‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 13 sur 468 · Cic, X^nsc · texte numérisé non relu

Cic, X^nsc

pratiques 4es peuples sauvages et du folklore européen. Nous n'entrerons pas dans la voie de ces recherches, puisque, voulant surtout exposer ici les idées d'immortalité sous l'Empire romain, nous n'avons à considérer que les croyances encore vivantes à cette époque. Une fausse interprétation donnée par un philosophe peut avoir pour nous plus de valeur historique que l'explication véritable d'une institution dont le sens s'était perdu.

Mais même parmi les idées qui n'étaient point oblitérées ou discréditées, on distingue des conceptions d'âge très différent.

Les doctrines du paganisme sont, comme le sol de notre planète, formées de stratifications superposées ; lorsqu'on les creuse, on y découvre, sur les assises premières, des sédiments successifs et des alluvions récentes. Dans les religions antiques rien ne se détruit brusquement et les transformations ne sont jamais révolutionnaires. La foi du passé n'est pas entièrement abolie, quand se forment de nouvelles façons de croire. Aucune théologie ne formulait alors le credo d'une orthodoxie canonique, hors de laquelle tout était erreur. Des opinions contradictoires pouvaient coexister longtemps sans qu'on fût choqué de leur désaccord, et c'est peu à peu, lentement, que le raisonnement excluait les unes au profit des autres, non sans qu'il en subsistât dans les esprits et dans les mœurs des survivances tenaces. Si des novateurs, devançant leur temps, s'affranchissaient des préjugés généralement reçus et sanctionnés par une longue tradition, des retardataires s'attachaient obstinément à des croyances discrédités et rejetées par tous les esprits éclairés. Ainsi, la foi en la vie future qui avait cours à Rome, se présente comme un amalgame singulier où des idées naïves, remontant à l'époque préhistorique, se mêlent à des théories scientifiques importées tardivement en Italie. Le métissage de la population, qui résulta de l'émigration et de l'esclavage dans un empire unifié et pacifié, y fit vivre côte à côté des hommes de races diverses et d'un niveau de culture très différent ; par suite, aux conceptions philosophiques d'une civilisation raffinée se mêlaient dees souvenirs de la sauvagerie primitive. Un synchronisme apparent dissimule la coexistence de croyances d'âges très éloignés dans le temps.

Considérons d'abord la plus ancienne de ces diverses manières de se figurer la survie dans l'au-delà. L'ethnographie a démontré que chez de nombreux peuples a régné et règne parfois encore la croyance que les morts continuent à vivre dans le tombeau. Le peu que les fouilles archéologiques nous ont appris sur les conceptions religieuses des tribus diverses qui peuplaient l'Italie,

Page 1