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CHAPITRE II. — LA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE

Ainsi leur psychologie, comme leur cosmologie, obligeait tous les Stoïciens sans exception à rejeter la mythologie infernale. Cependant certains d'entre eux la mentionnent, mais conformément à leur habitude, ils usent des termes religieux en leur prêtant un sens allégorique : la descente dans l'Hadès n'est pour eux que le décès, le transfert de l'âme dans un nouveau milieu : c'est ainsi qu'Épictète, qui emploie cette expression', déclare nettement dans un autre passage : « Il n'y a point d'Hadès, point d'Achéron, point de Cocyte et de Pyriphlégéton, mais tout est plein de dieux et de démons » ^, ces dieux et ces démons eux-mêmes n'étant d'ailleurs pour le philosophe que des personnifications des forces de la nature ^. Si l'on parle des fleuves infernaux, on pourra les interpréter comme étant les éléments, et les transporter dans les zones supérieures du monde *. Mais ce système d'exégèse symbolique aboutissait par un détom* au même résultat qu'une négation directe : il abolissait en réalité les traditions dont il ne sauvegardait que l'apparence, et s'il en prolongeait l'existence verbale, c'était en les vidant de leur substance.

La véritable doctrine stoïcienne est donc que les âmes, lorsqu'elles quittent le corps, subsistent dans l'atmosphère un temps plus ou moins long, mais qu'après un certain délai elles se dissolvent dans l'air et le feu cosmique, comme le font aussi, dans les éléments dont ils sont formés, la chair et les os du cadavre.

Et cette pensée, comme le nihilisme épicurien, se manifeste fréquemment dans les épitaphes, et montre comment les idées stoïciennes s'étaient vulgarisées et répandues dans les masses : Ainsi sur une pierre tombale de Mésie, après avoir constaté mélancoliquement que chez les morts il n'y. a ni amour, ni amitié, et que sa dépouille gît comme une pierre enfouie dans le sol, le défunt ajoute : « j'étais auparavant composé de terre, d'eau et de souffle aérien (uveO{xa); mais j'ai péri et je repose ici ayant tout rendu au Tout. C'est le sort de chacun. Mais quoi ! D'où mon corps est venu, là il est retourné lorsqu'il s'est dissous*. » Parfois on insiste davantage sur l'idée que ce souffle cosmique, qui recueille le nôtre, est la divinité qui remplit et gouverne l'univers : « l'esprit sacré que tu portais s'est échappé de ton corps ; ce corps reste ici semblable à la terre ; l'esprit suit le ciel qui tourne, l'esprit

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