Pensées, VI
3. Pensées, XI, 3, a; cf. Festugière, La Sainteté, Paris, 1942, p. 68.
4. L'idée d'xm sage supérieur à rhumanité est commtxtie à toutes les écoles, et elle a été fortement affirmée par les Cyniques. Mais l'orgueil stoïcien est allé dans cette voie plus loin qu'aucune autre philosophie grecque, car non seulamcnt il affirme que le sage, à l'immortalité près, est semblable à Dieu (Sénèque, De const. sa-pientis, VIII, 2), mais il va jusqu'à soutenir qu'il lui est à certains égards supérieur {Efist., LUI, 11, cf . XCII,
Aussi pour ces philosophes la réponse à la question : Qu'advient-il de nous après la mort ? ne dépend pas autant que pour les modernes de préoccupations éthiques. Elle est plutôt une conséquence qu'on tirait de théories physiques ou psychologiques.
Or si ces théories admettent des solutions diverses du problème de l'immortalité, elles s'opposent absolument à la foi en l'existence d'un Hadès souterrain. Fondées sur les propriétés des quatre éléments, elles sont incompatibles avec la croyance traditionnelle ; car suivant la cosmologie du Portique, lorsqu'après chaque destruction de l'univers, celui-ci se reconstitue, la terre, qui est des quatre éléments le plut lourd, se précipite au centre du monde et s'y agglomère en sphère; sur celle-ci s'étalent les eaux, dont la densité est moindre et qui rendent humide une portion de l'air qui les entoure ; enfin au-dessus de l'air s'incurve le cercle brûlant de l'éther. Il s'ensuit que la terre doit former une masse! solide et pleine, non un globe creux, capable de recevoir dans un hypogée immense, la foulei Innombrable des morts ^ En outre, s'il est impossible de supposer, comme lei voulait la mythologie, que certains héros ont été transportés au ciel corps et âme, — car le corps formé de terre ne peut s'élever dans l'éther, — inversement les âmes, souffles ardents formés d'air et de feu, ont une tendance naturelle à s'élever et ne peuvent se porter vers le bas pour s'enfoncer dans les entrailles du sol^. Même s'i elles sont alourdies par leur contact avec la matière, elles flottent dans la partie inférieure de l'atmosphère^. Ainsi toutes les notions vulgaires sur les Enfers paraissaient anti-scientifiques, et elles étaient condamnées même par les stoïciens éclectiques qui avaient adopté la doctrine pythagoricienne d'une immortalité prolongée à jamais. Sextus Empiricus* nous a conservé un extrait curieux de la polémique de Posidonius contre les fables du Tartare. Titye, selon Homère, est perpétuellement rongé par deux vautours. Mais s'il est sans âme, celle-ci étant le siège des sensations, comment peut-il souffrir ? Et pour Tantale, privé de boisson et de nourriture, comment, s'il est mortel, ne périt-il pas faute d'aliments ? et s'il est immortel, comment peut-il être torturé ? car un être immortel serait par sa nature même soustrait à la souffrance. ,
3, 27, 30 ; LXXIII, 12-14). Même prétention dans l'hermétisme, Poimandrès, X, 24 (Ij p. 125 et note 87 Nock-Festugiène) ; et encore chez maître Eckhart, trad. Gandillac, pp. 248-258 ; trad. Petit, pp. 138-139.
1. Servius, En., VI, 127 ; cf. Pline, H. N., Il, 63, 158 ; cf. infra, ch. IV.
2. Sextus Emp., VI, 69 ; Cic, Vuse., 1, 17, 40 ; cf. Symbol.) p. 124.