CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES IS
montre qu'elles ont partagé ce sentiment dès l'âge de la pierre i. Malgré toutes les variations locales et raciales, on a constaté dans les usages funéraires une certaine uniformité, d'où il est permis de tirer quelques conclusions générales. Les égards témoignés au mort qu'on inhume prouvent à l'évidence qu'on ne croyait pas que toute sensibilité fût éteinte en lui. D'ordinaire sa tombe est construite avec soin. On y dépose le cadavre couvert? de ses vêtements, paré de ses bijoux ; on place à côté de lui les armes, les ustensiles dont il avait coutume de se servir, en y joignant quelque nourriture,. Nous ne forcerons pas le sens des faits observés, si nous en concluons que pour la plupart des inhumants de la péninsule, les défunts habitaient une maison souterraine, où, menant une vie analogue à celle des survivants, ils res^ talent fidèles à leurs anciennes habitudes. La substitution de la crémation à l'enterrement ne changea rien aux convictions des peuplades qui adoptèrent cet autre rite des funérailles. La preuve en est que les incinérants déposent le cadavre sur le bûcher habillé comme pendant la vie terrestre, que l'urne contenant les cendres est traitée exactement comme l'était le corps, dont elle prend parfois plus ou moins l'aspect. Elle est placée pareillement dans le tombeau qui la reçoit avec des armes, des outils, des objets de toilette, des mets et des boissons. Fréquemment l'urne cinéraire elle-même reproduit plus ou moins exactement l'apparence de la hutte où s'abritaient les vivants '. Ainsi tout ce que l'archéologie nous apprend corrobore la conclusion qu'aussi haut que nous puissions remonter, les tribus italiques ont accepté cette foi en une survie dans la sépulture que partagea une large portion de l'humanité à un stade reculé de son évolution.
Les primitifs, déconcertés par la mort, ne peuvent se persuader que cet être qui se mouvait, sentait, voulait, comme eux-mêmes, puisse êtjre brusquement privé de toutes ses facultés. Celui qui était plein de vigueur, devait, bien que ses membres raidis fussent réduits à l'immobilité, garder quelque chose de la force qui avait été sienne. Cette force devait se conserver pendant une durée indéterminée ou même infinie. L'idée la plus ancienne et la plus grossière est que le cadavre même n'était pas dépourvu d'une sensiblité obscure, qu'il ne
i.Fr. von Duhn et Messerschmidt, Italische Gràberkunde, 2 vol., Heidelberg, 1924- 1939 j -^- Grenier, Bologne villanovienne et étrusque, 1912 ; R. Mac Iver, Villanovians inà, early Etruscans, Oxford, 1924. Rose, Ancient italian beliefs concerning the soûl. (dans 'Che classical quarterly, 1938, pp. 129-135) ; J. Heurgon, Cafoue -préromaine, Paris, 1942, p. 394 ss.