit se répète et se ressemble ; et le nombre des années que dure un spectacle toujours pareil importe peu, puisque le moment présent, le seul qui nous appartienne et que nous puissions perdre, nous révèle à la fois le passé et l'avenir ^ D'ailleurs l'expérience de la vie doit nous engager à aban-